Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe du Sacré-Cœur de Jésus en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (Paris 18e)

Dimanche 21 juin 2020

– Solennité du Sacré-Cœur de Jésus – Année A

- Dt 7,6-11 ; Ps 102, 1-4.6-8.13 ; 1 Jn 4,7-16 ; Mt 11,25-30

Qu’il est beau ce psaume que nous venons de lire : « Bénis le Seigneur O mon âme. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nos selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses ». Il nous montre déjà dans quelles dispositions est le cœur de Dieu avant même de connaître le doux cœur de Jésus.

Le peuple élu a pu pressentir l’immensité du cœur de Dieu qui ne nous aime pas parce que nous sommes des êtres parfaits mais par pure gratuité. Il est tendresse et pitié. La tendresse est cette affection extraordinaire et désintéressée qui existe dans le cœur des parents envers leurs enfants, entre les anciens époux lorsque la passion laisse la place à la bienveillance et à l’indulgence. La pitié est un sentiment divin qui voit au-delà de l’obstacle de nos péchés, au-delà de nos refus d’aimer, qui « N’agit pas envers nous selon nos fautes » mais transfigure le mal par la force de son amour.

Cette intuition du peuple élu a été révélée en plénitude par le Cœur Sacré du Seigneur Jésus. Car « Personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11,27). En contemplant Jésus sur la croix, lui qui est allé jusqu’au bout de l’amour pour nous sauver et a laissé couler de son cœur l’eau et le sang qui nous sauve, signe du baptême et de l’eucharistie, nous entrons dans ce mystère d’un amour infini dont nous ne pouvons pas soupçonner la profondeur.

Dieu nous aime d’un amour inconditionnel. Nous avons tendance à nous construire des idoles, des personnes que nous avons besoin d’admirer et qui nous tirent vers le haut. Mais ce peut être une illusion. Car toutes les statues sont déboulonnées un jour ou l’autre comme nous le voyons aujourd’hui. A part la Vierge Marie préservée du péché dès sa naissance, il n’y a pas de perfection ou d’impeccabilité dans aucun d’entre nous. Les saints que nous prions sont des pécheurs que Jésus a fait grandir par la force de son amour.

Souvenez-vous, il est allé manger chez les pécheurs et cela lui a été reproché. Il a choisi des apôtres, non pas parmi les gens respectables, mais dans des hommes faibles qui l’abandonneront à l’heure de la Passion. Il n’y a pas de réciprocité dans l’amour de Dieu car nous sommes incapables d’aimer comme lui. Du moins tant que nous n’avons pas reçu le Saint Esprit, l’Esprit d’amour qu’il nous envoie d’auprès du Père. Alors seulement nous pourrons aimer à notre tour. Non pas en admirant de fausses vertus humaines mais en adorant le Christ et son Cœur Sacré. Ce qu’il faut admirer c’est le travail de la grâce dans le cœur d’un homme qui se laisse guider par le Don de Dieu. Alors nous pouvons dire à la suite de saint Bernard : « J’aime parce que j’aime, j’aime pour aimer ».

Ainsi en est-il pour ceux qui sont chargés de vous porter les bienfaits de Dieu dans ses sacrements. Les prêtres sont de pauvres pécheurs que Dieu a choisis non pas en fonction de leurs mérites mais par un choix libre de son amour. Aussi convient-il de ne pas mettre les prêtres sur un piédestal mais simplement de les remercier d’avoir su donner leur vie pour répondre à cet appel amoureux du Seigneur.

Sept jeunes prêtres vont être ordonnés pour le diocèse de Paris. Ils ont tous une histoire singulière. Jésus les a rejoints personnellement dans leur histoire et leur a montré son cœur. En contemplant ce cœur amoureux ils ont répondu : « Me voici seigneur, je viens faire ta volonté ».

Si vous voulez leur rendre service et leur permettre d’accomplir la mission que Dieu leur donne, ne les admirez pas comme s’ils étaient le Christ lui-même, mais aimez-les simplement, tendrement comme Dieu lui-même le fait. Ils sauront ainsi qu’ils sont à votre service parce que Dieu vous aime et qu’il les envoie pour vous faire grandir dans l’amour.

Quelquefois le joug du Seigneur leur paraîtra bien lourd. C’est en contemplant le Cœur de Jésus qu’ils comprendront que ce joug, c’est Jésus qui l’a porté et qui le porte encore. Alors, il leur semblera léger.

+ Michel Aupetit, archevêque de Paris

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