Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe du Saint Sacrement en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11e)

Dimanche 23 juin 2019

– Fête du Saint Sacrement – Année C

- Gn 14,18-20 ; Ps 109,1-4 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9,11b-17

Aux débuts du christianisme, les procureurs qui voulaient empêcher l’extension de cette religion ont cherché des prétextes pour condamner à mort les chrétiens. Il était difficile de les prendre en défaut car ils se comportaient en bons citoyens, ils avaient une morale irréprochable, ils ne faisaient de mal à personne. Il fallait bien trouver un motif de condamnation…. Il s’est trouvé deux choses qui ont permis de les accuser : ils refusaient de sacrifier aux idoles et de vénérer comme dieu la statue de l’empereur. La seconde accusation était de les considérer comme des cannibales, puisqu’eux-mêmes disaient qu’ils mangeaient la chair du Christ. Cette ultime charge reposait sur les paroles mêmes de Jésus que les procureurs avaient beau jeu de citer : « Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » Et aussi : « Ma chair est la vraie nourriture » (Jn 6, 51-52).

Évidemment, c’était facile, les chrétiens disent eux-mêmes qu’ils mangent la chair du Christ.

Un émissaire fut diligenté par l’empereur Trajan : Pline le jeune. Après enquête celui-ci écrivit à l’empereur que les chrétiens n’étaient pas des cannibales parce qu’ils s’exprimaient dans un langage symbolique. Cette accusation est donc tombée d’elle-même.

Mais regardons de plus près. Ce n’est pas du tout symbolique. Le pain consacré par les paroles du Christ n’est pas « symboliquement » le Corps du Christ, ne « représente » pas son corps. Il est son Corps. Il est sa chair.

Pour les hébreux, la chair n’est pas « la viande », c’est la personne tout entière. Le mystère que nous célébrons dans le Saint Sacrement, nous le définissons par le terme de « transsubstantiation ».

Le pain reste chimiquement composé de la même matière mais substantiellement, dans « son être », il devient le corps du Christ. Ceci est réalisé par la parole de Jésus qu’il prononce lui-même dans la bouche du prêtre et qui accomplit ce qu’elle exprime.

Le cannibale mange de la chair humaine. Le chrétien mange le corps du Christ, Fils de Dieu, non pas en tant qu’il est incarné mais en tant qu’il est le Verbe de Dieu.

Le cannibale va transformer la chair qu’il mange en sa propre chair. Le chrétien va se laisser transformer par le corps du Seigneur. Comme le dit saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ et qui vit en moi » (Ga 2, 20). Si le Christ vit en moi, alors je reçois sa vie éternelle : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et moi je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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