Extraits du discours des vœux du Président de la République aux autorités religieuses

Nous publions ici les extraits du long discours du Président de la République aux autorités religieuses.

(…)
Cette rencontre au cours de laquelle nous échangeons nos vœux est une tradition ancienne que notre République a restaurée en 1947. Le temps et probablement aussi le pacte républicain noué à la Libération ont permis que se soit symboliquement retissé ce fil de relations souvent courtoises, parfois même cordiales, en tout cas toujours franches et exigeantes, entre le chef de l’État et les représentants des grandes traditions religieuses présentes dans notre pays.

Il l’a d’ailleurs été par un président, Vincent Auriol, connu pour son ouverture d’esprit dans le domaine religieux à une époque où son parti parmi d’autres affichait ce qu’on appelait alors un laïcisme de combat. Mais il fallut encore presque trois décennies pour que ce moment que nous partageons prît la forme que nous lui connaissons. Non plus celui d’une succession d’audiences protocolaires mais une cérémonie commune restituant enfin l’image d’un paysage de fois diverses que l’État considère sans défaveur ni parti pris….

…Ce que Hannah Arendt appelait la sanction transcendante dans le domaine politique tenté par le culte de l’Être suprême n’est en rien le sens de notre laïcité française. Et je ne souhaite pas qu’une religion d’État soit substituée de cette manière aux religions. Mais, pas davantage, la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je serais aussi, toujours vigilant à cet égard face aux tentatives de faire revenir par la fenêtre politique ce qui est sorti par la porte du religieux. Et je sais, comme vous, que certains tentent d’instaurer avec les pouvoirs publics, une forme de rapport de force autour de la mise en œuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi, le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer.

J’aurai la même vigilance sur ce plan là, je ne nie pas l’existence de questions et d’interrogations liées à l’inévitable friction entre l’ordre religieux et l’ordre politique, mais je récuse les stratégies d’entrisme comme les coups de force militants. Notre force, votre force, c’est que vous ne participez pas de la puissance publique et par conséquent que vous ne la légitimez pas. Et cette distinction fondamentale des Ordres est un acquis précieux pour vous comme pour la République car ce sont fondamentalement les principes de liberté d’association et de conscience qui régissent vos organisations respectives. Et de cette distinction ne saurait pour autant découler une quelconque ignorance, qui ne serait que méconnaissance par exclusion.

C’est bien pourquoi il est naturel que le président de la République s’entretienne régulièrement avec vous parce que vous participez de la vie de la nation. Il en va de la compréhension de ce qui forge la vie de millions de Français au quotidien, que ce soit dans leurs pratiques ou dans les principes qui guident leurs engagements, mais aussi dans leur rapport à l’histoire de la Nation et de son évolution…

…Ainsi l’année qui vient nous réunira de nouveau autour de plusieurs sujets. Le premier, ce sera celui des lois bioéthiques. Ces questions conduiront à rouvrir des sujets discutés, il y a maintenant plusieurs années, à l’aune des évolutions de la recherche, de la science, des pratiques, et à revisiter des sujets qui ont parfois profondément fracturé la société française ces dernières années.

Il conviendra de se donner le temps d’un vrai débat philosophique dans la société avant de légiférer. J’en suis à cet égard le garant et j’aurai à cœur que notre société puisse s’adapter aux évolutions qui sont en cours, que la loi puisse refléter celles-ci dans le cadre de ce qui est son esprit constant et que nous puissions aussi, tout en accompagnant les évolutions technologiques, leur donner un cadre éthique indispensable. Je crois que c’est le rôle de la France en la matière sur beaucoup de sujets qui restent ou impensés ou évités.

L’année 2018 sera celle de la construction d’une philosophie commune sur ce sujet et comme je l’ai évoqué le 21 décembre dernier, je souhaite que vous puissiez y prendre toute votre part. Elle est pleinement légitime et lorsqu’on l’oublie, elle se rappelle à nous, et je souhaite qu’elle soit donc considérée au sens propre du terme. C’est pourquoi durant cette année, je réunirai de manière régulière, non médiatisée parce que je veux que ce soit des séances de travail où il nous faut décanter une vision commune ou une maïeutique doit pouvoir s’exercer, je réunirai régulièrement ceux qui ont œuvré sur le travail de ces lois de bioéthique, en particulier le Comité consultatif national d’éthique et vous serez pleinement associés, avec les représentants que vous désignerez, selon les sujets, à ce travail.

Je crois que les religions que vous représentez ici, les philosophies qui les accompagnent et les convictions profondes traversent notre société profondément et sur chacun des sujets que nous aurons abordés dans le cadre de ces lois de bioéthique, il est impensable de penser trouver le bien commun de notre société sans les prendre pleinement en considération. Ce sera un travail important et je compte pleinement sur votre engagement sur ce sujet…

…La question religieuse a connu un fort regain ces dernières années car dans diverses parties du monde et singulièrement dans notre pays, la religion a pu être invoquée pour justifier les pires crimes et cette grande transformation du monde continuera aussi à traverser la vie de notre pays dans l’année qui vient. Nous savons que les fois sincèrement professées ne peuvent se reconnaître dans ces abominations et votre réponse face au terrorisme islamiste, collective ou particulière, a été chaque fois admirable et a contribué profondément, j’en suis convaincu, à ce que l’entreprise de fracturation de notre société par ces terroristes, ces assassins, échoue.

