Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe avec les néophytes à Saint-Louis-en-l’Île (Paris 4e) et à Saint-Sulpice (Paris 6e)

Dimanche 28 avril 2019

- Voir le compte-rendu Dimanche “In albis”

- 2e dimanche de Pâques – In Albis – Divine Miséricorde - Année C

- Ac 5,12-16 ; Ps 117, 1-4.22-27 ; Ap 1,9-11a.12-13.17-19 ; Jn 20,19-31

On présente souvent saint Thomas comme le précurseur des modernes. L’homme qui doute. Pendant quelques années on nous a présenté les croyants sérieux comme ceux qui sont capables de douter. « Je doute, donc je crois » : tel était le titre d’un des livres du journaliste Noël Copin. Car nous savons bien qu’au 20e siècle, l’humanité a été introduite dans l’ère du soupçon. Tout était mis en doute et passé à l’aune de la méfiance généralisée. Toutes les matières étaient concernées. En philosophie, Nietzsche, en science, les reliquats du positivisme d’Auguste Comte et de Claude Bernard, en sciences humaines le triomphe de Freud et même en religion, les élèves du Père Loisy et le triomphe de la lecture historico-critique de la Bible. Rien n’était crédible en dehors de la mise en soupçon de toutes les connaissances humaines. Seul l’homme qui doute est sérieux.

Mais ce n’est pas ce que vit saint Thomas. Ce n’est pas un homme soupçonneux. Il n’est pas ce sympathique incrédule que l’on présente souvent. Avant l’arrestation de Jésus, Thomas était prêt à donner sa vie. C’est lui qui, au moment de monter à Jérusalem, a dit aux autres apôtres : « Allons, et mourons avec lui » (Jn 11,16). Mais comme tous les autres, Thomas a failli, il a abandonné le Christ. Ce n’est pas du Christ dont il doute aujourd’hui, c’est de lui-même. Il a perdu ses illusions, son enthousiasme. Pourrait-il à nouveau engager toute sa vie en connaissant sa propre misère ?

Cher Thomas, ce n’est pas toi qu’il faut regarder, c’est le Christ ! Ainsi en est-il de nous-mêmes. Ce que nous avons à faire, c’est entrer dans une relation toute particulière avec le Seigneur et pour cela il convient de sortir de soi-même, de la contemplation de ses misères, pour admirer l’amour de Jésus pour nous. C’est lui qui nous permet de connaître le véritable chemin qui mène à la résurrection.

Sur quoi repose notre foi ? Sur des témoignages. Ceux qui ont refusé de croire à la résurrection, ceux qui ont vu le Christ ressuscité. Les onze apôtres n’ont pas cru Marie-Madeleine qui leur affirmait avoir vu le Christ vivant. Thomas n’a pas cru ses frères quand ils ont dit avoir rencontré Jésus. Et ce sont ces incrédules que nous devrions croire ? Justement, oui. Car nous voyons bien qu’ils n’étaient pas prêts à avaler n’importe quelle couleuvre... Et si chacun d’eux a donné sa vie pour confirmer son témoignage, c’est que leur parole est crédible. Souvent nous pensons que, pour croire, il faut faire une expérience : « Je crois ce que je vois ». Ou encore : « Je crois parce que je peux le prouver ». Mais la foi n’est pas la crédibilité. Nous savons par expérience que le vrai n’est pas toujours le vraisemblable. Par exemple nous voyons avec nos yeux que la terre est plate. Or, elle est ronde. Il a fallu longtemps pour s’en convaincre.

Ce qui est important, et vous tous qui êtes là le savez bien, c’est la rencontre personnelle avec Jésus. Elle ne dépend pas simplement d’une satisfaction des sens : les yeux, les oreilles, le toucher, l’odorat, le goût, tout ce qui nous permet de connaître physiquement l’extérieur. Elle relève surtout d’une communion intérieure.

Ce que nous sommes comme personne dépend non de l’observation, mais de la relation. C’est bien la relation aux autres qui nous construit. Jésus veut, non une évidence intellectuelle, mais une relation de confiance fondée sur l’amour. Les disciples avaient déjà établi cette relation avec Jésus, voilà pourquoi l’évidence matérielle était pour eux nécessaire. Mais nous, nous devons d’abord construire cette relation personnelle avec Dieu. C’est là où se situe la miséricorde que nous fêtons aujourd’hui. Ce mot signifie que le cœur de Dieu se penche sur notre misère. Dieu veut établir une relation personnelle avec chacun de nous. C’est d’ailleurs l’objet du commandement fondamental : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ».

La croyance vient de nous, de nos capacités personnelles à connaître. La foi vient de Dieu. Elle consiste à s’abandonner à Dieu, à se livrer au don de Dieu. Il ne s’agit pas de croire ce que je vois, mais de voir ce que je crois. Puissiez-vous comme saint Thomas entrer dans les yeux de la foi et dire avec lui en regardant Jésus, au-delà du visible : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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