Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (à huis-clos)

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 19 avril 2020

– 2e dimanche de Pâques – Année A
(diffusée sur KTO)

- Ac 2, 42-47 ; Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Les disciples sont au Cénacle. Avez-vous remarqué ? Ils sont confinés ! Oui le jour de Pâques, au moment de la résurrection du Seigneur, ils sont enfermés avec les portes verrouillées. Ceci est vrai au jour de la résurrection, mais ceci est vrai aussi huit jours après dans l’évangile que nous venons d’entendre. C’est quand même assez étonnant, alors qu’ils ont vu le Seigneur ressuscité et que cela les a remplis de joie, qu’ils restent encore enfermés à double tour et confinés.

Première constatation : ce n’est pas parce que l’on est confiné que Jésus ressuscité ne peut pas nous rejoindre. Voilà qui est réjouissant particulièrement en ce moment.

Deuxième constatation : le fait de savoir que la mort est vaincue, que le Seigneur peut nous rejoindre à tout instant, n’empêche pas les disciples de rester confinés. Pourquoi ? Ils ne craignent pas, eux, de transmettre le coronavirus. Alors ? Ont-ils peur de transmettre la bonne nouvelle de la vie plus forte que la mort et de l’amour qui a le dernier mot sur la haine ? Pensent-t-ils que cette contagion là serait dangereuse pour leurs frères humains ?

Troisième constatation : s’ils restent confinés c’est qu’ils ont peur comme il est dit dans l’évangile. Ils ont peur de la mort tout simplement malgré le fait qu’ils aient rencontré le Christ ressuscité. Aujourd’hui, il y a aussi ce genre de terreur irraisonnée. Bien sûr, nous devons prendre des précautions, appliquer toutes les consignes qui protègent nos semblables, éviter la contagion de ce virus qui sème la mort, mais je vois tant de peurs aberrantes qui mènent à des conduites inhumaines d’abandon des personnes âgées, des mourants, des morts, que je finis par me demander dans quelle société nous vivons et qu’est-ce qui a conduit à de telles attitudes ? Que signifie alors « donner sa vie pour ceux qu’on aime » ?

Bien sûr, cette peur est la peur de la mort. Pourtant, nous sommes tous mortels et la mort nous guette à chaque instant. Les accidents de la circulation, un nombre considérable de maladies, le simple vieillissement nous font savoir que la mort est toujours aux aguets. Nous l’avions oublié en pensant que la mort était uniquement pour les autres. Cette pandémie nous fait prendre conscience que la mort rôde partout au seuil de nos portes. Même le Christ, qui a assumé notre condition mortelle, est passé par la mort. Mais c’est justement pour nous ouvrir à la résurrection, à la vie éternelle.

Intégrer notre condition mortelle est indispensable pour vivre bien sa vie. Michel de Montaigne disait : « Philosopher, c’est apprendre à mourir ». Ce n’est pas une pensée macabre, c’est au contraire la conscience que notre finitude nous apprend à vivre. Il dit encore : « Nous troublons la vie par le souci de la mort ». L’oublier, c’est redevenir barbare.

A quel moment les disciples vont-ils sortir du confinement ? Non ce n’est pas le 11 mai... C’est le 31 mai. C’est le jour de la Pentecôte. Rappelez-vous. Ils sont en train de prier avec Marie, la mère de Jésus, qui est une spécialiste de l’accueil en plénitude de l’Esprit Saint. Encore une fois ils sont confinés au Cénacle. Et voilà que le Saint Esprit va s’emparer de chacun d’eux. C’est alors qu’ils sortiront et se répandront partout pour diffuser cette bonne nouvelle : le Christ est ressuscité, la mort est vaincue !

Et nous alors ? Quand nous serons déconfinés, qu’allons-nous annoncer ?

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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