Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messes à Saint-Pierre de Montmartre (Paris 18e) et à Notre-Dame de Paris

Dimanche 7 avril 2019

- 5e dimanche de carême - Année C

- Is 43,16-21 ; Ps 125, 1-6 ; Ph 3,8-14 ; Jn 8,1-11

Quel beau flagrant délit ! C’est un rêve pour les policiers : pas d’enquête, pas besoin de témoins, de test ADN, de recoupement des faits. Et pour les juges, c’est encore plus simple. Pas d’hésitation, le coupable est évident, les preuves aussi, il suffit donc d’appliquer la loi.

La loi est très simple d’après le livre du Lévitique. La peine pour un adultère est la lapidation. Pour la femme et pour l’homme aussi. Tiens, où est-il celui-là ?

Oui tout cela paraît simple au niveau des faits, mais cette femme, qui s’en soucie ? Certainement pas ces hommes qui l’amènent à Jésus. Elle ne les intéresse pas. Elle leur sert seulement d’alibi pour accuser Jésus, le prendre en défaut. Visiblement, la Loi pour eux est plus importante que la personne jugée. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas compris que la Loi de Dieu est faite pour l’homme et non pas l’homme pour la Loi comme le rappellera Jésus. Ils n’ont pas compris que la Loi de Dieu est au service de l’Amour. Or l’adultère est une rupture, une trahison de l’amour.

Qui se soucie de cette femme ? Jésus, et seulement Jésus. Vous avez remarqué qu’il dessine sur le sol avec son doigt. N’est-ce pas étrange ? Son doigt ? Mais c’est le doigt de Dieu ! Et c’est bien le doigt de Dieu qui a écrit la loi sur les tables de pierre remises à Moïse.

Il y avait écrit dessus : « Tu ne commettras pas l’adultère ».

Mais une loi écrite sur une table de pierre peut être accueillie par des cœurs de pierre. C’est d’ailleurs pourquoi le prophète Jérémie avait prononcé cette Parole de Dieu : « Ma Loi, je l’écrirai sur leur cœur » (Jr 31, 33).

Le doigt de Jésus, c’est le doigt de Dieu. Qu’écrit-il sur le sol ? Ne serait-ce pas la Loi inscrite sur le cœur ? Ce cœur dont Dieu avait dit par la bouche du prophète Ezéchiel : « Je transformerai leur cœur de pierre en un cœur de chair » (Ez 36, 26)
Ils veulent jeter la pierre pour faire mourir. Mais la pierre, c’est leur propre cœur. La pierre est celle dont ils recouvrent leur propre péché.

Voilà pourquoi la Loi nouvelle ne révèle pas le péché mais seulement le cœur de pierre qu’il faut transformer en un cœur de chair. C’est ce que fait Jésus en renvoyant chacun à son propre péché : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8, 7). Tous s’en vont, car tous sont pécheurs. Si ces hommes aiment plus la Loi qu’ils n’aiment la personne, Jésus, lui, qui pourtant n’aime pas le péché, aime la personne. Car le péché nous abime, comme il blesse ceux qui vivent avec nous : « Va et ne pèche plus » (Jn 8, 11).

L’amour de Jésus, sa miséricorde, ne détruisent pas la personne, mais la relèvent. Jésus guérit le cœur par son cœur aimant, par ses entrailles de miséricorde qui reflètent celles du Père, comme le dit la Bible. Nous ne pouvons aider quelqu’un qui s’enfonce dans le péché que si nous l’aimons et si nous l’aimons vraiment. Il faut qu’il sache que nous voulons son bien, son salut. Que nous voulons nous retrouver avec lui au banquet céleste.

Non, nous ne jetterons pas la pierre. Nous nous jetterons ensemble dans l’océan incandescent de l’Amour de Dieu.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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