Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois - Consécration des nouvelles Vierges consacrées

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 20 septembre 2020

- 25e dimanche du Temps ordinaire – Année A

- Is 55, 6-9 ; Psaume 144 ; Ph 1, 20c-24.27a ; Mt 20, 1-16

« Travailler plus pour gagner plus » c’est un slogan de campagne qui a valu à M. Sarkozy de devenir Président de la République. Heureusement que Jésus ne se présente pas aux élections. Avec une parabole comme celle-ci, il serait sûr de ne pas être élu !

En réalité, il faut bien dire que nous sommes choqués par cet évangile. Jésus dit : « Je vous donnerai ce qui est juste » (Mt 20,4). Pour nous est juste ce qui est équitable. On donne un salaire en fonction du travail fourni. Trouvez-moi une seule entreprise qui applique la règle de Jésus... En effet, notre société est fondée sur l’équité.

L’autre valeur qui serait en cause est l’égalité. Là aussi nous touchons un fondement de notre société : « Tous les hommes naissent égaux en droit ». Au nom du droit, nous sommes prêts à tout revendiquer. Tous les hommes doivent être traités de la même manière, tous doivent avoir les mêmes droits. Mais il faut faire attention car cette égalité peut nous conduire à l’uniformité : nous serions tous pareils. L’exemple le plus frappant aujourd’hui est cette égalité revendiquée par les partisans de la « PMA pour tous ». Les femmes seules et des couples de femmes seraient traités de manière discriminatoire, nous dit-on. Mais en réalité les couples de femmes et les femmes seules ne sont pas au regard de la procréation dans la même situation qu’un couple homme-femme. Le Conseil d’État l’a encore redit dans sa décision du 28 septembre 2018 : « Le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que le législateur aide de façon différente des situations différentes ». L’égalité ne signifie pas traiter tout le monde de la même manière mais seulement ceux qui sont placés dans une situation identique ou équivalente. Ce qui n’est pas le cas ici. C’est comme si on disait qu’il n’est pas normal que certains fassent 1 m 90 quand autres ne font qu’1 m 60. Est-ce qu’on demande au nom de l’égalité de couper les jambes des grands au-dessous du genou pour qu’ils soient ramenés eux aussi 1 m 60 ? Ou de greffer des prothèses de 30 centimètres aux plus petits pour compenser l’écart ? En revanche, il est certain que ce projet de la loi bioéthique va créer une inégalité réelle entre des enfants.

Alors, est-ce que Jésus est partisan de l’égalité du « tous pareils » ?

En réalité, il nous faut simplement changer de paradigme, ou de logiciel comme on dirait aujourd’hui. Ici-bas, nous nous plaçons toujours au niveau de la comparaison. C’est cela qui nous donne un regard mauvais comme le dit Jésus. Dans la vigne du Père, nous sommes dans l’ordre de la grâce. Or la grâce, c’est la plénitude. Elle ne se divise pas. Heureux ceux qui se réjouissent que la grâce qu’ils ont reçue inonde tous leurs frères.

Dans cette parabole, il ne faut pas regarder les ouvriers, il faut regarder le Maître. Jésus nous dit qu’il est plein de bonté. Cela veut dire que le Maître donne largement. Il ne donne pas en fonction du travail accompli mais en fonction de la manière dont on a accueilli ce travail. Ce salaire est extrêmement généreux, il représente bien plus que le travail d’une journée. Saint Augustin nous le rappelle : la pièce d’argent, c’est la vie éternelle. Elle ne se découpe pas en tranches en fonction de nos mérites qui ne peuvent en aucun cas nous valoir cette vie de Dieu. L’histoire du bon larron nous montre bien qu’au moment ultime de notre vie nous pouvons acquérir ce magnifique salaire en nous tournant simplement avec foi vers Jésus.

Ce n’est pas une question d’égalité ou d’équité. C’est une question d’amour !

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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