Homélie de Mgr Michel Aupetit – Messe du Grand Pardon de saint Yves à Tréguier (Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier)

Dimanche 19 mai 2019

– 5e dimanche de Pâques – Année C

- Ac 14, 21b-27 ; Ps 144,8-13 ; Ap 21,1-5a ; Jn 13,31-33a.34-35

Quand vous rédigez votre testament, vous pensez à vos enfants. Vous les aimez et vous voulez leur laisser tout ce qui est précieux. Mais qu’est-ce qui est précieux ? Votre maison ? Vos bijoux ? Votre assurance vie ? Peut-être. Mais c’est surtout l’amour que vous avez pour eux, ce qui vous a fait vivre, le sens de votre vie.

Ainsi, jusqu’au 19e siècle, sur les actes notariés, le testateur parlait clairement de ce qui avait donné sens à sa vie, avant de partager les petites cuillères en argent. Un exemple nous est donné dans une fable de La Fontaine : Le laboureur et ses enfants. Vous vous rappelez ? « Un riche laboureur sentant sa mort prochaine fit venir ses enfants leur parla sans témoins ». Que leur lègue-t-il ? Un trésor ! Et quel est ce trésor ? C’est ce qui a fait sa raison de vivre : « travailler, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins ». « Le père fût sage avant sa mort de leur montrer que le travail est un trésor ».

Voilà ce que fait Jésus. Il va partir, mourir, ressusciter et retourner vers son Père. Il laisse donc son testament à ses disciples. C’est le testament de l’amour qui est le sens le plus profond de l’existence humaine : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». L’amour est véritablement le trésor de notre vie. Sans amour nous sommes les plus malheureux des hommes. Vous êtes peut-être étonnés d’entendre Jésus dire qu’il s’agit d’un commandement nouveau. Aimer son prochain comme soi-même est un commandement de l’Ancien Testament dans le livre du Lévitique. Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force est un commandement de l’Ancien Testament dans le livre du Deutéronome. Alors, quelle est la nouveauté ? Ce qu’il y a de nouveau c’est : « comme je vous ai aimés ». Il ne s’agit plus d’aimer Dieu de tout son cœur avec des sentiments humains, ni d’aimer son prochain autant que l’on peut s’aimer soi-même, ce qui est déjà extraordinaire, vous en conviendrez. Non, Jésus nous dit qu’il faut aimer comme lui nous aime. Il faut aimer comme Dieu. Cela signifie qu’il nous faut devenir un peu plus à « l’image et à la ressemblance » de Dieu, que nous devons aimer comme Jésus qui donne un exemple concret à ses disciples en leur lavant les pieds. Lui le Seigneur et le Maître, s’est fait leur serviteur : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13,15). Cet exemple permet au monde de reconnaître ceux qui appartiennent au Christ : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

En quoi tout cela est glorieux, puisque Jésus parle de gloire ? Pour nous la gloire consiste à être salué dans la rue, à chanter à l’Eurovision, à participer aux jeux télévisés afin qu’on nous connaisse. Cela, en réalité, c’est la gloriole, la vanité. Elle tient au regard des autres comme le dit Jésus : « vous tenez votre gloire les uns des autres ». En réalité, la gloire dans la langue hébraïque se dit Kavod, ce qui veut dire le poids. La gloire est le poids de notre vie. Qu’est-ce qui a poids dans notre vie ? C’est justement notre capacité à aimer vraiment. Le Père va être glorifié parce que le Fils va manifester son amour en donnant sa propre vie. Le Fils va être glorifié parce que l’amour du Père va le ressusciter pour montrer comment l’amour jusqu’au bout est à l’origine de toute vie, notre existence terrestre comme notre vie éternelle.

Aujourd’hui nous fêtons saint Yves, cet homme magnifique, qui a vécu entièrement ce commandement de l’amour. En reconnaissant Jésus dans les plus pauvres, il s’est montré un véritable disciple du Christ dans son métier de magistrat où la justice des hommes rejoint la justesse de l’amour de Dieu. Voilà pourquoi saint Yves connaît une gloire terrestre qui se perpétue au fil des ans et connaît dans le Ciel la gloire divine qui le fait ressembler à notre Seigneur Jésus-Christ et qui lui donne aussi d’intercéder pour nous, qui l’aimons tant.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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