Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Consécration épiscopale de Mgr Jérôme Beau et Mgr Jean-Yves Nahmias

Cathédrale Notre-Dame de Paris - vendredi 8 septembre 2006

« L’évêque est constitué par la consécration sacramentelle qui fait de lui un serviteur de la présence du Christ à son Église. Agrégé au Collège épiscopal par l’imposition des mains, il partage la mission apostolique de conduire les disciples du Christ en son nom. »

Frères et Sœurs,

C’est une grande joie pour notre famille diocésaine entourée et soutenue par les diocèses de la Province d’Ile-de-France de se retrouver ce soir pour célébrer la consécration épiscopale de Jean-Yves Nahmias et de Jérôme Beau. D’abord nous rendons grâce à Dieu pour le don qu’Il nous fait par son Église en renforçant le ministère apostolique dans le diocèse de Paris. Je suis reconnaissant au Saint Père d’avoir accédé à ma demande en m’adjoignant deux évêques auxiliaires. J’espère que leur collaboration et leur appui me permettront de mieux accomplir ma mission et développeront notre capacité à soutenir et encourager la vie des différentes communautés chrétiennes qui composent le diocèse. Vous le savez tous, je m’efforce de vous rencontrer dans des occasions diverses. Mais vous savez aussi que je ne suis pas toujours capable de répondre à vos appels.

Le ministère de l’évêque est d’abord un ministère de communion entre les membres de son Église et cette communion passe nécessairement par des rencontres et des temps de travail commun ; elle passe par une connaissance sans cesse actualisée des situations et surtout des personnes, de leurs préoccupations et de leurs initiatives apostoliques, de leurs réalisations et aussi de leurs déceptions. On attend de l’évêque qu’il soit proche et attentif, bienveillant et stimulant, qu’il donne des orientations générales sans méconnaître les situations particulières, qu’il sache accueillir et écouter mais aussi qu’il soit présent dans divers endroits. On attend bien d’autres choses encore : je ne vais pas les énumérer parce qu’en les disant, je prends conscience de ce que je devrais faire et que je ne fais sûrement pas à la satisfaction de tous, en tout cas pas à la mienne.

Mais l’évêque n’est pas seulement quelqu’un qui regarde avec bienveillance et qui encourage, moins encore quelqu’un qui sanctionne, même quand il doit conseiller ou corriger. Il n’est pas d’abord défini par ses tâches et ses fonctions. Il est d’abord constitué par la consécration sacramentelle qui fait de lui un serviteur de la présence du Christ à son Église. Agrégé au Collège épiscopal par l’imposition des mains, il partage la mission apostolique de conduire les disciples du Christ en son nom. Non seulement cette mission s’applique à l’Église particulière à laquelle il est attaché, elle s’étend à la catholicité de l’Église. Avec les autres évêques il reçoit mission de porter la charge pastorale du Christ et de développer dans sa propre Église le sens de la communion universelle et l’expérience de la solidarité entre les Églises.

Envoyé par l’Emmanuel "Dieu-avec-nous ", il est le signe et la réalité de la proximité de Dieu à son peuple et, avec ce peuple, il devient signe et réalité de la proximité de Dieu à l’humanité entière. Son amour pastoral ne se réduit pas à un sentiment de cordialité humaine ou à la recherche des consensus mous. Son amour pastoral est animé par la mission de témoigner de la volonté de Dieu, qui veut rassembler tous les hommes, non par une adhésion idéologique, mais par l’expérience de l’amour vécu à la manière du Christ. Cet amour, comme le Christ l’a vécu, ne peut se vivre qu’en se livrant pour ses frères comme Jésus lui-même s’est livré. L’évêque reçoit une autorité et il exerce une autorité qui est celle de la mission confiée, c’est l’autorité de l’amour obéissant jusqu’à l’extrême, jusqu’au don de sa vie.

Ainsi, la prière consécratoire que nous prononcerons tout à l’heure, n’est pas la simple collation d’une dignité, ni même le fait de vous confier une mission particulière. Elle est une véritable consécration, c’est-à -dire une prise de possession par Dieu de toute votre personne et de toute votre vie pour la mission sacramentelle qui est la vôtre : être totalement unis à la passion du Christ donné pour la vie du monde.

Jean-Yves, Jérôme, je voudrais maintenant insister plus particulièrement sur deux aspects de votre ministère qui me semblent devoir être importants dans le service qui sera le vôtre dans les années qui viennent.