Vous avez su et je vous en remercie, dénoncer et démonter sans faiblir toutes les propagandes qui feraient se retourner des enfants de France contre leur pays et leurs compatriotes, qui feraient se déchirer notre unité nationale au nom d’affiliations religieuses. Ce fut en particulier le cas après l’assassinat du père Jacques Hamel.

Le rôle de l’État, dans ce contexte, n’est pas de combattre les croyances, mais de combattre les propos et les pratiques qui se placent en dehors de l’ordre public républicain, tout en tenant compte des spécificités de chaque culte, l’État a pour mission de rappeler les règles communes de fixer ces principes et de les transmettre. La France n’est pas une multitude de groupes affinitaires que l’État tenterait d’unir avec des liens, qui faute de convictions communes, finiraient par devenir des normes artificielles, non, c’est pour cela aussi que j’ai souhaité m’entretenir avec vous et que le travail dans la nation que vous avez accompli, lorsque nous avons été bousculés, blessés, meurtris, a été essentiel.…

…Nous savons tous ce que notre nation doit au cours de son histoire aux multiples apports religieux et philosophiques et le dire n’est pas renoncer à notre pacte laïque, mais, plutôt, reconnaître cette aspiration qui continue d’animer, nombre de nos contemporains a une forme de transcendance que Jaurès décrivait en ces termes : « Il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de l’âme humaine, dès lors qu’il aura dans l’ordre social réalisé la justice, l’homme s’apercevra qu’il lui reste un vide immense à remplir ». Ce vide immense à remplir, certains voudraient le combler par des discours de haine ou en donnant des perspectives mortifères, parfois à des enfants de notre République à qui nous n’avons plus donné d’espoir.

Vous avez votre part de responsabilité dans ce vide immense à remplir, nous avons notre part de responsabilité dans la reconnaissance de votre rôle et la possibilité offerte de traduire justement cette action avec confiance et bienveillant. 2018 sera, à cet égard, inscrite sous le signe de la réconciliation et du dialogue. Ainsi nous fêterons cette année le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, de l’Organisation des Nations Unies et vous célébrerez aussi le même anniversaire de la création du Conseil œcuménique des Églises, prélude du rapprochement des confessions chrétiennes et la naissance de l’Amitié judéo-chrétienne de France, après le cataclysme de la Shoah.

Et cette année 1948, ce fut aussi celle de la mort du père Franz Stock qui fit tant pour le rapprochement entre Français et Allemands, comme celle de l’élection du patriarche de Constantinople, Athénagoras, initiateur d’un processus de réconciliation entre catholiques et orthodoxes.

Tous les échos de 2018 seront ceux de la réconciliation et ils nous conduiront à éclairer le travail qui sera le nôtre, indispensable durant l’année qui vient. Et c’est pourquoi en 2018, je souhaite tout particulièrement que l’État s’engage aux côtés du culte musulman dans ce même esprit de dialogue.

Sur ce sujet, nous pouvons dans ce format avoir cet échange direct, bien souvent on confond tous les sujets de notre société aujourd’hui. Et on voudrait en parlant de laïcité parler du seul sujet de la religion qu’est l’islam. C’est une erreur funeste et pour l’islam et pour toutes les autres religions.

L’histoire de la République française n’est pas la même avec chacune des religions qui sont ici représentées, c’est notre force mais, il faut aussi que nous nous disions les choses en vérité, chacune de vos religions n’a pas construit le même rapport avec le pouvoir politique dans son histoire et l’histoire de notre pays n’est pas le même avec chacune de nos religions. C’est le fruit de cette histoire qui a d’ailleurs conduit même à la loi de 1905, par un anticléricalisme de l’époque, que nous avons su dépasser, c’est cette même histoire qui fait que chaque samedi les Juifs en France prient pour la République, mais c’est cette même histoire qui fait que, alors même que cette loi de 1905 fait partie d’un trésor qui est le nôtre, elle n’a pas pensé le fait religieux avec et par l’islam, parce qu’il n’était pas présent dans notre société, comme il l’est aujourd’hui, parce qu’il est lié à une histoire du XXe siècle qui lui a succédée.

Nous devons considérer ça de manière très apaisée, n’essayons pas de faire rentrer la réalité d’une histoire qui est différente avec chacune de nos religions dans une espèce de bloc commun qui viendrait soudain tout martyriser. Votre responsabilité est immense, je crois que vous la mesurez et parfois les troubles du quotidien d’hier ou d’aujourd’hui, le redisent encore parce que les divisions sont là, parce que votre religion n’est d’ailleurs pas structurée, chacun d’entre vous est structuré différemment. Et la France s’est habituée dans son dialogue à une religion qui est structurée de manière beaucoup plus verticale, parce que c’est l’histoire de la France avec l’Église catholique, il faut dire les choses aussi telles qu’elles sont, parce que les religions sont structurées différemment nous tâtonnons. Alors tâtonnons ensemble et de manière ouverte et de manière dépassionnée. Et je crois que sur ce sujet, vous l’avez compris, nous devons avoir cet esprit de responsabilité.

Le texte intégral se trouve à http://www.elysee.fr/declarations/a...
Source : www.elysee.fr - 4 janvier 2018

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