Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (Paris 1er)

Dimanche 9 février 2020

– 5e dimanche du Temps ordinaire – Année A

- Is 58,7-10 ; Ps 111,1.4-9 ; 1 Co 2,1-5 ; Mt 5,13-16

« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5,13).

Le sel de la terre ? Mais à quoi sert le sel ? Le sel sert à donner du goût aux choses. Le sel rend les choses bonnes. Est-ce que vous rendez les choses bonnes ? Faites-vous du bien autour de vous ? Aujourd’hui, le maître mot est : « Faites-vous du bien »… Moi, je vous dis : « Faites du bien aux autres ! » Essayez ! Ma proposition rend plus heureux que celle du monde. Se regarder le nombril fait loucher. Regarder les autres nous rend plus beaux.

Le sel conserve les aliments. C’était vrai avant le réfrigérateur. Cela leur évite de pourrir. Sans sel pour conserver les bonnes choses, ou plutôt les choses bonnes, tout va pourrir. N’est-ce pas un peu le cas dans notre société décadente où l’ignorance de l’évangile vécu pervertit les choses les plus belles comme l’amour, la tendresse, l’altruisme, la générosité, la connaissance ?

« La lumière du monde » ? A quoi sert la lumière ? A voir les choses qui nous entourent. Oui, mais lorsque le soleil est présent, tout devient plus beau. Que l’on soit à Paris, à la Martinique ou au pôle Nord, la lumière du soleil nous réjouit et les choses qui nous entourent deviennent belles. C’est ainsi qu’en étant la lumière du monde vous devez rendre les choses belles.

Cela veut dire que votre amour, puisé en Jésus-Christ, doit rayonner, ne pas s’enfermer sur lui-même, diffuser et se communiquer à ceux qui vous entourent, qui vous connaissent et qui vous aiment. Il faut le souligner, le sel et la lumière sont deux éléments qui n’existent pas pour eux-mêmes : ce sont des révélateurs. Et c’est bien ce que Jésus explique à ses disciples : « Les hommes… voyant ce que vous faites de bien, rendront gloire à votre Père qui est aux Cieux » (Mt 5,16). Au fond, la vocation des disciples du Christ, des chrétiens, est assez simple. Ils révèlent par leurs actes la bonté de Dieu pour rendre les gens heureux d’être tant aimés par Lui.

Aujourd’hui la tendance globale de la société favorise ce qu’on appelle l’accomplissement personnel. Cette recherche exclusive de soi, qui voit la multiplication de « coachs », de gourous en tous genres, d’accompagnateurs sportifs, n’est au fond qu’une prolongation puérile de la toute petite enfance où le bébé ramène tout à soi. Cet égocentrisme normal chez le nouveau-né, qui se pense le centre du monde, est le signe d’une immaturité chez l’adulte. Les slogans comme « c’est mon choix », « parce que je le vaux bien » ne font que nous renvoyer à nous-mêmes sans aucune ouverture aux autres. La séduction est une captation, l’amour est une oblation.

Aimer, c’est sortir de soi. C’est recevoir et non pas prendre. C’est d’accueillir et non pas mettre la main sur l’autre. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » disait sainte Thérèse de Lisieux qui avait tout compris de cette parole de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Quand ceux que l’on aime seront plus nombreux que le cercle de nos sympathies naturelles, qu’ils pourront être aussi ceux qui nous veulent du mal, alors, mais alors seulement, nous serons le sel de la terre et la lumière du monde.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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