Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (Paris 1er) télévisée sur KTO

Dimanche 29 mars 2020

– 5e dimanche de Carême – Année A

- Ez 37, 12-14 ; Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45

Jésus pleure. C’est étrange, ne trouvez-vous pas ?

Bien sûr, Jésus a un cœur humain capable d’émotion.

Bien sûr, Jésus a un cœur divin capable d’aimer bien plus que tout ce que nous pouvons imaginer.

Pourtant, Jésus sait déjà ce qu’il va faire. Jésus sait que Lazare va ressusciter, qu’il va le revoir, le serrer dans ses bras. Alors, pourquoi pleure-t-il ?

Jésus est submergé par l’émotion car il voit Marie pleurer et tous ses amis pleurer.

Il connaît la détresse des hommes, leurs souffrances, leurs blessures d’amour. Et c’est cette douleur qui le fait pleurer. Ce qui le fait pleurer, ce n’est pas la mort, c’est l’amour blessé.

Aujourd’hui aussi, Jésus partage notre émotion, notre déréliction, notre souffrance, notre deuil alors même que, la plupart du temps, nous ne pouvons même plus célébrer ce deuil de nos proches avec le coronavirus.

Certains vont dire : « Ne pouvait-il pas empêcher ce fléau, ce mal, ce malheur ? » comme certains juifs à son époque disaient : « Ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » (Jn 11,37).

Ce que nous constatons aujourd’hui comme au temps de Jésus, c’est que nous sommes surtout fascinés par la mort et que nous sommes en train de négliger l’amour.

Le Christ est venu nous révéler qu’il est le maître de la vie. La résurrection de Lazare, qui n’est pas une réanimation puisqu’il « sent déjà », est le signe que Dieu est le maître de la vie. La résurrection définitive, celle du Seigneur Jésus, nous apprend que Dieu est la vie, la source de la vie et que nous sommes faits pour la vie éternelle. Il nous a appris aussi qu’il n’y a qu’une seule clé pour ouvrir les portes du ciel : l’amour.

Il nous a donné aussi la vérité de l’amour : le don de sa vie, le don de soi. Celui qui n’a pas donné sa vie, n’a pas connu l’amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13).

Attention, chers amis, qu’à force de se protéger, de se méfier les uns des autres, de suspecter tous nos voisins de transporter la mort, nous devenions tout simplement inhumains. Il faut que nous restions humains.

On nous interdit parfois d’accompagner nos proches au moment de mourir. Et c’est justement à ce moment qu’il y a sans doute plus besoin d’affection que d’intubation.

Oui il faut sauver des vies ! Oui, il faut tout faire pour préserver les personnes fragiles ! Mais n’oublions pas que nous sommes tous fragiles et que cette fragilité a besoin de tendresse. Cette tendresse est le vrai remède qui nous permet de vivre, d’habiter notre vie, d’exister vraiment. La peur ne nous empêchera pas de mourir. L’amour nous fera vivre. Rappelons-nous : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, craignez plutôt ce qui tue l’âme » (Mt 10,28).

Comme Jésus, servons la vie. Comme Jésus, propageons l’amour !

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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