Homélie de Mgr Michel AUPETIT - Messe pour la Paix à Notre-Dame, à l’occasion du Centenaire de l’Armistice de 1918 - 32e dimanche ordinaire - Année B.

Notre-Dame de Paris - Dimanche 11 novembre 2018

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- 1 R 17, 10-16 ; Ps 145, 6-10 ; He 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44

En entendant cet épisode de l’évangile où Jésus admire cette pauvre veuve qui a donné tout ce qu’elle avait, je suis toujours un peu gêné. Je me pose la question de savoir ce que je donne : le tout de ma vie ou bien le superflu ? Oui, bien sûr, en entrant au séminaire, j’ai laissé mon métier, mon appartement et mon projet de fonder une famille. Mais cette femme-là a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. Elle a confié sa vie entre les mains de Dieu. Puisqu’elle n’avait rien à offrir, il ne lui restait plus qu’à donner sa vie, son être, tout ce qu’elle est. Face à cela, nous sommes contraints de nous poser la question : et moi, qu’est-ce que je donne ?

Comme pour la veuve de Sarepta qui partage son indigence avec le prophète Elie, cette veuve du Temple de Jérusalem remet sa vie entre des mains de Dieu dans un acte d’amour suprême. Cet épisode se passe peu de temps avant que Jésus entre dans sa Passion. Lui aussi va remettre sa vie entre les mains de son Père pour le salut de l’humanité. Le Christ a donné sa vie sans rien retenir alors qu’il avait la possibilité de la sauver : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Parce que l’amour n’est pas autre chose que de donner sa vie, son être tout entier dans les mains de la personne aimée. N’est-ce pas ce que disait Guynemer, le célèbre aviateur de la Grande Guerre : « Celui qui n’a pas tout donné, n’a rien donné ». Or, s’abandonner dans les mains d’autrui, c’est le contraire de ce que vit notre société individualiste. L’autonomie qui veut dire : « je me suffis à moi-même, je ne veux dépendre de personne » n’est que l’illusion de l’indépendance qui finalement nous dresse les uns contre les autres, favorise les communautarismes opposés qui conduisent à la violence et à la guerre.

Nous célébrons aujourd’hui la paix retrouvée après une guerre mondiale, des peuples dressés les uns contre les autres. Pourquoi ? Comment faire pour ne pas réitérer ces violences ? Le progrès des sciences suffira-t-il à nous rendre sages ? Nos découvertes, notre intelligence nous éblouissent. Mais à quoi servira toute cette prospérité matérielle ? C’est la question que pose Antoine de Saint-Exupéry : « Nous aurons de parfaits instruments de musique distribués en grande série, mais qui sera le musicien ? »

Il faut trouver le sens de ce que nous sommes, car c’est ce que nous sommes qui peut être offert. Comme la veuve, c’est notre être, notre personne, notre vie qui peut être offert. Chaque peuple a son histoire, sa culture, quelque chose à donner de ce qu’il est. Donner et recevoir, établir un lien, admirer, accueillir pour partager et approfondir ce qui est bon en chacune de nos cultures, ce qui fait du bien à tous. Chacun de nous, chaque peuple ne doit pas se recroqueviller sur soi mais partager son être pour donner le meilleur. C’est la condition de la paix qui n’est pas la tranquillité de l’ordre ni la « pax Romana » obtenue par la force.

Le concile Vatican II nous le rappelait : « la paix n’est pas simplement une absence de guerre, elle ne se réduit pas à l’établissement d’un équilibre entre les forces adverses, elle ne provient pas d’une domination despotique, mais il est tout à fait exact et approprié de l’appeler l’œuvre de la justice ». Et, plus loin : « pour que la paix sur cette terre soit obtenue, il faut que les hommes se communiquent spontanément dans la confiance, les richesses de leur esprit et de leur génie créateur ».

Voilà sans doute ce que le Christ nous apprend en montrant comment cette veuve va jusqu’au bout de l’amour et la raison pour laquelle la paix sera le fruit de l’amour qui va plus loin encore que l’établissement de la justice et de l’équité.

Puissions-nous être inspirés par cet enseignement du Christ qui a irrigué largement la conscience de nos pays.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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