Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 27 octobre 2019

- 30e dimanche du temps ordinaire - Année C

- Si 35, 15b-17.20-22a ; Ps 33,2-3.16.18.19.23 ; 2 Tm 4,6-8.16-18 ; Lc 18,9-14

Autrefois, j’ai été curé. Si j’avais eu un paroissien comme ce pharisien, je me serais réjoui et j’aurais pensé que cet homme était formidable. C’est un pratiquant, il prie, il jeûne, ce qui n’est pas si fréquent, et surtout, un curé un peu sérieux remarque immédiatement qu’il donne 1/10 de tout ce qu’il gagne. Vous imaginez ? Si tous les baptisés donnaient 1/10 de ce qu’ils gagnent, nos paroisses seraient rutilantes. Nous pourrions rebâtir dix cathédrales Notre-Dame. Il semble que Jésus n’ait jamais été curé. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas le même logiciel que nous. Plus sérieusement, il nous faut approfondir cette parole du Christ qui fonde notre foi : cet homme n’est pas devenu juste. Pourquoi ?

Qu’est-ce qu’un juste selon le Seigneur ? Il y a une différence entre la justice de Dieu et la justice des hommes. La justice des hommes consiste à rendre à chacun selon ses actes alors que la justice de Dieu consiste à s’ajuster à lui.

L’erreur du pharisien consiste à se faire juste par lui-même. Il ne rend pas grâce à Dieu pour ce qu’il a reçu de lui gratuitement. Comment cet homme pourrait-il rendre à Dieu la vie qu’il a reçue ? Comment pourrait-il prendre la mesure de l’amour dont il est aimé ? Car on n’achète pas l’amour de Dieu par des bonnes œuvres. L’amour de Dieu se donne à celui qui l’espère et ce que nous pourrions rendre sera toujours dérisoire. Que lui manque-t-il ? Il lui manque le manque.

Le publicain sait qu’il faut tout attendre de Dieu. Il ressent le manque, l’infinie distance entre le don de Dieu et ce qu’il pourrait accomplir par lui-même. Ce n’est pas par nos œuvres que nous devenons justes, c’est par l’œuvre de Dieu en nous. La sainteté vient de Dieu qui nous rend justes.

Prenons l’exemple de Mère Teresa. Ce n’est pas parce qu’elle a fait du bien que Dieu l’a sanctifiée, c’est parce que Dieu l’a sanctifiée, c’est-à-dire l’a ajustée à lui, qu’elle a fait du bien.

Le vrai problème ce sont les suffisants. Ils n’ont pas besoin de Dieu, ils se suffisent à eux-mêmes. Que pourraient-ils découvrir en dehors d’eux-mêmes ? Notre monde croit pouvoir se passer de Dieu et il est en train de mourir. Quand aurons-nous fini de nous contempler le nombril ? Pourtant ce reliquat est le signe patent que chacun d’entre nous a un antécédent, que sa vie vient d’ailleurs, d’un au-delà de lui, qu’il a fallu quelqu’un pour sortir de la nuit. N’est-ce pas là le signe merveilleux qu’il faut se recevoir d’un autre, du Tout Autre ?

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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