Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messes à St Sulpice et à Notre-Dame de Paris

Dimanche 17 mars 2019

- 2e dimanche de carême – Année C
- Gn 15,5-12.17-18 ; Ps 26,1.7-9.13-14 ; Ph 3,17 à 4,1 ; Lc 9,28b-36

Ce n’est pas le moment de dormir ! Non je ne parle pas de vous qui, peut-être, avez envie de dormir pendant mon homélie. Je parle de Pierre, de Jacques et de Jean, les apôtres du Seigneur. Vous avez bien entendu dans l’évangile : ils sont accablés de sommeil. Jésus est transfiguré devant eux, il apparaît dans toute sa gloire divine et voilà qu’ils sont prêts à s’endormir.

Mais il y a un autre moment où ils vont être aussi accablés de sommeil. Nous entendrons cela le jour du Vendredi Saint. Lorsque Jésus est à Gethsémani, qu’il est traversé par une angoisse mortelle jusqu’à avoir une sueur de sang devant l’épouvantable supplice qu’il va subir dans quelques heures, les trois mêmes apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont s’endormir une fois de plus. Jésus reviendra vers eux en se désolant : « Vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ? » (Mt 26,40).

C’est devant ces trois apôtres là que Jésus va se révéler vrai Dieu à la transfiguration et vrai Homme au Jardin des Oliviers, à Gethsémani. Comment se fait-il qu’au moment où le véritable mystère de la personne de Jésus se révèle à eux, ceux-là sont pris d’un sommeil mystérieux ?

Il y en a un autre qui va être pris d’un sommeil mystérieux. C’est Abraham au moment où Dieu va passer pour faire alliance avec lui. Selon l’usage très ancien, Abraham va couper les animaux en deux pour faire alliance. Il s’agissait alors, pour les tribus du désert, de quelque chose qui engageait définitivement au moment où chaque chef de tribu passait au milieu des animaux coupés. Abraham veut faire alliance avec le Seigneur et c’est pourquoi il fait ce geste qui nous parait étonnant. Mais Dieu va faire tomber sur lui ce sommeil mystérieux, la Tardemah, qui signifie que Dieu est seul à agir sans que l’homme ne puisse mettre la main sur lui. Est manifestée ainsi l’immense liberté de Dieu qui échappe à la volonté de possession qui demeure toujours tapie dans le cœur de l’homme. Le feu qui passe au milieu des animaux signifie que Dieu accepte et assume l’alliance et qu’il s’y engage pour toujours.

Voilà pourquoi, lorsque le Père révèle le véritable visage de son Fils à la Transfiguration, ce signe du sommeil mystérieux montre l’entière liberté du don que Jésus va faire de sa vie par amour. Il ne s’agit pas de répondre à un désir de l’humanité mais de révéler la gratuité absolue de l’amour de Dieu. A Gethsémani, c’est la réponse totale et gratuite de l’amour infini de Jésus dans son humanité, qui va s’ajuster à cet amour qu’il connaît en tant que Fils de Dieu. Les apôtres, pour l’instant, ne pourront pas le suivre dans cet amour infini. Voilà pourquoi, ce sommeil va triompher de leur volonté en ne leur permettant pas de s’associer au don total de Jésus à son Père pour le salut du monde.

Ainsi va se révéler en Jésus, vrai Dieu vrai homme, la vocation sublime de chacun d’entre nous. Notre humanité, limitée et fragile comme celle de Jésus à Gethsémani, doit être transfigurée en accueillant le Saint Esprit qui vient habiter nos cœurs de l’amour même de Dieu et nous permet de communier à la vie divine.

C’est pourquoi toute vie humaine, même la plus fragile, la plus abîmée, en particulier dans la vulnérabilité de ses commencements au moment de la gestation, est entouré de la plus sublime dignité qui la rend sacrée et intouchable. C’est de la manière dont une société est capable de respecter toute vie de son commencement à sa fin naturelle que l’on peut juger de son degré de civilisation et d’humanité.

Nous l’affirmons avec force : le Christ, notre Seigneur, est le véritable révélateur de notre humanité.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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