Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messes au Sacré-Cœur de Montmartre (avec 3e étape préparatoire au baptême) et à Notre-Dame de Paris

Dimanche 4 mars 2018 – 3e dimanche de carême – Année B

- Ex 20,1-17 ; Ps 18 ; 1 Co 1,22-25 ; Jn 2,13-25

Voici cette célèbre scène de la vie de Jésus où il chasse les marchands du Temple.
Les gentils sont choqués. Les hypocrites se servent de cet épisode pour montrer que Jésus pouvait être violent comme bien d’autres prophètes.

Je rassure les gentils : Oui, Jésus est doux et humble de cœur. Oui, c’est Jésus qui a dit à Pierre : « celui qui prend l’épée périra par l’épée ». Oui, c’est Jésus qui a dit : « heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ».

Aux hypocrites je dis : Jésus prend simplement des cordes comme le faisait mon grand-père pour rentrer les vaches sans leur faire du mal, en frappant simplement le sol. Et puis, renverser des tables n’a jamais fait de mal à personne. L’argent répandu sur le sol risque seulement de provoquer un lumbago aux personnes cupides qui les ramassent.

Ce que Jésus accomplit est un signe messianique annoncé par le prophète Zacharie : « il n’y aura plus de marchands dans la Maison du Seigneur, en ce jour-là » et par le prophète Malachie : « et soudain entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez. Car il est comme le feu du fondeur et comme la lessive des blanchisseurs ».

Mais pourquoi donc, ce geste ? Parce que, lorsque le Messie viendra, la grâce de Dieu sera donnée. Le mot grâce est de même étymologie le mot gratuit. Les dons de Dieu ne se monnayent pas. L’éternelle tentation de l’homme, c’est d’être avec Dieu dans la loi de la réciprocité, le donnant-donnant. Or, on ne donne rien à Dieu. Il est la perfection de la plénitude. On reçoit de Dieu.

Pourquoi avons-nous tant de mal à accueillir avec gratitude ?

Les hommes ont besoin de justifier leur existence. Ils ont besoin de mériter et quand ils se tournent vers une transcendance, ils veulent offrir quelque chose qui leur paraît important. Après les sacrifices humains offerts aux dieux païens, comme ce Moloch Baal des Cananéens, ils ont offert à Dieu, le Dieu d’Israël, le meilleur de leur bétail dans ce Temple bâti par Salomon, où le Seigneur avait révélé sa présence par la venue de la nuée céleste et qui fut reconstruit plus tard au retour d’Exil.

Jésus nous révèle que le vrai Temple de la présence de Dieu, c’est son corps. Par l’Incarnation du Verbe, Dieu a manifesté sa présence en notre humanité. Ce véritable Temple, non construit de mains d’homme, ne sera pas détruit comme le Temple de pierre. Il sera rebâti en trois jours.

Par cette venue du Fils de Dieu en notre humanité, notre corps devient à son tour véritable Temple de la présence de Dieu par le don de l’Esprit Saint promis par Jésus à ses apôtres.

L’amour de Dieu ne se mérite pas, il n’a pas besoin de sacrifice. Le seul sacrifice qui plaît à Dieu c’est le sacrifice d’action de grâce, celui que Jésus offre à son Père sur la croix en notre nom.

A la messe, c’est ce sacrifice d’amour qui est rendu présent. Eucharistie veut dire action de grâce.

Le sacrifice d’amour du Christ est offert en action de grâce. C’est bien ce sacrifice d’action de grâce que nous célébrons et auquel nous participons en offrant notre vie au Père avec le Christ.

Notre corps devient un lieu sacré : aussi pas de cupidité, pas de débauche, pas de méchanceté ni de pulsion de mort. Ce sont là tous ces marchands du Temple qui encombrent notre parvis et notre vie. Chassons-les, nous aussi. Laissons entrer en nous la vie et l’amour.

+Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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