Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe en l’église Saint-Sulpice (Paris 6e)

Dimanche 30 juin 2019

– 13e dimanche du Temps Ordinaire – Année C

- 1 R 19,16b.19-21 ; Ps 15,1.2a.5.7-10.2b.11 ; Ga 5,1.13-18 ; Lc 9,51-62

Nous voici devant une alternative : refuser d’accueillir le Christ ou suivre le Christ.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous constatons que si l’on refuse le Christ, loin d’attirer sur nous les foudres de la colère de Dieu comme le pensent les apôtres Jacques et Jean, Jésus est indulgent et passe son chemin sans la moindre sanction.

En revanche, quand il s’agit de le suivre, Jésus est beaucoup plus exigeant : pas le temps d’enterrer son père, de dire adieu à ses proches et la certitude d’un inconfort à sa suite puisqu’il n’a pas de pierre où reposer la tête.

N’est-il pas légitime de rendre les derniers hommages à son père défunt en l’enterrant ? Moi-même, j’ai célébré les obsèques de mon père et il me semble normal de l’accompagner sur ce chemin. Cependant, en réfléchissant, cette célébration est surtout une consolation pour ceux qui restent. Mais pour mon père qui est mort, cela ne change pas grand-chose. C’est peut-être là que se trouve la clé de compréhension. Avant Jésus, enterrer ses morts est un acte social qui marque la déférence envers le défunt et la consolation de ceux qui l’ont aimé. Mais suivre Jésus plutôt que d’enterrer son père est un acte d’amour véritable envers le défunt. Car l’enterrer ne lui apporte rien alors que suivre le Christ permet de lui ouvrir les portes du ciel. Il est donc beaucoup plus important pour mon père que j’aie choisi de suivre le Christ. Voilà pourquoi lorsque j’ai célébré ses obsèques, c’est d’abord et avant tout pour lui ouvrir les portes du Ciel grâce à Jésus qui est venu pour nous sauver.

De la même façon, dire adieu à ses proches, c’est leur signifier une rupture définitive. En réalité, suivre le Christ ne veut pas dire abandonner ceux que l’on aime. Hier, les huit nouveaux prêtres étaient accompagnés de leurs parents. Ils ont accepté une véritable rupture dans leur mode de vie, leur façon d’être, leurs mondanités, leur carrière, leur sport préféré et tant d’autres choses. Ils ne seront pas des « Tanguy » qui squatteront l’appartement des parents jusqu’au jour de leur retraite, mais ils seront les fils bien-aimés qui suivent le Christ pour aimer davantage. Il ne s’agit plus de profiter des parents, mais d’apprendre à les aimer gratuitement, sans rien attendre en échange, ce qui est tout autre chose. Ils entrent ainsi dans l’amour véritable, celui du Christ qui ne fait rien d’autre que se donner sans rien attendre en retour. L’amour véritable est gratuit. Voilà ce que nous apprend la suite de Jésus.

Vous qui êtes ici dans cette église, vous qui nous regardez sur la télévision KTO ou qui nous écoutez sur Radio Notre Dame, vous pensez sans doute que cela ne concerne que les prêtres, les religieux ou les consacrés. Vous vous trompez lourdement ! Cela vous concerne. Il s’agit bien, aussi pour vous, de sortir de vos zones de sécurité, de confort. Tout baptisé doit entrer dans cette démarche de dépossession pour apprendre à aimer comme Jésus et à travailler réellement au salut du monde en ayant particulièrement à cœur d’ouvrir les portes du Ciel à ceux que nous aimons et d’être capable d’y mettre les moyens.

C’est le message de Jésus pour nous aujourd’hui : « Sortez de vos tombeaux, enlevez vos pantoufles et annoncez l’évangile en prenant le risque de vivre vraiment à la suite du Christ ».
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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