Génération sans Dieu ?

Une étude [1] menée par l’université St Mary de Londres et l’Institut catholique de Paris sur les jeunes adultes et leur rapport à la religion a été dévoilée mercredi 21 mars. Des chiffres édifiants, que nous décrypte François Moog, théologien et doyen de la faculté d’éducation de l’Institut catholique de Paris.

Paris Notre-Dame – Ce qui ressort, entre autres, de cette étude, c’est la grande disparité des situations en Europe. En République tchèque, 91% des jeunes se disent sans appartenance religieuse, en Estonie ils sont 80%, et seulement 17% en Pologne. Comment expliquer ce grand écart ?

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François Moog est théologien et doyen de la faculté d’éducation de l’Institut catholique de Paris.
© F. Albert

François Moog – Les raisons sont à la fois historiques, culturelles et sociales. En République tchèque, contrairement à la Pologne, ce ne sont pas les organes ecclésiaux qui ont permis d’affronter les changements radicaux qui ont été ceux de la société tchèque ces vingt dernières années. Il existait, au sein de la société tchèque, une grande tradition de résistance culturelle interne, longtemps muselée par l’Union soviétique. En Pologne, en revanche, c’est l’Église qui a défait le communisme. Mais, même dans ce pays traditionnellement catholique, si on regarde avec attention les chiffres de l’engagement personnel des croyants – basés sur la participation à la messe et la prière – ils ne sont pas à la hauteur de l’appartenance religieuse. Là aussi, on constate un effritement dans les pratiques religieuses.

P. N.-D. – En France, 26% des jeunes adultes s’identifient comme chrétiens, 21% au Royaume-Uni ? Que penser de ces chiffres ?

F. M. – Que c’est une bonne surprise ! Nous nous attendions, Stephen Bullivant (auteur de cette étude et professeur de théologie à St Mary’s University) et moi, à arriver à un petit groupe de l’ordre de 10%. Or, ils sont deux fois plus nombreux en France. Nous avons là un noyau dur, qui ne devrait, selon moi, pas baisser. Sur ces 26%, 7% disent prier quotidiennement. Si vous élargissez l’échantillon à ceux qui prient plusieurs fois par semaine ou chaque semaine, on arrive à 30% ou 40% de ces jeunes. Ce qui revient à dire que nous avons, au total, près de 10% de jeunes Français qui prient. C’est beaucoup. Au regard des effets de la sécularisation, c’est même énorme. Par ailleurs, les deux indicateurs utilisés (messe et prière personnelle) sont certes importants, mais ils ne suffisent pas à rendre compte de l’engagement dans la foi. On voit énormément de jeunes qui s’identifient comme catholiques, qui prennent au sérieux l’Évangile, mais qui ne vont pas à la messe tous les dimanches. Ils constituent quand même une ressource pour l’Église.

P. N.-D. – Le synode des jeunes, organisé en octobre prochain à Rome, va constituer une étape importante pour les mobiliser ?

F. M. – Oui, car le défi c’est cela : donner la parole aux jeunes. Et ce qui se passe en ce moment à Rome, de ce point de vue-là, est très intéressant. Lors de l’élaboration du document préparatoire pour le synode, nous avions constaté cette difficulté. D’un côté, une volonté affichée de faire des jeunes les protagonistes de ce synode, tout en parlant d’eux comme s’ils étaient hors Église. Quand on dit : « Les jeunes et l’Église », ou « L’Église doit accompagner les jeunes », par exemple… Il faut éviter ce face à face ; 10% des jeunes Français continuent à faire confiance à l’institution ecclésiale. Or, si l’institution n’arrête pas de dire : « Vous êtes l’avenir de l’Église », on les démobilisera. Car ils ne sont pas l’avenir, mais bien le présent de l’Église.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

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