Homélie de Mgr André Vingt-Trois pour la messe chrismale 2004

Cathédrale de Tours – Mercredi 7 avril 2004

Le Mercredi saint, 7 avril à 18h30, de nombreux prêtres et représentants des doyennés entouraient l’archevêque, Mgr André Vingt-Trois, pour la messe chrismale, dont voici l’homélie.

Frères et Sœurs,

Le 11 novembre dernier, j’ai appelé les catholiques du diocèse de Tours et je les ai envoyés au large. Nous voici maintenant à quelques encablures de la rive. Si nous ne sommes pas encore au grand large, nous avons cependant quitté les sécurités des bordures de la côte. Tout au long de ces cinq mois de lancement, nos communautés ont commencé à prendre le cap et à mettre à l’épreuve les instruments de bord, compléter l’équipage, vérifier les places de chacun de ses membres et tracer la ligne du parcours. Dans les deux mois qui viennent chaque équipe aura soin de préciser ses objectifs prioritaire. Puisque j’ai la charge de vérifier ces objectifs et de les confirmer, permettez-moi, aujourd’hui, de vous rappeler le but principal de la navigation de notre petite flottille : La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

Peu à peu les EAP se sont renforcées ou se sont mises en place là où elles n’existaient pas encore. Elles prennent progressivement la mesure de leur mission et de leurs responsabilités. Avec les prêtres qui en ont la charge pastorale, elles s’emploient avec courage à animer la vie des communautés chrétiennes. Certaines ont déjà une longue expérience et se préoccupent du renouvellement de leurs membres arrivés au terme d’un mandat. D’autres sont encore normalement en période de rodage. Cependant nous devons déjà nous réjouir de cet affermissement de leur action que nous constatons dans les visites pastorales.

Lors de notre « visite ad limina », le Pape nous a vivement encouragés à associer les laïcs à la vie de notre Église en veillant au respect des missions différentes des prêtres des diacres et des laïcs. Il nous a spécialement appelés à respecter la vocation spécifique des laïcs qui est de témoigner de l’Évangile dans les circonstances habituelles de leur vie sociale. Si je rappelle cette mission spécifique des laïcs dans le monde, c’est parce qu’elle est une expression de la mission prioritaire de l’Église tout entière.

L’organisation interne de la vie des communautés et la participation de tous à cette organisation n’est pas une fin en soi. Elle est un moyen qui doit toujours être évalué à la lumière de la mission de l’Église. Quand l’évangile de Luc nous rapporte la prédication de Jésus à Nazareth sur la lecture du prophète Isaïe, il nous donne une sorte de « feuille de route » de sa mission. Il rappelle à Israël la vocation universelle du choix que Dieu a fait de son Peuple et la libération dont il est le témoin pour les nations. La désignation par Jésus des douze apôtres, parmi celles et ceux qui sont devenus ses disciples, est une invitation à participer à cette mission universelle, comme les évangiles le rappelleront après la résurrection.

Si l’Église du Christ est amenée à organiser la vie des communautés, c’est en vue de cette mission. Être habité par cette priorité constante de l’annonce de l’évangile à tous ne nous installe pas dans une espèce de tension impossible entre ce qui concerne la vie des communautés et la mission dans le monde. Nous comprenons bien que nous ne pouvons être de véritables missionnaires de l’évangile que si nous vivons intensément de la communion ecclésiale et nous devons comprendre que la communion ecclésiale n’atteint sa plénitude que dans l’exercice de sa mission envers tous les hommes.

Réfléchir sur le service de l’Église, ce n’est donc pas d’abord juger comment l’Église est à notre service. Notre évaluation du service de l’Église n’est pas celui que des clients portent sur un supermarché dont ils attendent qu’il soit ouvert aux jours et aux heures qui leur conviennent. Plus que des services que nous attendons de l’Église c’est des services que nous pouvons et que nous devons lui rendre qu’il faut d’abord nous préoccuper.

Mais si j’insiste auprès de vous sur les services que nous pouvons rendre à l’Église, c’est-à-dire à notre communauté particulière, c’est bien parce que ces services sont eux-mêmes orientés à l’accomplissement de la mission plénière de l’Église : sa mission à l’égard de l’humanité entière. Mission de la nouvelle évangélisation qui nous est demandée en ce troisième millénaire. Devenir de vrais témoins de la Bonne Nouvelle du Christ dans toutes les situations humaines où nous sommes engagés par notre existence, mais aussi dans les situations où nous choisissons de nous rendre proches et solidaires pour devenir témoins de l’espérance auprès de ceux qui sont éprouvés par la vie : les pauvres de notre temps.

