L’Église
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À Paris

Historique de la paroisse Notre-Dame des Otages

Qui sont ces otages ?

La guerre franco prussienne.

Pour répondre à cette question, il faut remonter à cette guerre déclarée par la France à la Prusse le 19 juillet 1870 et perdue à Sedan le 2 septembre 1870, où l’empereur Napoléon III fut fait prisonnier avec 100.000 hommes. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée à Paris, mais la guerre continue l’armistice sera signée le 28 janvier, mettant fin au siège de Paris défendu par 300 000 militaires et gardes nationaux assiégés par 180.000 Prussiens. Un siège qui décimera plus de 10.000 Parisiens qui dura du 19 septembre 1870 au 21 janvier 1871.

Du gouvernement de Défense nationale au gouvernement issue des élections de février 1871.

C’est dans ce contexte dramatique que les éléments populaires de la Garde nationale fédérée de Paris, supplantant les Mairies d’arrondissement, s’érigent en Commune de Paris dont le gouvernement révolutionnaire siégera du 26 mars au 29 mai 1871, refusant l’armistice, partisan de la continuation de la guerre, contre la majorité de l’Assemblée nationale élue le 8 février. Le Comité centrale de la Garde nationale, est l’organe exécutif des quelques 200 bataillons regroupés en 20 légions. Ils vont s’opposer aux troupes gouvernementales d’Adolphe Thiers, repliées à Versailles, mais qui encerclent Paris à l’ouest, les Allemands, neutres, tenant fermé l’est de la capitale.

La semaine sanglante.

Les troupes du gouvernement légal, font leur entrée dans Paris 21 mai 1871 qui est semé de barricades. Commence alors la « semaine sanglante » du 21 au 28 mai. Durant cette semaine, ce sont des incendies allumés par les Communards, mais c’est aussi le massacre de 700 de ces Communards au Panthéon le 24 mai. Après une série de massacres de part et d’autre, ce sera le 26 mai celui des 49 otages de la rue Haxo suivi le lendemain de celui d’environ 200 Fédérés au Père Lachaise. Au total ce seront plus de quinze mille Communards qui seront exécutés du 22 mai au 15 juin, 4000 autres seront déportés en Nouvelle Calédonie.

La journée du 26 mai 1871.

Vers 15h, le colonel Emile Gois, chargé de la Justice militaire et militant blanquiste, avec une soixantaine de Fédérés se rend à la prison de la Roquette où se trouvent regroupés plus de deux cents otages dont un certain nombre de prêtres et de religieux, victimes innocentes des sentiments antireligieux et anticléricaux de la plupart des Communards. C’est une loi du 6 avril qui permet la détention de ses otages comme moyen de pression sur le gouvernement de Thiers. Le colonel Gois de sa propre initiative, somme le directeur de la prison de lui livrer cinquante détenus : 33 gardes de Paris, 2 gendarmes, 4 « mouchards » et 10 ecclésiastiques choisis au hasard : les Pères Jésuites, Anatole de Bengy, Jean Caubert Pierre Olivaint [1], le Père Henri Planchat, religieux de Saint Vincent de Paul, les pères picpuciens, Ladislas Radigue Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu, L’abbé Sabatier, vicaire de N.D. de Lorette et un séminariste de Saint Sulpice l’abbé Paul Seigneret.

De la prison de la Roquette à la cité de Vincennes (rue Haxo).

Encadrés par les Gardes nationaux du 173e bataillon, ces 49 Otages montent à pied jusqu’à la Cité de Vincennes, Poste de commandement du 2e secteur de défense depuis le siège de Paris, rue Haxo qu’ils atteindront à 17h30. Sur place, malgré les réticences de leurs chefs militaires et cédant à une foule qui hurle à la mort, les Fédérés tirent à volonté durant un quart d’heure sur les otages, tous exterminés, devant un haut mur qui se trouvait rue du Borrégo, à la hauteur de l’actuelle, Maison des Jeunes. C’est à cet emplacement que se trouve la dalle commémorative où l’on peut lire l’inscription suivante :

En ce lieu l’avant dernier jour de la Commune de Paris, le 26 mai 1871 vers six heures du soir, furent amenés de la prison de la Roquette, en un lugubre cortège, huit religieux, deux ecclésiastiques, trente-cinq gardes de Paris et quatre Otages civils.

