Homélie de Mgr Michel Aupetit - Veillée pour la Vie en présence des évêques de la Région Île-de-France à Saint-Sulpice (Paris 6e)

Mardi 21 mai 2019

- Voir le compte-rendu de la Veillée de prière pour la vie 2019.

Jésus nous dit : « Je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne ». La paix à la manière du monde ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
Pour le monde, la paix c’est d’abord la tranquillité. L’expression courante : « Fiche moi la paix » montre qu’il s’agit tout d’abord de ne pas être dérangé. Mais, j’en suis témoin, accueillir le Christ, c’est accepter d’être dérangé, d’être déplacé. La paix inamovible de celui qui ne veut pas bouger n’est pas la paix du Seigneur. Combien de fois ai-je été et serai-je importuné par des sollicitations inopportunes ? Tel pauvre qui vient frapper à ma porte pour manger un peu, 10 minutes avant que j’aille célébrer la messe. La première tentation est de lui dire : « Passez plus tard, là, je n’ai pas le temps » en sachant qu’il ne reviendra pas. Si je prends au sérieux les paroles de Jésus, c’est lui-même qui vient mendier un peu de pain. Puis-je consacrer le Pain divin si je ne donne pas ce pain qu’il me réclame ?

La paix du monde, c’est aussi la bonne conscience que l’on a ou que l’on se donne pour, comme dit la sagesse populaire, « dormir sur ses deux oreilles ». Mais la bonne conscience n’est pas la paix du Christ. Si souvent on justifie ses actes mauvais par de bons sentiments : « Si on supprime sa vie c’est pour qu’il ne souffre pas » ; « On divorce pour le bien des enfants » ; « On empêche les enfants trisomiques de vivre parce qu’ils seraient forcément malheureux ». Non, vraiment, la bonne conscience n’est pas la paix du Christ.

Pour le monde, la paix est l’absence de guerre. Certes, pourtant la vie est un combat, toujours et inévitablement. C’est ce combat qui nous révèle à nous-mêmes. Tout dépend des armes que l’on emploie. Il y a des armes qui tuent, qui blessent, qui humilient, qui bafouent. Et puis, il y a la seule arme que nous a donnée le Christ : l’amour. Oui, c’est l’amour qui nous donne la paix du Christ, la paix profonde, inaltérable malgré les épreuves. C’est l’arme la plus difficile à manier. Seul Jésus nous apprend à nous en servir. Il nous en a donné l’exemple : il s’agit de se donner jusqu’au bout.

Dieu s’est fait vulnérable pour nous montrer que l’amour ne se révèle vraiment que face à la vulnérabilité, à la pauvreté, à la fragilité. C’est la leçon que nous a laissé Jean Vanier. Il n’existe que deux manières d’envisager la dignité humaine. Soit elle tient à l’existence même de la personne qui, dans tous les cas, mérite d’être aimée, soit sa dignité tient à sa perfection physique et psychique qui lui vaut le droit d’être acceptée dans la société et d’avoir le label si précieux qui lui donne l’autorisation de vivre.

Puis-je me permettre de vous raconter une histoire qui me touche personnellement ? Un ami de mon âge a eu autrefois un grave accident de la route qui l’a laissé tétraplégique. Il avait 21 ans. Je me souviens d’avoir prié de toutes mes forces pour que Dieu le guérisse, car j’ai toujours pensé que tout était possible à Dieu. Dieu ne m’a pas exaucé. Mais mon ami fréquentait une jeune fille qui l’aimait et qui s’est marié avec lui après son accident. Ils ont eu naturellement deux beaux enfants. Lui est devenu chef d’entreprise, il a passé son permis de conduire malgré son très grave handicap, il est aujourd’hui encore maire de son village. Je me rends compte après tout ce temps que Dieu m’a exaucé. Ce que je demandais en implorant sa guérison, c’est qu’il soit heureux. Eh bien, je vois aujourd’hui qu’il a réussi sa vie et qu’il a pu être heureux malgré ce terrible handicap. C’est l’amour qui l’a sauvé.
Cela illustre exactement ce que disait saint Jean Paul II dans sa première encyclique Le Rédempteur de l’homme : « L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même incompréhensible, sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement ».

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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