Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Appel décisif des catéchumènes 2007

Saint-Sulpice - samedi 24 février 2007

Evangile selon saint Marc, chapitre 10, versets 46-52

Chers amis, en lisant les lettres que vous m’avez adressées, j’ai eu conscience de lire une page d’histoire sainte : chacune et chacun d’entre-vous, selon sa manière, en relisant les chemins qui l’ont conduit à la rencontre du Christ, déchiffrait, à travers une série d’événements survenus au long des années, des signes qui étaient restés muets très longtemps et qui ont pris leur sens quand la lumière de la rencontre du Christ les a éclairés. Ces signes, c’est un tissu qui s’est constitué peu à peu à travers des rencontres d’hommes et de femmes qui forment des réseaux dans votre vie : depuis vos familles, souvent des grands-parents, des parents, des frères et soeurs, des cousins, des cousines, des gens que vous avez rencontrés par hasard ici ou là, bref des témoins qui manifestaient à travers leur vie qu’il y avait un rapport entre ce qu’ils étaient et leur foi en Dieu. Ces rencontres et ces réseaux ont été enrichis et, en quelque sorte, augmentés par des événements, des événements forts qui touchent à l’existence humaine : la naissance, l’amour, le mariage, la maladie, l’épreuve, la mort. A travers ces événements où vous avez perdu des êtres chers qui avaient marqué votre histoire, à travers ces événements où vous avez découvert l’amour d’un homme et d’une femme qui sont devenus ou qui vont devenir votre époux ou votre épouse, à travers la naissance d’un enfant que vous avez présenté au baptême, à travers ces événements forts, c’est d’une certaine manière le mystère de la vie qui a fait irruption dans une série de jours, de semaines, de mois et d’années qui étaient des jours, des semaines, des mois et des années comme les autres pendant lesquels vous avez essayé de vivre comme vous avez pu, le plus honnêtement possible. Petit à petit, ce message de l’amour qui est la vie et de la vie qui est l’amour a commencé à frayer son chemin à travers les sables, les taillis, les obstacles, pour parvenir jusqu’à votre coeur, pour qu’enfin par un dernier déclic vos yeux s’ouvrent et que, comme nous l’avons entendu tout à l’heure, vous deveniez capables de dire : "C’était Jésus". Ou, si nous voulions paraphraser la Bible : "Il était là et je ne le savais pas" (Gn 28,16).

Mais voilà ! Maintenant, vous le savez. Non seulement vous le savez, mais vous l’avez rencontré, vous avez entendu son appel et vous avez décidé d’y répondre. Tout cela ne se vit pas, comme vous le savez, en un instant. Pour beaucoup d’entre vous, le chemin qui conduit de la première prise de conscience à la démarche de franchir le seuil d’une église, de s’approcher d’un prêtre, ou d’oser poser la question : "Pourrais-je être baptisé, moi aussi ? ", ce chemin peut prendre des semaines, des mois, des années. Certains parmi vous ont dû reprendre ce chemin à plusieurs reprises, non pas parce qu’ils seraient devenus indifférents ou infidèles, mais simplement à cause des événements de la vie qui les ont transportés d’un endroit à un autre, d’un pays à un autre, d’un continent à un autre. Tout au long de ce chemin, qui peut rester assez insignifiant ou incohérent pour ceux qui le voient mais qui ne comprennent pas, le Seigneur était avec vous, Il vous tenait la main, Il vous conduisait sans que vous le sachiez encore.

C’est pourquoi la démarche qui consiste à s’approcher et à demander la vie des sacrements de l’Église est perçue et vécue par un grand nombre d’entre vous, nous l’avons entendu tout à l’heure, comme une action de grâce. Elle marque l’aboutissement d’un chemin que vous avez parcouru, mais elle est surtout la reconnaissance de la présence de Dieu au cœur de votre vie, tout au long de votre vie, mystérieuse et imperceptible pendant toute une période de votre existence, et maintenant visible et éclatante.

Mais, il ne suffit pas de reconnaître que Jésus était là , il ne suffit pas de croire qu’Il vous tenait la main et qu’Il vous accompagnait, il ne suffit pas de prendre un peu sur soi pour faire l’effort de franchir le seuil de l’Église, de s’adresser à un prêtre, de surmonter ses craintes, ses appréhensions. Il faut entrer dans une Église, pas simplement dans le bâtiment, mais dans une Église qui est une Église instituée, un corps social. Il faut devenir membre d’une Église. Et là aussi, les appréhensions, les craintes, les préjugés, travaillent notre esprit et notre cœur. Vous êtes là , c’est donc que le Christ vous a aidés à surmonter ces craintes, ces préjugés. Je voudrais vous dire, au nom de l’Église de Paris, que nous sommes tous très heureux de vous accueillir, que c’est une grande joie, et pour moi en premier lieu, de vous recevoir dans l’Église du Christ comme les témoins de la puissance de l’Évangile qui peut transformer l’existence d’un homme et d’une femme, comme les témoins de la source qui coule du cœur du Christ pour donner la vie en abondance. Pour beaucoup d’entre vous, c’est l’appel de cette vie qui a été le stimulant ; c’est la tristesse ou la frustration éprouvées en participant à la prière de l’Église sans participer à ses sacrements, le sentiment de quelque chose qui n’atteignait pas la plénitude de sa richesse, la conviction qui s’est imposée peu à peu qu’il fallait surmonter vos craintes pour aller jusqu’au bout du chemin.

Eh bien ! Cette vie dont vous avez aperçu les signes à travers les différentes communautés que vous avez rencontrées, cette vie vous est offerte par le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. Vous allez devenir à votre tour membres de l’Église du Christ, heureux de l’être et heureux d’en devenir les témoins.

Au moment où je vais vous appeler, quand vous vous avancerez avec votre parrain ou votre marraine, s’ils sont là , je poserai sur votre épaule une écharpe violette. Elle est un signe, le signe de l’existence ancienne qui est encore la vôtre. Cette écharpe violette, au moment du baptême, elle vous sera arrachée, en signe de la vie nouvelle dans laquelle vous entrez, et vous serez revêtus d’un vêtement blanc, signe de la nouvelle naissance. Avec vous, aujourd’hui, en ce premier dimanche de Carême, l’Église prend sur ses épaules l’écharpe violette du pécheur qui veut revenir à la vie de son baptême. Avec vous, les vieux chrétiens vont prendre le chemin de la conversion pour renouveler leur baptême dans la nuit de Pâques. Avec vous, nous marchons vers la lumière du Christ.

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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