En présence des derniers représentants de la Commune, ces quarante-neuf Otages furent massacrés par une foule en délire.

Prêtres sacrifiés à la haine antireligieuse, gardes de Paris et prisonniers civils victimes des passions politiques. Ils ne sont pas tous morts pour la même cause, mais ils ont partagé les mêmes souffrances et subi le même sort. S’il faut sévèrement condamner les responsables du crime, on n’oubliera pas les événements tragiques qui se succédaient alors dans la capitale, les souffrances récentes de la guerre et du siège, l’amertume de la défaite, la répression inhumaine qui mettait fin, en ces jours, aux excès de la Commune.

Gardons le souvenir de ces drames, non pour perpétuer des haines, mais, à la suite de Jésus-Christ, pour œuvrer à la paix parmi les hommes.

(Texte de l’inscription gravée sur le monument commémoratif du centenaire du massacre des otages, inauguré et béni le 27 mai 1962 par Mgr Pierre Veuillot).

Le souvenir du massacre des otages.

Dès le surlendemain l’Abbé Rémond, vicaire de Saint Jean Baptiste de Belleville fera procéder à l’exhumation des corps sur le lieu du massacre et un laïc, Eugène Crépin, prisonnier à la Roquette s’évertuera à conserver les vestiges et à travailler à la construction d’un mémorial.

En 1872 la Compagnie de Jésus, fonde, Cité de Vincennes, l’Œuvre expiatoire du massacre des otages. Un apostolat féminin se développe dès 1886 sous la direction des Pères jésuites : « une œuvre d’amour remplace une œuvre de haine ». Le 4 avril 1889, le Père Petit s.j. vient de la rue de Sèvres, célébrer pour la première fois la messe sur le terrain du massacre des otages, dans un oratoire improvisé de 3 m sur 4 m. Il y reviendra tous les lundis. En 1894 est construite sur ce même emplacement une petite chapelle pouvant contenir deux cent cinquante personnes, avec quelques chambres aménagées au dessus. Le catéchisme se fait dans deux hangars voisins.

Avant la paroisse : l’Œuvre des otages fondée par le P. Jean-Jules Auriault s. j. (1855-1934).

Le 15 avril 1898 a lieu l’inauguration d’une chapelle plus grande bâtie en matériaux légers, bénie par le cardinal François Richard le 30 octobre. Les lois contre les Congrégations de 1901-1902 provoquent la vente forcée de la propriété, Mademoiselle Marguerite du Bouëxic de la Driennais (+1938) l’acquiert pour permettre la continuation de l’œuvre. A partir de 1909, des Pères jésuites viennent résider sur le terrain : apprenant que la prison de la Grande Roquette allait être détruite (1900), ils font démonter les cellules réputées occupées par les Pères jésuites et les reconstituent dans la cour du patronage [2]. Ce mémorial sera reconfiguré et inauguré dans sa nouvelle forme le 27 mai 1962 par Mgr Pierre Veuillot et le Père Maurice Husson (1910-1993), seuls subsistent depuis, une porte et une grille avec une partie du mur, surmonté de l’inscription, visible de la rue du Borrégo.

De la chapelle du Sacré Cœur à la paroisse Notre Dame des Otages.

En 1932, le Père Henri Diffiné (1890-1978) jésuite, arrive à la chapelle du Sacré Coeur pour dix-neuf années d’apostolat, ainsi qu’à la construction de l’église actuelle En 1933 le Père Diffiné ouvre une souscription pour la construction de cette église conçue et réalisée par l’architecte Julien Barbier (1869-1940). Les travaux commencent en 1936, et avec eux les difficultés matérielles : le sol instable impose la construction de 33 puits de béton reliés par des arches. L’inauguration aura lieu le 23 octobre 1938, sous la présidence du Cardinal Jean Verdier, archevêque de Paris de 1929 à 1940. En octobre 1961 la chapelle est érigée en paroisse sous le vocable de Notre-Dame des Otages, le Père Maurice Husson (1914-1993) jésuite, en sera le premier curé jusqu’en 1974.

