Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois (Paris 1er) (à huis-clos)

Dimanche 17 mai 2020

– 6e Dimanche de Pâques – Année A
Diffusée sur KTO TV.

- Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65,1-7.16.20 ; 1 P3,15-18 ; Jn 14,15-21

« Si quelqu’un m’aime, il gardera mes commandements » (Jn 14,23). Voilà une affirmation un peu étrange. Le commandement et l’amour est antinomique, non ? En effet, nos sentiments sont spontanés. Il y a beaucoup de gens que j’aime et ce n’est sûrement pas par obligation.

Nous, nous comprenons les commandements comme ceux du Décalogue (Ex 34, Dt 4), c’est-à-dire des préceptes négatifs qui nous disent ce qu’il ne faut pas faire : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain ». Ils sont du genre de ceux que l’on entend aujourd’hui : « Tu ne sortiras pas sans masque, tu ne t’approcheras pas à moins d’1m 50 de ton voisin, tu ne serreras pas la main de ton voisin, tu ne l’embrasseras pas sur la joue, etc. ». Bref tous ces commandements qui viennent de la loi, c’est-à-dire à l’extérieur de nous. Ils ne sont pas faits pour nous faire vivre, mais pour nous empêcher de mourir. Drôle de loi !

Ah tiens, il y en a qui est positif : « Tu honoreras ton père et ta mère, tu auras ainsi de longs jours ». Vous avez remarqué ? Le seul commandement positif n’est pas pour survivre plus ou moins bien, mais pour vivre en plénitude. Il s’attache à l’amour que nous avons pour ceux qui nous ont donné la vie. Peut-être faudrait-il s’en rappeler au moment où nous laissons les personnes âgées mourir toute seules dans des prisons dorées.

Le commandement de Jésus aussi est positif : « Mon commandement le voici, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce commandement n’est pas inscrit sur une table de pierre ou dans un code civil à l’extérieur de nous-mêmes. Ce commandement ne peut être inscrit que dans le cœur comme l’avait annoncé le prophète Jérémie : « Ma loi je l’inscrirai dans leur cœur » (Jr 31,33).

Comment ? Comment aimer ses ennemis ? Comment dépasser les sentiments spontanés qui nous viennent naturellement vers ceux qui nous aiment ? Il ne suffit pas d’aimer les gens sympathiques mais d’apprendre aussi à aimer tous ceux qui m’envoient des lettres de reproches et d’insultes, comme tout bon évêque doit en recevoir s’il est vraiment un bon évêque.

Écoutons plutôt cette histoire de Jean-Louis. Cet homme vivait dans la rue et demandait l’aumône à la sortie des messes comme beaucoup d’autres. Une vieille dame charmante lui donnait chaque jour une petite pièce car elle avait entendu monsieur le curé lui dire qu’il fallait être généreux et que ce que l’on fait au plus petit c’est aussi à Jésus qu’on le fait. Alors elle le faisait par devoir. Elle était un peu gênée car elle n’osait pas regarder le visage de Jean-Louis, mal rasé et abîmé par les intempéries et par l’alcool.

Un jour, en sortant de la messe, elle se fit une entorse en descendant du trottoir et ne pouvait pas se relever tant elle avait mal. Jean-Louis se précipita vers elle. Il l’aida à se relever avec beaucoup de délicatesse. Pour la première fois elle croisa son regard et y vit tant de tendresse qu’elle fût toute bouleversée.

Depuis ce moment, à chaque fois qu’elle sortait de la messe, elle resterait un long moment à parler avec lui. Un jour Jean-Louis lui a dit : « Ne me donnez plus d’argent. Ce dont j’avais besoin c’est de votre regard amical, que vous me parliez comme si j’étais quelqu’un pour vous, que je vous intéressais un peu. Je n’intéresse personne ».

A la messe, nous prions l’Esprit Saint de venir dans le pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang de Jésus. Mais nous prions aussi pour que l’Esprit Saint vienne sur chacun de nous, comme le Seigneur l’a promis, pour transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair et que l’amour de Jésus habite aussi notre cœur, lui qui est dans le Père pour être aussi en nous.

Il ne s’agit plus de l’amour de la loi, même si elle est donnée par Dieu.

Il s’agit de la loi d’amour que Dieu donne. Car Dieu est amour.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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