Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (1er)

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 8 décembre 2019

– 2e dimanche de l’Avent – Année A
- Is 11,1-10 ; Ps 71,1-2.7-8.12-13.17 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12

Holà, que se passe-t-il à l’entrée de l’église ? Quel est cet homme chevelu, barbu, vêtu de peau de bête qui se met à hurler, qui rentre ici dans l’allée centrale et nous crie : « Engeance de vipère ! » (Mt 3,7) que se passe-t-il ? Que fait-on dans ces cas-là ? Et bien je me tourne immédiatement vers Mgr Chauvet et je lui fais un petit signe pour qu’il montre au sacristain comment on peut gentiment dégager cette personne pour qu’elle nous laisse faire notre office tranquillement… On ne va pas déranger l’office de Dieu. Et nous voilà tranquilles, cet homme est parti. Manque de chance, c’était un prophète !

Et oui, imaginez Jean Baptiste qui vient au milieu de tous ces juifs en criant : « Engeance de vipères » ! Cela dérange. Et c’est cela la vraie question : qu’est-ce qu’un prophète ? Qu’est-ce que Jean-Baptiste est venu faire ? Il est venu nous réveiller ! Tout simplement parce que nous sommes endormis. Nous nous habituons aux choses ordinaires, et malheureusement nous nous habituons aussi aux choses extraordinaires.

Vous rendez-vous compte de ce qui se passe au cours de cette eucharistie ? Vous rendez-vous compte que le Seigneur vient jusqu’à nous ? Qu’il est vraiment présent ? Nous habituons-nous à cela ? Au fond, je pense que le vrai danger pour les chrétiens, comme pour tout le monde d’ailleurs, c’est l’habitude. Il faut que nous retrouvions cette capacité, qui doit être celle des chrétiens, de nous laisser déranger, de nous laisser bousculer. Sommes-nous capables de nous laisser bousculer ? Dans combien de paroisses je passe, et dans combien de services diocésains, pour m’entendre dire : « Mais, Monseigneur, on a toujours fait comme cela » ! Tout cela participe de la paralysie et l’immobilisme dans l’Église. Et pourtant l’Esprit Saint n’est pas immobile, il est toujours neuf, chaque jour il nous renouvelle. Que faisons-nous de l’Esprit Saint ? L’habitude est bien la pire chose qui puisse exister.

L’habitude est ce qui tue l’amour. Regardez tous ceux qui s’aiment, qui se marient, qui se promettent de s’aimer chaque jour pour toujours, et ils sont sincères. Mais voilà, la force de l’habitude tue l’amour. Comme c’est triste…

Savez-vous que l’amour en Dieu porte un nom et que c’est même une Personne divine ? L’Esprit Saint. Cet Esprit Saint, qui est l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, est toujours neuf, cet Esprit Saint est l’amour même de Dieu, comment pourrait-il se dessécher ? Lui ne se dessèche pas, mais c’est peut-être nous qui nous laissons dessécher ?

Je me rappelle du jour de mon ordination, c’était à Notre-Dame - voilà pourquoi nous sommes attachés tout spécialement à Notre-Dame -, j’étais là le nez dans le tapis, je vivais ce geste de la prostration qui est le signe du don, de l’abandon total de sa vie, comme le jour du mariage on donne sa vie à un autre par amour. Là je donnais ma vie à Dieu et au peuple de Dieu par amour. J’ai demandé une seule chose au Seigneur : « Seigneur, fais que je ne m’habitue jamais à la messe que je devrai célébrer tous les jours ». Tous les jours ! Tous les jours les mêmes mots, les mêmes gestes, comment peut-on ne pas s’habituer ? J’avais vu auparavant dans un métier, qui pourtant n’admet pas les habitudes, qu’on pouvait quand même tomber dans la routine, alors ces mêmes gestes, ces mêmes mots ne portent-ils pas le risque de s’habituer ?

J’ai demandé cette grâce et j’ai été exaucé : plus je célèbre la messe et moins je m’habitue. Posez-vous cette question, vous qui avez la chance de venir ici : avez-vous toujours le même feu, le même enthousiasme quand vous venez rencontrer notre Seigneur Jésus-Christ qui vient jusqu’à nous ? Si vous venez à la messe simplement par habitude ou par obligation vous allez finir par vous dessécher comme l’amour humain peut s’estomper au fil des jours. Et je pense que si beaucoup ont abandonné la messe c’est parce que justement ils sont tombés dans l’habitude, ils ont oublié de réveiller ce don de Dieu qu’est l’Esprit Saint qui nous permet de toujours garder un cœur jeune, enthousiaste et dynamique, qui nous permet toujours d’être dérangés.

