Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée (Hervé Legrand, op)

La rencontre de cette année s’est consacrée à développer une herméneutique historique et systématique de la primauté et de la synodalité, afin de parvenir à une prise de position commune que le Groupe Saint-Irénée espère compléter dans un proche avenir. Les contributions ont traité de l’herméneutique des dogmes, de l’histoire de la confessionnalisation (entre les XVIe et XVIIIe siècles) et de l’exercice de l’autorité dans l’Église du point de vue théologique. Les participants ont résumé leurs réflexions dans les thèses qui suivent.

Pour sa treizième rencontre annuelle, le Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée s’est réuni du 2 au 6 novembre à Taizé (France), à l’invitation de cette communauté, sous la présidence de son co-président orthodoxe, l’archevêque Job (Getcha), représentant permanent du patriarcat œcuménique auprès du COE.

Lors de sa session inaugurale le mercredi 2 novembre au soir, le Groupe fut accueilli par le frère Alois, prieur de Taizé. Au cours de la semaine, les membres du Groupe ont partagé un repas avec la communauté monastique et ils ont pris part à ses prières quotidiennes. Le dimanche, ils se joignirent à la divine Liturgie dans l’ancienne chapelle de Taizé et à la messe catholique dans l’Église de la Résurrection.

La rencontre de cette année s’est consacrée à développer une herméneutique historique et systématique de la primauté et de la synodalité, afin de parvenir à une prise de position commune que le Groupe Saint-Irénée espère compléter dans un proche avenir. Les contributions ont traité de l’herméneutique des dogmes, de l’histoire de la confessionnalisation (entre les XVIe et XVIIIe siècles) et de l’exercice de l’autorité dans l’Église du point de vue théologique. Les participants ont résumé leurs réflexions dans les thèses qui suivent.

Thèses sur l’herméneutique des dogmes
1. L’Église a défini d’importants aspects de sa foi en des termes limitatifs (horoi) , afin de clarifier des points controversés. Les dogmes expriment la révélation divine en langage humain, mais les formes d’un tel langage n’expriment pas parfaitement les mystères divins. Pour être comprises, elles requièrent la mobilisation de toutes les ressources dont un esprit humain est capable. Si bien que l’herméneutique des dogmes exige de prendre sérieusement en compte leurs dimensions humaines qui relèvent de l’histoire, du langage, de la culture et de la diversité des expériences.
2. L’herméneutique des dogmes a pour tâche d’évaluer les différents déploiements (anaptyxeis) de l’héritage apostolique à travers l’histoire, compte tenu de leur contexte, et de discerner la mesure dans laquelle ces déploiements sont des expressions légitimes de la foi exprimée dans les sources.
3. Le travail herméneutique portant sur le dépôt de la foi et sur ses expressions dogmatiques peut conduire à de nouvelles perceptions. De telles perceptions sont importantes dans la vie de l’Église dans la mesure où elles ont une relation avec le salut des êtres humains.
4. L’herméneutique des dogmes n’a pas seulement une pertinence théorique, elle peut aussi aider à évaluer la vie et la pratique de l’Église.