Vous recevez la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner. Dans la situation de notre Église, la mission d’enseignement prend une dimension particulière. Nous savons tous que la formation des chrétiens est un objectif prioritaire ; l’Église doit préparer ses membres à exercer pleinement leurs responsabilités. Mais plus largement, nous savons que beaucoup de nos contemporains sont confrontés régulièrement à des décisions publiques ou à des choix personnels dans lesquels la dignité propre à chaque personne humaine est méconnue ou méprisée. Comment réagir à ces atteintes portées à la dignité humaine ? Comment résister à la frénésie de bricoler la personne humaine et ses relations ? Comment tenir bon si personne n’ose plus rappeler les vérités les plus élémentaires, évidemment celles de la doctrine chrétienne, mais plus largement encore celles de la sagesse humaine ? Car défendre le pauvre, ce n’est pas simplement gérer les contraintes d’un système économique, c’est aussi rappeler qu’aucun homme ne sera plus vraiment respectée si nous ne respectons pas les plus démunis d’entre les nôtres : les laissés pour compte de la société du succès économique, les personnes jugées sans avenir et sans droit de vivre, ou encore si nous acceptons que des êtres humains puissent devenir des objets au service de notre bien-être, etc. Le rappel des vérités élémentaires sur l’homme ne fait pas de nous des interlocuteurs faciles, y compris parmi les chrétiens, mais notre mission doit être accomplie avec liberté, courage et sérénité.

L’autre point sur lequel je voudrais insister est celui de votre ministère auprès des prêtres. Nous savons tous que les conditions d’exercice du ministère sacerdotal ont beaucoup changé depuis plusieurs décennies. Elles changeront encore. Les prêtres, ces prêtres si nombreux ce soir autour de nous, sont nos collaborateurs les plus proches. Ils participent de notre ministère apostolique. Mais ils ne sont pas seulement des exécutants d’une pastorale. Ils sont associés sacramentellement à notre service sacerdotal. Pour reprendre les paroles du Christ, ils ne sont pas des serviteurs, mais ils sont des amis (cf. Jn 15, 15). Dans un grand diocèse comme Paris, l’expérience de cette amitié sacramentelle n’est pas toujours facile à vivre et à mettre en œuvre dans les relations quotidiennes. C’est une part centrale de notre ministère épiscopal de faire exister cette amitié et cette fraternité des prêtres entre eux, cette amitié et cette fraternité que nous devons nourrir avec les prêtres. Nous devons nous efforcer de les connaître, non seulement dans leur mission, mais aussi dans leur vie personnelle. Cette relation privilégiée nous demande d’y consacrer et du temps et de l’attention.

Notre célébration en ce jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie colore évidemment ce que nous vivons ensemble. Jean-Yves et Jérôme, je ne sais pas si, comme Joseph, vous avez besoin d’un ange dans votre sommeil pour déchiffrer le sens des événements qui surviennent dans votre vie aujourd’hui et y reconnaître les signes de l’accomplissement de la volonté de Dieu pour le salut du monde. Notre présence ce soir n’est pas celle d’un ange, mais notre message est bien le même : « Ne crains pas ». Notre Église assemblée dans toute la force - et la faiblesse - de sa foi le dit aussi à chacun de vous : « Ne crains pas ». Mais cette parole rapportée par l’évangile selon saint Matthieu est fondée sur la vision de la foi à laquelle nous associe l’épître aux Romains. Celle-ci nous rappelle que le sens profond de l’histoire des hommes, de l’histoire de l’humanité évidemment et de l’histoire de chacune de nos vies, ne peut se dévoiler à nos yeux qu’à la mesure où nous remettons notre regard dans la perspective de la prévenance absolue de Dieu agissant pour les hommes : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis » ; « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés le premier ».

C’est ainsi que la Nativité de la Vierge, comme son Immaculée Conception, dévoile son sens si nous avons la conviction que la liberté des hommes et ses conséquences coexistent avec la volonté initiale de Dieu de nous conduire au salut et de mettre en œuvre les moyens nécessaires. Vous-mêmes aujourd’hui, appelés à répondre librement à l’appel que Dieu vous adresse, vous savez que votre réponse est inscrite dans la prévenance de Dieu qui vous a choisis - « dès avant votre naissance », dit le prophète, et en tout cas depuis très longtemps, nous disent nos souvenirs - et qui vous a conduits. Conscients de votre faiblesse, vous pouvez avancer sans crainte parce que l’amour du Père a mystérieusement préparé ce moment. A l’instant nous allons invoquer le don de l’Esprit-Saint. Que cet Esprit vous donne en même temps la force et l’assurance de la fidélité de Dieu.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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