Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 15 septembre 2019

- 24e dimanche Temps ordinaire - Année C

- Ex 32,7-11.13-14 ; Ps 50,3-4.12-13.17.19 ; 1 Tm 1,12-17 ; Lc 15,1-32

Elle est belle cette parabole de Jésus que nous aimons tant. Elle commence comme cela : « Un homme avait deux fils » (Lc 15,11). Mais à la fin de la parabole on se rend compte qu’il vaudrait mieux dire : « Deux hommes avaient un père ».

Oui, car c’est bien ce père qui est mis en avant. Les deux fils sont tout à fait quelconques. Le premier ne voit en son père qu’un légataire universel et n’attend pas sa mort pour prendre son héritage. Le second n’est là que par obligation. Leur point commun est qu’ils ne connaissent pas leur père. Ont-ils seulement pour lui de l’affection ?

Tenez justement, il paraît que l’on nous prépare des lois qui permettront à des enfants de ne pas connaître leur père. La question se pose, peut-être en écoutant cette parabole, de savoir ce qu’est un père. Un géniteur, comme on le dit aujourd’hui ? Cela ne suffit pas. Le père de l’évangile n’est pas un simple géniteur. Serait-ce un éducateur ? Certes, mais cela semble un peu court car ce père-là ne se comporte pas comme un professeur des écoles.

Les psychologues nous disent que le rapport de l’enfant avec sa mère est naturellement fusionnel. Le père est celui qui permet à l’enfant de prendre une juste place par rapport à sa mère pour lui permettre d’acquérir son autonomie.

Mais le père est aussi celui que l’enfant regarde pour s’humaniser. Car le père passe de la force au service. Dans le règne animal, le mâle, quand il devient dominant pour engendrer, manifeste la force et la puissance. Le père dans l’humanité, est celui qui passe de la force au service. Cela permet d’échapper aux seuls rapports de force qui existent dans la nature.

Le père de la parabole est bien celui qui possède la force et la puissance : les biens et l’héritage que convoitent ses fils. Mais il est surtout celui qui sort de sa maison pour guetter celui qu’il espère voir revenir et pour chercher celui qui refuse d’entrer. Le père est celui qui sort de lui-même. La concurrence entre frères, que l’amour de type fusionnel de la maman risque d’exacerber comme le montrent les anciennes sociétés matriarcales, nécessite le rôle du père qui doit permettre à chacun de trouver sa place.

Rappelez-vous dans la Bible les deux frères Caïn et Abel. Par jalousie Caïn a tué son frère Abel et Dieu vient lui demander : « Qu’à tu fais de ton frère » ? Caïn répond : « Suis-je le gardien de mon frère » (Gn 4) ? Dieu en tant que père est celui qui nous rappelle la fraternité.

Son Fils, Jésus-Christ, nous enseigne dans la parabole du bon samaritain que cette fraternité est universelle. C’est lui qui nous demande de nous faire proches de ceux qui, peut-être, sont les plus éloignés de nous. Il est le bon samaritain qui nous demande : « Prends soin de lui » (Lc 10,35).

Le Christ s’est fait notre frère pour que son Père devienne aussi notre Père. Celui-ci nous permet de dépasser la jalousie, les conflits et les guerres fratricides car en convertissant sa toute-puissance en service, il nous rend plus humains. Son Fils Jésus-Christ, en prenant chair de notre chair, vient transformer notre humanité en lui montrant le chemin qui va de la force au service : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti prenant la condition de serviteur » (Ph 2,6-7).

Voilà comment la paternité divine nous apprend nous-mêmes peu à peu à devenir pères.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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