Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 22 décembre 2019

– 4e Dimanche de l’Avent – Année A

- Is 7,10-16 ; Ps 23,1-6 ; Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24

Il y a quelques temps j’étais dans une paroisse populaire. Un peu avant la messe une maman qui élève seule son enfant est venue voir le curé pour lui dire les difficultés qu’elle avait avec son adolescent. En effet, dans les familles monoparentales tout se passe assez bien quand l’enfant est petit. Mais à l’adolescence, l’absence du père se fait cruellement sentir. C’est pourquoi elle s’adresse au curé en lui disant : « Vous devez le faire obéir ! C’est vous son père ! » Le curé se tourne vers moi un peu gêné mais je lui dis : « Elle a raison. C’est toi qui te fais appeler père, ou mon père. Il faut assumer ».

Cette anecdote m’a fait réfléchir sur ce qu’est la paternité. Aujourd’hui, pour des raisons fallacieuses on souhaite la faire disparaître. Un homme politique, chef de parti très connu et fort en gueule, affirmait sans rire : « Il n’y a pas de vérité biologique dans la filiation ». Tout de suite, je me suis demandé si ce monsieur était né dans un chou pour dire une pareille énormité. Il a dû croire ce que sa grand-mère lui a dit quand il était petit : « Les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses ». En vérité, la filiation est bien biologique. Mon patrimoine génétique est constitué pour moitié de mon père et pour moitié de ma mère. Certes, cela ne suffit pas à établir une paternité véritable mais constitue néanmoins l’origine de toute filiation quoiqu’en dise nos législateurs actuels.

La figure de Joseph me paraît très importante pour comprendre ce que signifie véritablement la paternité. Il n’est pas le père biologique de Jésus, pourtant il assume une vraie paternité. Marie, elle-même le reconnait quand elle dit à Jésus qui a 12 ans, qu’ils l’ont cherché ensemble pendant trois jours : « Ton père et moi nous t’avons cherché, angoissés » (Lc 2,48). Nous venons d’entendre que l’ange est venu dire à Joseph : « Tu lui donneras le nom de Jésus » (Mt 1,21). Cela signifie l’autorité paternelle qui lui est remise de la part de Dieu, le Père.

Ce qui est révélé, c’est que toute paternité vient de Dieu. Dieu seul est véritablement Père. Nous connaissons tout de la fécondation humaine mais nous ne connaissons rien de la fécondation divine qui est invisible. Dieu est à l’origine de toute vie et l’homme ne fait que participer à la transmission de cette vie. C’est pourquoi il est pro-créateur. Il ne donne pas seulement la vie par transmission, il est aussi celui qui élève, qui accompagne l’enfant, qui le protège et qui l’éduque. Tout père sur la terre doit ressembler à Dieu et puiser sa paternité en lui. C’est pourquoi le prêtre, comme Joseph, ne donne pas directement la vie, mais il assume la paternité de Dieu. Comme Joseph a épousé Marie, le prêtre épouse l’Église pour représenter le véritable époux : notre Seigneur Jésus-Christ. Par le baptême, le prêtre fait naître à la vie éternelle. Par l’Eucharistie, au nom du Seigneur, il nourrit cette vie éternelle comme un père gagne le pain de ses enfants. Il confesse pour réparer le mal, pour guérir, pour établir cette vie éternelle dans sa beauté première.

Quelle belle vocation que celle de Joseph ! Quelle belle vocation que celle du prêtre !

On peut choisir d’être père sur la terre mais on ne choisit pas d’être prêtre pas plus que Joseph a choisi sa paternité particulière : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis pour que vous alliez et portiez du fruit » (Jn 16,16). Joseph a été appelé pour une œuvre de Salut car le nom qu’il donne à Jésus signifie « Dieu sauve ». La paternité du prêtre est aussi ordonnée au salut du monde.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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