Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 6 septembre 2020

– 23e dimanche du temps ordinaire – Année A

- Ez 33,7-9 ; Ps 94,1-2.6-9 ; Rm 13,8-10 ; Mt 18,15-20

Il y a 15 jours nous entendions Jésus remettre les clés du royaume à saint Pierre. Aujourd’hui, c’est à ses disciples qu’il remet ces clés : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 18,18).

Cela veut d’abord dire que l’on n’entre pas dans le ciel automatiquement. La célèbre chanson de Michel Polnareff : « On ira tous au paradis » n’est pas évangélique. En effet, le Royaume des cieux n’est pas un squat. Mais s’agit-il de clés pour ouvrir ou pour fermer ? Et comment retrouver l’intimité divine pour laquelle nous sommes faits depuis le commencement ? Comment entrer dans le Royaume des Cieux, ce monde de l’invisible qui nous est naturellement inaccessible.

Le monde dans lequel nous évoluons semble né d’une énergie fantastique appelée big-bang qui nous a donné la matière dont nous sommes faits, le temps et l’espace où nous nous mouvons. Au fur et à mesure de l’augmentation de nos connaissances scientifiques, nous découvrons que la réalité nous échappe toujours. Plus nous connaissons l’infiniment petit de la matière, plus il en reste à en découvrir. Plus nous explorons l’univers intersidéral et plus nous nous apercevons que nous n’en connaissons qu’une infime partie, comme disent les astrophysiciens : « Tout ce que nous voyons briller dans le ciel, la matière lumineuse dans les 100 milliards de galaxies de l’univers observable, chacune contenant 100 milliards de soleils, ne représentent que 0,5 % du contenu total de l’univers ! ».

Si cela est vrai du monde visible qu’en est-il du monde invisible et immatériel de Dieu ? Qui pourra nous permettre d’y accéder sinon le Christ ? C’est lui qui détient les clés du Royaume des Cieux. Vrai Dieu et vrai homme, il est celui qui nous ouvre les portes du Ciel et qui nous permet de voir le Père.

Cela nous pouvons le comprendre aisément. Ce qui nous est plus difficile à saisir est de savoir pourquoi il remet cet incroyable pouvoir à Pierre et aux apôtres. Car enfin ce sont des hommes comme nous... Certes, ils ont connu Jésus, ils ont tout quitté pour le suivre. Il est incontestable qu’ils ont la foi comme Jésus l’affirme au sujet de Pierre. Mais cela leur donne-t-il l’autorisation de nous ouvrir les portes du Ciel ou pire encore de les fermer ?

Cette question me touche beaucoup. Quand je confesse une personne et que je la délie des liens qui l’empêchent d’accéder pleinement au Père, je me demande souvent comment il se fait que je sois là avec un tel pouvoir. Je sais bien que je suis un pécheur et que bien souvent je confesse des gens qui sont plus saints que moi. C’est la raison pour laquelle je ne me mets pas face-à-face avec le pénitent mais côte à côte devant la croix du Seigneur pour bien rappeler que c’est Lui qui ouvre les portes du Ciel et que c’est seulement par la grâce de l’ordination sacerdotale qu’il dit lui-même par ma bouche : « Je te pardonne tous tes péchés ».

Si les apôtres ont reçu un tel pouvoir, ce n’est pas parce qu’ils ont plus de foi ou plus de charité que les autres. Car enfin chacun de ses apôtres l’a abandonné, renié ou trahi au moment de sa Passion. C’est vraiment au moment de la Résurrection, quand ils vont faire l’apprentissage de l’infinie miséricorde du Seigneur, qu’ils vont pouvoir recevoir cette grâce : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés » (Jn 20,23). De même, ce n’est pas en raison de notre foi ou de notre charité qui seraient plus grandes que celle des autres que nous avons reçu un tel pouvoir. C’est parce que nous avons fait nous-mêmes l’expérience intime de la miséricorde de Jésus envers nous. Parce que Pierre a failli et qu’il a fait l’expérience de la miséricorde infinie de Dieu, il peut vraiment recevoir les clés du Royaume. Il est impossible de recevoir ces clés sans avoir fait soi-même l’expérience du pardon de Dieu et de la profondeur de notre misère. Sinon on se croit parfait, impeccable, on ferme la porte à tout le monde. Si on se sait pécheurs pardonnés, on ouvre la porte à tous ceux qui se présentent humblement pour recevoir l’amour de Dieu qui nous fait vivre.

+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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