Être dérangés, mais pourvu que nous soyons dérangés ! Et je sais bien ce que cela veut dire car je suis naturellement un pantouflard, et mon problème c’est que Dieu n’est pas d’accord ! Comme je l’ai dit à l’évêque d’Angoulême celui-ci m’a offert des vraies charentaises, mais je les ai pendues au clou car hélas je ne peux pas être un pantouflard, mais vous non plus frères et sœurs, vous ne pouvez pas être pantouflards ! On ne peut pas s’habituer à être chrétiens, on ne peut pas s’habituer à l’amour extraordinaire de Dieu que nous vivons ici, où le Seigneur nous rejoint. A chaque eucharistie c’est la mort et la résurrection du Christ qui sont rendues présentes au travers du temps et de l’espace. Nous sommes comme au pied de la Croix, nous sommes comme au jour de la Résurrection. Est-ce que nous vivons les dispositions du cœur de la Vierge Marie au pied de la Croix ? Est-ce que nous sommes dans les dispositions du cœur de Marie-Madeleine qui trouve le Seigneur Jésus en disant « Rabbouni » ? Ou bien venons-nous simplement par habitude pour nous approcher du Corps du Christ comme on va chercher une baguette chez le boulanger ?

Frères et sœurs, je vous en prie, demandez cette grâce d’être toujours renouvelés par la joie de Dieu.

Je me rappelle cette belle prière de sainte Thérèse de Lisieux : « Rien que pour aujourd’hui ». Chaque matin je me lève et la première prière est à l’Esprit-Saint. Je demande tous les jours à l’Esprit Saint de venir en moi car tout ce que je dois faire, tout ce que je dois dire me dépasse infiniment. J’ai besoin du don de l’Esprit Saint mais chaque jour je le demande « rien que pour aujourd’hui ». Demain je le redemanderai, « rien que pour aujourd’hui ». Chacun d’entre nous doit faire sienne cette prière de sainte Thérèse de Lisieux, rien n’est acquis à jamais. Bien sûr le don de l’Esprit Saint, nous l’avons reçu en plénitude le jour de notre confirmation, vous l’avez reçu, vous êtes tous confirmés, je l’imagine. Si vous ne l’êtes pas inscrivez-vous rapidement au catéchuménat car c’est une force nécessaire pour avoir la joie, pour avoir l’amour. Donc vous avez reçu l’Esprit Saint en plénitude, Dieu vous l’a donné, mais il faut l’accueillir. Il se donne totalement mais l’accueillons-nous en plénitude ? Nous savons bien tous les obstacles qui peuvent être là. L’habitude ne viendra jamais du Seigneur, elle viendra de nous. Quand nous nous habituons : bof la prière, bof l’Esprit Saint, bof la messe… Non, demandez de savoir accueillir le don de l’Esprit Saint chaque matin, pour retrouver cette joie, cette force.

Imitons la Vierge Marie le jour de l’Annonciation. L’ange vient la voir, elle est bouleversée, sommes-nous encore bouleversés par la présence du Seigneur ? Lorsque le Seigneur vient jusqu’à nous sommes-nous capables d’être bouleversés ? Elle sait que sa vie va changer, que sa vie ne lui appartient plus, et pourtant elle dit : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38). Chaque jour, lorsque nous nous levons sommes-nous capables de dire : « Je suis le serviteur du Seigneur » en étant bouleversés ? Oui c’est l’amour qui vient jusqu’à nous, il n’y a pas de raison d’avoir peur de l’amour. L’amour s’incarne sous les traits d’un petit enfant. Avez-vous peur d’un petit enfant ? Avez-vous peur d’un petit bébé qui vient de naître qui ne peut rien vous faire de mal, qui simplement dépend de nos bras pour en prendre soin ? L’amour quand il s’incarne s’offre à nous, à notre générosité, à notre bonté. S’il ne trouve personne pour l’accueillir comme un petit enfant, cet amour peut mourir. N’ayez pas peur de l’amour qui vient jusqu’à nous. Et même si quelqu’un essaye de nous réveiller en criant « Engeance de vipère » ce n’est que pour vous permettre d’ouvrir votre cœur à l’amour.

Il reste encore du temps pour se préparer à Noël, frères et sœurs, ouvrons notre cœur jour après jour. Soyons ces joyeux enthousiastes qui attendent le Seigneur, qui l’accueillent et qui sont bouleversés de joie et d’amour.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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