Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 20 octobre 2019

– 29e dimanche temps ordinaire – Année C

- Ex 17,8-13 ; Ps 120,1-8 ; 2 Tm 3,14 à 4,2 ; Lc 18,1-8

Est-ce que vous priez les bras en l’air ? Visiblement cela semble efficace pour Moïse. C’est une façon de montrer que notre prière monte vers le Ciel. C’est aussi ce que fait le prêtre quand il prie au nom de toute l’assemblée des baptisés. Mais nous savons qu’il est difficile de tenir ses bras en l’air très longtemps. C’est pourquoi, Aaron et Hour lui soulèvent les bras de chaque côté. C’est un geste très important car Moïse intercède pour tout son peuple, mais quand il n’a plus la force, les autres le soutiennent. Cela me rappelle un épisode assez lointain. Depuis longtemps je connaissais un saint prêtre de campagne. A la fin de sa vie, épuisé par la maladie, il était profondément désolé de n’avoir plus la force de réciter son bréviaire. Comme je venais d’être ordonné, je lui ai dit que je réciterai le mien en portant sa prière. C’est d’ailleurs tout le sens de la prière du bréviaire que disent les prêtres, les religieux et les diacres. C’est la prière de toute l’Église. Nous nous ne prions pas pour nous, c’est l’Église qui prie pour le monde. Si l’un d’entre nous fait défection ce sont les autres qui suppléent par leurs propres prières. Ainsi se réalise la communion des saints à laquelle nous croyons. La prière n’est jamais uniquement personnelle même si elle met en contact avec Dieu dans un cœur à cœur.

Dans sa parabole, le Seigneur Jésus nous montre une chose importante pour la prière. L’exemple est amusant. Dans notre époque procédurale, ce « juge sans justice » aurait poursuivi cette femme pour harcèlement moral. Et il aurait gagné. C’est normal puisqu’il est sans justice. Ce qu’il nous faut comprendre c’est que Dieu est juste. Il nous faut en être persuadé même lorsque qu’il ne nous exauce pas. La parabole de Jésus n’est qu’une comparaison entre nos façons d’exaucer une prière pour avoir la paix et celle de Dieu dont l’amour prévient depuis longtemps nos demandes.

Au fond, pourquoi adresser une demande à Dieu ? Ne sait-t-il pas déjà tout ce que je vis et tout ce dont j’ai besoin ? Alors pourquoi prier si c’est pour l’informer de ce qu’il sait déjà ?

Tout d’abord si je prie c’est pour entrer en relation avec Dieu. C’est le plus important car cette union qui durera bien au-delà de la formulation de ma prière se déploie aussi dans mes actions. Ce qui me pousse alors c’est l’amour de Dieu.

Ensuite, la manière dont je prie me fait saisir avec précision ce que j’attends de lui. Qu’est-ce que je veux ? Pourquoi je le veux ? Est-ce juste ? Est-ce que je le veux vraiment ? Cette persévérance est le signe de mon espérance en la bonté de Dieu qui ne peut me manquer. C’est le sens de la parabole que nous venons d’entendre et que saint Augustin décrit quand il dit : « Ton désir, c’est ta prière. Si ton désir est continuel, ta prière est continuelle ».

Le désir est aussi le reflet de ma foi. Car la foi consiste à croire que Dieu est juste, qu’il nous aime et qu’il veut notre bien même si nous ne le percevons pas. La foi est la confiance absolue en sa Parole qui s’est révélée à nous en Jésus-Christ. L’exemple de cette prière confiante au-delà des événements qui traverse notre vie est donnée par Jésus au Jardin des Oliviers, à Gethsémani. Au comble de l’angoisse toute humaine devant la passion qui lui apparaît, Jésus formule cette prière qui semble parfaitement légitime et juste. Il a la connaissance absolue de l’amour de son Père et dans sa communion totale avec l’Esprit Saint, il s’abandonne totalement dans un acte d’amour suprême : « Non pas ma volonté, Père, mais la tienne ». Imitons donc notre Seigneur qui nous apprend à prier en vérité.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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