La mutation de l’Œuvre des otages.

Pour faire place au projet de « l’habitat communautaire » initié à partir de 1951 par le Père Etienne Thouvenin de Villaret s.j. (1917-1983) la chapelle et les bâtiments de la communauté sont détruits. À leur place s’élève, Haxo I, immeuble de 158 logements (1958) au 47 à 49 rue du Borrégo, mais aussi un jardin d’enfants (1958) réaffecté en 2001, et la Maison des Jeunes et de la Culture avec son foyer de jeunes travailleurs (1961).

Après le départ des jésuites se sont des prêtres du diocèse de Paris qui assurent la charge paroissiale : Claude Gaudin (1974), Bertrand Derville (1986), Paul Cazaban (1991), Christophe Martin (1998), Didier Doreau (2004) et Jérôme Bascoul (2013).

En 1968 N.D. des Otages formera l’Ensemble Pastoral du Haut-Ménilmontant avec Notre Dame de Lourdes, 130 rue Pelleport et le Cœur Eucharistique de Jésus, 22 rue du Lieutenant Chauré. Depuis 1987 l’Ensemble s’inscrit dans un doyenné avec Notre Dame de la Croix rue de Ménilmontant, les trois paroisses du Haut-Ménilmontant sont autonomes mais collaborent sur certains aspects de la vie pastorale.

En 2009, le ravalement intérieur, le réaménagement du chœur, et l’installation d’un nouvel autel, permettent de célébrer la consécration le 24 mai, elle est présidée par Mgr. Eric de Moulins–Beaufort, évêque auxiliaire de Paris.

Otages ou Martyrs ?

Si tous les otages emmenés rue Haxo ont été massacrés avec une même sauvagerie, l’Église qualifie de martyrs, ceux-là seuls qui ont été tués en haine de la foi. Dans ce cas il s’agit des dix hommes d’Eglise, dont le traitement antérieur et la mort manifestât explicitement cette haine de la part de leurs bourreaux. Cette distinction n’est pas un jugement de valeur sur les autres victimes dont la mise à mort fut motivée par des raisons seulement politiques et qui furent tout autant héroïques. Les martyrs témoignent dans leur mort, à cause de la foi, de la puissance du Roi des martyrs, Jésus, qui par sa Passion, acquiert le pardon pour tous les hommes et communique la puissance de sa Résurrection. C’est pourquoi les Congrégations des Pères Picpuciens et des Religieux de Saint Vincent de Paul, travaillent actuellement à promouvoir la cause de béatification des martyrs de Belleville.

Sources :

  • Anne Bourgne, La Villa des Hauts-de-Belleville, Environnement, Histoire et Architecture.
  • Eugène Crépin, Les martyrs du calvaire de la rue Haxo, Lahure, 1875.
  • Marc-Andre Fabre, Le massacre des Otages, et l’œuvre de la rue Haxo, Œuvre des Otages.
  • François Graffin s. j., « Mystique et guide spirituel ». Henri Diffiné 1890-1978, Prêtre de la Compagnie de Jésus, éditions St Paul, 1984.
  • Armand de Ponlevoy, Actes de la captivité et de la mort des R. P. P. Olivaint, L. Ducoudray, J. Caubert, A. Clerc, A de Bengy, Téqui, 1933.
  • William Serman, La Commune de Paris, Fayard, 1986.

Mise à jour le 5/11/2018.

[1Les jésuites Léon Ducoudray et Alexis Clerc sont exécutés avec l’archevêque de Paris Mgr. Georges Darboy et d’autres prêtres, dans la prison de la Roquette le 24 mai 1871.

[2Celles de Monseigneur Darboy et des autres ecclésiastiques furent remontées dans la crypte du Grand séminaire Saint Sulpice d’Issy-les-Moulineaux.

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