Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe annuelle des responsables politiques et parlementaires en la basilique Sainte-Clotilde

Sainte-Clotilde (7e) - Mardi 13 octobre 2020

– 28e Semaine du Temps Ordinaire – Année A

- Ga 5, 1-6 ; Ps 118 (119), 41.43, 44-45, 47-48 ; Lc 11, 37-41

Nous connaissons tous cette parole de Dieu au prophète Samuel : « L’homme regarde l’apparence, Dieu regarde le cœur » (1 S 16,7). Cela rejoint ce que nous venons d’entendre dans la bouche du Christ : « Vous purifiez l’extérieur mais à l’intérieur de vous-même vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté » (Lc 11,39). Au-delà de la querelle sur le pur et l’impur, nous savons bien que nous vivons sous le regard des autres. La question posée est de savoir comment ce regard conditionne notre pensée et notre action. Au fond, cela est une étape normale dans le développement personnel, car dès l’enfance c’est un regard qui nous a fait prendre conscience de soi. Avant l’appréhension de sa personne dans un miroir, c’est dans le regard de notre mère que nous pouvons dire « je » comme le confirme le philosophe Martin Buber dans sa thèse sur le « je » et le « tu ». Ensuite, lorsque l’on est petit on veut plaire à ceux qui nous aiment et que nous aimons. C’est en général à l’adolescence que nous essayons de nous libérer de ce carcan familial, hélas souvent pour se livrer à l’esclavage de ceux de notre génération. Car le fait d’être prisonnier du regard des autres, pour reprendre les mots de saint Paul, constitue bien un esclavage.

Comment trouver la liberté ? Celle-ci ne vient pas du mépris de ce regard d’autrui. Il s’agit de passer de cette question qui nous taraude : « Que va-t-on penser de moi ? » à la capacité de se regarder paisiblement dans la glace. Quand j’étais évêque en banlieue, nous avons fait l’expérience de ce passage chez des jeunes qui s’étaient enrichis de manière illicite dans le trafic de drogue en devenant des caïds. Ils étaient extrêmement fiers de se promener dans des BMW que jamais leurs parents n’auraient pu s’acheter. Avec certaines associations nous leur avons permis de travailler avec du matériel coûteux qui leur permettait de réaliser par eux-mêmes des œuvres dont ils étaient fiers. Eux, que l’on a toujours traités de nuls, ont pu montrer ce qu’ils étaient capables de faire. Ils passaient de l’esclavage du regard des autres à l’estime de soi.

C’est cette estime de soi qui génère la conscience autonome délivrée des contingences du prêt à penser et de la lâcheté qu’induit le conformisme. Vouloir toucher à la liberté de conscience, par exemple en supprimant l’objection de conscience légitime, c’est porter une atteinte grave à ce qui fonde la démocratie, comme dit le pape saint Jean-Paul II dans son encyclique Centesimus annus : « Une démocratie sans valeur se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire ». Je crois que la conscience est le lieu, non seulement de la liberté, mais aussi de la purification dont parle le Christ dans cet évangile. Plus encore, je crois qu’elle est le lieu de la rencontre avec Dieu.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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