Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 17 novembre 2019

- 33e dimanche du Temps ordinaire - Année C

- Ml 3, 19-20a ; PS 97(98) 5-6, 7-8, 9 ; 2Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19

Il y a un an, si une personne était venue me dire : « Dans six mois votre cathédrale, votre chère cathédrale Notre-Dame de Paris sera détruite par un incendie », bien sûr je ne l’aurais pas cru et je me serais demandé si cet homme n’était pas un peu dérangé et sûrement malveillant. Et pourtant ! C’est ce que fait Jésus avec les disciples qui l’écoutent : « Ce Temple que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit » (Lc 21,6). Vous imaginez le choc de ses disciples ? C’est pourtant ce qui se passera 40 ans après cette prédiction. Titus et les armées romaines prendront Jérusalem et détruiront totalement le Temple. Ce Temple de Jérusalem faisait la fierté du peuple juif car, comme Notre-Dame, il était le fruit du génie et du savoir-faire humain qui voulait honorer Dieu. Ce Temple était aussi le lieu de la présence de Dieu, le lieu où l’on venait l’adorer. Sa destruction pouvait signifier que Dieu avait abandonné son peuple.

Pour nous, Notre-Dame est aussi le signe de la présence de Dieu, le lieu où le monde entier venait admirer comment le talent humain pouvait se transcender pour faire une œuvre admirable au service d’un mystère plus grand que lui. Dans cette cathédrale il y avait un trésor constitué par des pièces d’orfèvrerie dues au savoir-faire de nos plus grands artistes. Certains en étaient soucieux. Il y avait aussi un autre trésor insigne, cette couronne d’épines qui a été sur la tête de notre Seigneur Jésus-Christ que le roi Saint-Louis avait ramenée d’Orient. Mais il y avait aussi le plus grand des trésors : la Présence de Dieu. Cette Présence de Dieu était entièrement signifiée par la réserve eucharistique, par ces hosties que nous conservons entre chaque messe pour pouvoir les donner aux malades ou aux personnes qui vont mourir afin qu’elles puissent communier avant le grand voyage. Le prêtre aumônier des pompiers savait, lui, que ce morceau de pain est bien plus qu’un amas de farine. Par la Parole du Christ ce pain que nous avons présenté sur l’autel de Dieu devient vraiment le Corps du Seigneur. C’est notre trésor le plus précieux car c’est lui, et lui seul qui donne la Vie, la Vie de Dieu, la Vie éternelle. Cette Présence de Dieu dans notre cathédrale, que le pompier a sauvé au risque de sa vie, montre bien la valeur de ce que nous recevons lorsque nous communions. Cela nous fait comprendre que le Temple de Dieu n’est pas un bâtiment de pierre. Le Temple de Dieu, c’est nous qui recevons ce Corps du Seigneur qui vient nous habiter. Pour cela il suffit d’aimer notre Seigneur : « Si quelqu’un m’aime, le Père et moi nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure » (Jn 14,23). Ma cathédrale, c’est vous !

Ce Temple-là est indestructible. Car si la mort peut détruire notre corps, rien ne peut détruire notre âme quand elle est liée à Dieu. C’est ce que nous a dit Jésus : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, craignait plutôt celui qui peut tuer l’âme » (Mt 10,28).

Aujourd’hui aussi on nous parle de destruction, de fin du monde. Il est de notre devoir de préserver la Création qui nous a été confiée par Dieu lui-même avant que la cupidité et la folie des hommes ne la détruisent. Si nous avons à entrer dans le combat pour l’écologie, nous devons aussi être persuadés que Dieu, qui a créé le monde, est toujours capable de faire sortir du nouveau, comme il a fait sortir du nouveau de la destruction du Temple de Jérusalem où était sa Présence pour que cette Présence puisse habiter en nous. Seule notre confiance en Dieu pourra sauver non seulement notre planète en danger, mais l’ensemble du monde, de la Création, de chacun de nous.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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