Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain-l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 1er septembre 2019

- 22e dimanche ordinaire - Année C

- Si 3,17-18.20.28-29 ; Ps 67,4-7.10-11 ; He 12,18-19.22-24 ; Lc 14,1.7-14

Ah, chers amis, encore une fois le Seigneur prend le contre-pied de nos habitudes. En effet, lorsque vous voulez fêter un grand événement de votre vie, qui invitez-vous habituellement ? Votre famille, vos amis proches et quelques personnes sympathiques de votre entourage. Imaginez-vous inviter des personnes inconnues, peu recommandables, à l’hygiène douteuse, voire même antipathiques et qui pourraient en outre gâcher totalement la fête que vous vouliez offrir à tous vos amis ? Alors comment comprendre ce que nous dit le Christ ?

Ce qu’il nous dit, c’est d’inviter des gens qui ne peuvent pas nous rendre.

En effet, notre société et toutes nos relations sont basées sur la réciprocité. On parle toujours de « gagnant-gagnant », « donnant-donnant » et chacun espère, même dans ses sentiments, un retour sur investissement. Qu’est-ce que nous faisons alors de spécial ? Les publicains et les pécheurs en font autant, nous dit Jésus. En quoi manifestons nous que nous sommes les enfants de Dieu et les frères de tous les hommes ?

Marcher à la suite de Jésus c’est accepter d’aimer à sa manière, c’est-à-dire totalement gratuitement, sans réciprocité, sans retour garanti : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). S’il n’y a pas de gratuité, il n’y a pas d’amour. Nos sentiments humains attendent toujours un retour. L’amour divin n’attend rien.

Croyez-vous que Jésus nous ait trouvés sympathiques ? Croyez-vous qu’il soit venu dans l’espoir d’être aimé ? Non, il est venu parce qu’il nous aime, il est venu pour nous aimer. Saint Bernard de Clairvaux le dit : « L’amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d’être ni son fruit. Son fruit c’est l’amour même. J’aime parce que j’aime. J’aime pour aimer ».

Voilà pourquoi Jésus s’est humilié comme le dit saint Paul : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2,6).

Celui qui est le premier et qui choisit la dernière place, c’est Jésus lui-même. Si nous ne savons pas reconnaître ce convive éminent et que nous le laissons à la dernière place parce qu’il semble misérable selon nos critères, nous passons à côté Dieu, à côté du Salut, à côté de l’amour.

Selon la volonté du pape, nous sommes aujourd’hui le dimanche de la Création. La Création a été confiée à l’homme pour qu’il en prenne soin et l’embellisse. Si elle est abîmée, c’est en raison de la cupidité et de l’orgueil de l’homme qui l’a conduit à se « faire comme Dieu ». L’humanité a confondu l’autorité qui fait grandir avec le pouvoir qui écrase et qui exploite tout à son profit. Ce désastre ne concerne pas seulement les plantes vertes et les animaux dans leur biodiversité, elle concerne de plus en plus l’humanité elle-même dans son désir de toute-puissance, par exemple lorsque l’on fabrique un hybride homme-animal ou que l’on vote des lois pour combler les frustrations sans tenir compte de la dignité de l’enfant qui a le droit de naître de l’acte d’amour de son père et de sa mère. Tout cela relève d’un manque d’humilité et d’amour. De la même façon que l’amour génère l’humilité, la véritable humilité ne peut naître que de l’amour.

Tiens avez-vous remarqué qu’en associant un début d’humilité et la fin de l’amour, nous obtenions l’humour ? Eh bien, voilà ce que je peux vous souhaiter de mieux. L’humilité et l’amour sont les clés du Ciel. Elles vous sont offertes.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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