Les diacres permanents sont ordonnés pour donner un signe sacramentel de ce service de l’Église en notre monde. Par leur ministère, ils sont envoyés, en même temps, au service d’une communauté particulière et au service des pauvres de notre société, chacun selon les conditions de sa vie professionnelle et familiale. Je me réjouis que de nouveaux candidats se préparent à l’ordination diaconale et rejoignent la fraternité des 18 diacres du diocèse.

Les pauvres d’aujourd’hui, auxquels la Bonne Nouvelle doit être annoncée, chez nous ce sont ceux que la misère, la famine ou la guerre ont chassés de leurs pays, ce sont les laissés pour compte de la prospérité des « gagneurs », les hommes et les femmes égarés dans un mode de vie pour lequel ils ne sont pas armés, les blessés des échecs de la vie relationnelle dans un monde hyper communiquant : familles brisées, personnes isolées et handicapées dans leurs relations, les pauvres de la foi, toutes celles et tous ceux qui sont passés à côté de l’annonce de la Bonne Nouvelle et qui vivent dans l’ignorance de l’amour que Dieu porte aux hommes.

Les pauvres d’aujourd’hui ce sont aussi, à travers le monde, les peuples soumis à la misère sociale, à la faim et au dénuement, à la ruine d’opérations de guerre qui ravagent leurs pays, etc.

C’est à la lumière de ces besoins vitaux de nos frères que nos efforts pour faire vivre nos communautés chrétiennes doivent être évalués, c’est devant les pauvres que nous devons apprécier la qualité de nos objectifs et de nos engagements dans le monde qui nous entoure. Je n’ai pas appelé les chrétiens pour devenir les « gentils organisateurs » de communautés confortables pour satisfaire tous les désirs religieux des uns et des autres, mais pour prendre leur part de la grande aventure de l’annonce de l’Évangile à tous les hommes de ce monde.

Consacrés par le saint-chrême au moment de votre baptême et de votre confirmation, vous êtes devenus dans le Christ « prêtre, prophète et roi » pour participer à son œuvre messianique au cœur du monde. C’est pour participer à cette mission que les catéchumènes reçoivent l’onction de l’huile du combat. C’est pour la même mission que les malades reçoivent l’onction d’huile pour être plus étroitement unis à la passion du Christ.

De même que Jésus de Nazareth a été totalement investi par sa mission, ceux qu’il a appelés à devenir ses apôtres en quittant tout pour le ministère qu’il voulait leur confier sont appelés à rendre un témoignage radical à la mission de l’Église en s’y consacrant totalement, à plein cœur et à plein temps. Autour de moi, les prêtres sont envoyés dans les communautés pour être totalement donnés au service de l’Église.

Dans le Christ, ils font l’offrande complète de leur vie pour se donner tout entiers à la mission plénière de l’Église, pas seulement pour être des sortes de druides corvéables à merci. Ils sont envoyés pour manifester sacramentellement qu’une communauté vraiment catholique ne peut pas se satisfaire d’une bonne organisation de ses services. Elle n’est vraiment elle-même que dans la communion avec l’évêque et dans la communion universelle des Églises, dans la participation à la mission universelle.

L’amour pastoral les pousse toujours à se préoccuper de ceux à qui nous sommes envoyés et qui restent éloignés de la connaissance ou de la vitalité de la foi. Inconfort d’un ministère qui n’est pas en repos tant que le Christ n’est pas annoncé, tant que l’espérance n’est pas ouverte à la terre entière.

Chers frères prêtres, c’est ce désir de faire connaître le Christ qui vous a conduits à répondre à son appel. C’est pour vous y donner complètement que vous avez engagé votre vie. Aujourd’hui, au moment où vous allez renouveler les promesses de votre ordination, je veux vous dire la reconnaissance de tous les chrétiens de notre Église et mon affection personnelle pour votre disponibilité. Vous m’apportez un soutien quotidien qui m’est très précieux dans l’exercice de ma charge et dont chaque jour je mesure mieux le prix.

Nous aurons une prière particulière pour ceux d’entre vous qui célèbrent leur jubilé : 60 ans pour les PP. Chastel, Drean, Gahier, Arsène Garnier, Marcadel et Ménard. 50 ans pour les PP. Auger, Dirick, Huget, Milaret, de Monteynard, Quillet, et Taillecours. 25 ans pour les PP. Jeanson, Permentier et Pierre.

Je suis heureux aussi de la présence des séminaristes du diocèse et de votre présence à tous. Notre prière de ce soir nous introduit dans la célébration des Jours Saints. Nous y portons spécialement les 18 catéchumènes qui recevront les sacrements de l’initiation au cours de la Vigile pascale. Que Dieu nous conduise en eaux profondes pour l’annonce de l’évangile ! Qu’Il nous garde tous dans sa paix et dans sa joie !

Amen.

Mgr André Vingt-Trois,
archevêque de Tours

Source : Courrier Français de Touraine, 16 avril 2004

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