Hildegarde de Bingen, écologiste avant l’heure

Le Collège des Bernardins propose, en partenariat avec l’association La Voix d’un texte, une soirée littéraire [1] le 14 octobre autour d’Hildegarde de Bingen. Sainte et docteur de l’Église, ses écrits reflètent un esprit attentif à la beauté de la création. Une soirée animée par une comédienne et deux historiennes, dont Sylvie Bethmont.

Sylvie Bethmont est historienne de l'art et enseignante à l'École cathédrale du Collège des Bernardins.
Sylvie Bethmont est historienne de l’art et enseignante à l’École cathédrale du Collège des Bernardins.
© Priscilia de Selve

Paris Notre-Dame – Pourquoi invoquer la figure d’Hildegarde de Bingen, moniale allemande du XIIe siècle, pour parler écologie aujourd’hui ?

Sylvie Bethmont – Hildegarde de Bingen est bien plus que l’image véhiculée ces dernières années par les adeptes du bien-être. Sa vie, comme elle témoigne dans ses écrits, s’est déroulée toute entière « à l’ombre de la lumière vivante de Dieu ». Prophétique, elle explique avoir bénéficié dès sa petite enfance de visions, en pleine conscience, sans transe mystique, au contraire de sainte Thérèse d’Avila par exemple. Ces visions sont les clés de sa vie spirituelle, car elles viennent « de Dieu » dit-elle, et sont fondées sur la Trinité. Benoît XVI l’a confirmée dans la dévotion des fidèles en 2012 en la béatifiant puis en la nommant docteur de l’Église quelques mois plus tard. Il a mis l’accent sur cette sainte qui considère l’être humain, corps et esprit, comme un tout et le met au centre de la création, dont il a la gérance. La redécouverte d’Hildegarde de Bingen va de pair avec la prise de conscience de l’urgence des questions environnementales, et de la fragilité de l’être humain. Dans ses écrits visionnaires, Hildegarde célèbre la beauté et la bonté de la création, grandiose théophanie, au centre de laquelle l’être humain est placé pour son bonheur. C’est en cela qu’elle rentre en écho avec l’encyclique Laudato Si’ du pape François. « Le monde entier en Dieu » est pour elle « la demeure de l’homme ».

P. N.-D. – Comment expliquer l’aura dont elle bénéficie aujourd’hui ? Qui était-elle ?

S. B. – Hildegarde est née en 1098 en Rhénanie, dans la haute noblesse allemande, et morte à 81 ans, un âge très avancé pour l’époque. Petite dernière d’une fratrie de dix enfants, n’ayant pas la possibilité d’être dotée et donc mariée, elle était destinée comme trois ou quatre autres de ses frères et sœurs à entrer dans les ordres. Elle fut consacrée oblate dès l’âge de huit ans et confiée au reclusoir (lieu où l’on vit en reclus) dépendant du monastère bénédictin de Disibodenberg, tout près de Mayence. C’est la mère supérieure de ce couvent, Jutta de Sponheim, une amie de ses parents, qui veille à son instruction. À 38 ans, elle est élue, par les sœurs du monastère, abbesse. Elle fondera ensuite deux autres couvents, « au désert », dont l’un existe toujours. Son siècle est celui des grandes réformes de l’Église, de la seconde croisade, mais aussi de l’apparition de l’hérésie cathare, qu’elle combattra à la fin de sa vie par la prédication. C’est aussi le siècle de l’amour courtois, un siècle que Régine Pernoud décrira comme le siècle de la femme. Si Hildegarde de Bingen étonne par la profusion de ses écrits, elle n’est pas la seule moniale de son temps à bénéficier de visions, ni la seule abbesse auteure d’une œuvre encyclopédique. Mais Hildegarde a aussi dicté des ouvrages scientifiques, médicaux, et de sciences naturelles, où elle place toujours l’homme au centre de la création. La publication au XXe siècle de son livre de médecine a contribué à l’essor de sa renommée en Europe, puis aux États-Unis. Ses compositions de musique liturgique créées pour ses moniales sont aussi célèbres. Considérées comme novatrices en son temps, elles sont pour Hildegarde, « l’écho des harmonies célestes ».

Propos recueillis par Priscilia de Selve @Sarran39

Pour aller plus loin :

  • Régine Pernoud, Hildegarde de Bingen, conscience inspirée du XIIe siècle, Le Livre de poche, 1996.
  • Marie-Anne Vannier, Hildegarde de Bingen, une femme admirable, éd. Entrelacs, 2016.
  • Les homélies du pape Benoît XVI sur Hildegarde, parmi lesquelles celles des 2 septembre 2010, 7 octobre 2012 – année de sa canonisation et élévation au rang de docteur de l’Église.
    Et ses œuvres musicales  : Hildegard von Bingen, Ordo Virtutum. Deutsche Harmonia Mundi.

[1Les inscriptions sont closes.

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