Thèses sur la période de la confessionnalisation (XVIe -XVIIIe siècles)
5. A l’époque de la Réforme, les luthériens recherchèrent l’appui des Orthodoxes, comme les Anglicans le firent plus tard. Tout en rejetant ces ouvertures, les Orthodoxes s’inspirèrent des protestants et produisirent, sur leur modèle, des "Ecrits confessionnels" qui ne reprenaient pas seulement des sources orthodoxes traditionnelles mais empruntaient aussi des expressions protestantes et catholiques. Ce phénomène fut fortement critiqué au XXe siècle par Georges Florovsky comme constituant une déviation (une pseudomorphose), ce qui reste débattu par les historiens et les théologiens.
6. Dans la foulée de la Réforme protestante, les catholiques et les orthodoxes se sont définis eux-mêmes de plus en plus sur le mode confessionnel. Malgré le caractère problématique de cette réduction de l’identité ecclésiale à des formulations confessionnelles, ces Église s ont connu des développements créateurs à cette époque.
7. Cette période fut marquée en particulier par des développements dans le domaine de la spiritualité et par des échanges mutuels entre l’Orient et l’Occident. Ignace de Loyola fut influencé par les Pères de l’Église orientale. En Orient, Nicodème l’Hagiorite traduisit des classiques comme La guerre invisible du théatin Lorenzo Scupoli. La Philocalie, oeuvre de Nicodème et de Macaire de Corinthe, fut publiée d’abord à Venise puis traduite en slavon ; elle continue d’exercer une grande influence en Orient et en Occident.
8. Alors que la théologie de l’époque était largement polémique, néanmoins des théologiens comme Maxime Margounios et le catholique Leo Allatius surent exprimer la convergence substantielle des deux Église s. Par ailleurs le contexte polémique de l’époque contribua à la création de centres d’études supérieures comme l’Académie de Pierre Moghila à Kiev ou les académies jésuites à travers l’Europe.
9. Les polémistes orthodoxes recouraient à des arguments catholiques contre les protestants, comme dans les disputes au sujet de l’eucharistie, et à des arguments protestants contre les catholiques s’agissant la primauté du pape. De même les catholiques prenaient appui sur des arguments orthodoxes contre les protestants ; par exemple, le concile de Trente cite la position de Nicolas Cabasilas sur la présence réelle dans l’eucharistie.

Thèses sur l’autorité dans l’Église
10. Les notions d’autorité et de pouvoir, qu’on trouve dans toutes les sociétés humaines, ont une signification particulière dans l’Église. Le pouvoir (dynamis) apparaît d’abord comme un attribut divin. Selon les Ecritures, Dieu a pouvoir sur tous les "dieux" et sur la création. En ce sens, Son pouvoir suprême et Sa gloire sont identifiables. Ce pouvoir est toujours conçu en lien avec son amour pour Israël et pour toute l’humanité, avec son don du salut, son pardon et spécialement sa miséricorde. Le Nouveau Testament voir le pouvoir de Dieu à l’oeuvre en Christ. Le Christ ressuscité qui, de Dieu a reçu toute autorité (exousia), a donné pouvoir aux Apôtres dans l’Esprit saint. Selon le commandement de Jésus, on ne doit pas comprendre l’autorité dans l’Église comme une domination mais comme un service rendu au peuple de Dieu fondé dans le pouvoir de la Croix.
11. Comme tête de l’Église, le Christ est la source de toute autorité dans l’Église. L’autorité d’un synode et de celui qui le préside est enracinée dans le mystère de l’Église comme corps du Christ dans l’Esprit saint.
12. La synodalité, constituant une dimension essentielle de l’Église, est un reflet de son mystère et, comme telle, elle est liée à l’autorité de l’ensemble du peuple de Dieu qui, à travers le sensus fidelium, suscité et fortifié par le Saint Esprit, est capable de discerner ce qui vient véritablement de Dieu.

À la fin de leur rencontre, les membres du groupe Saint Irénée ont remercié chaleureusement la Communauté de Taizé pour son hospitalité et son atmosphère spirituelle qui ont soutenu leur travail.

Le Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée réunit 26 théologiens, 13 orthodoxes et 13 catholiques, de différents pays d’Europe et des Etats-Unis. Il a été fondé en 2004 à Paderborn (Allemagne). Depuis, il s’est réuni à Athènes (Grèce), Chevetogne (Belgique), Belgrade (Serbie), Vienne (Autriche), Kiev (Ukraine), Magdebourg (Allemagne), Saint-Pétersbourg (Russie), Bose (Italie) , Thessalonique (Grèce), Rabat (Malte), et à Halki, près d’Istanbul ( Turquie). A Taizé, le Groupe de travail Saint Irénée a décidé de se réunir en octobre 2017 au monastère de Caraiman en Roumanie.
Hervé Legrand op, Professeur honoraire ICP

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