Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe du 30e dimanche ordinaire - Année A

Paroisses de Dangeau et de Brou (Eure-et-Loir – 28) - Dimanche 25 octobre 2020

– 30e dimanche du Temps ordinaire - Année A

- Ex 22,20-26 ; Ps 17, 2-4.20.47.51 ; 1 Th 1,5c-10 ; Mt 22,34-40

Une question piège est posée à Jésus. Aujourd’hui encore, la question piège est une méthode utilisée par beaucoup de médias pour déstabiliser l’invité. A l’époque de Jésus, les flatteurs hypocrites cherchent à le discréditer comme peuvent le faire certains journalistes. Dimanche dernier, les pharisiens se sont concertés avec leurs ennemis que sont les partisans d’Hérode pour essayer de piéger Jésus en l’obligeant à choisir entre César et Dieu, soit pour l’accuser de collusion avec l’occupant, soit pour le dénoncer aux romains comme subversif.

Aujourd’hui le piège consiste à lui faire dire quel est le plus grand commandement au milieu des 613 préceptes de la Loi juive. La question était controversée. Pour certains rabbins, c’était le respect absolu du sabbat. Pour d’autres, le culte des idoles constituait le péché le plus grave.

Jésus rappelle la source de tous les commandements : l’amour de Dieu exprimé dans la grande prière du Deutéronome et l’amour du prochain formulé dans le livre du Lévitique. Pour Jésus ces deux commandements ne vont pas l’un sans l’autre comme l’exprime si bien saint Jean : « Celui qui dit aimer Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son prochain qu’il voit, est un menteur » (1 Jn 4,20). Cela veut dire que défendre l’honneur de Dieu en égorgeant son prochain est non seulement une mystification, mais c’est même un blasphème. A contrario, aimer son prochain en ignorant, ou pire, en détestant Dieu, est une erreur fatale. Sans Dieu nous n’aimons que ceux qui nous ressemblent. Dieu seul nous ouvre à l’universel puisque Lui aime tous ceux qu’il fait venir à l’existence. Nous n’avons pas seulement à aimer les « amis choisis ».

Le fameux « droit au blasphème » est une ineptie. Pour le cas qui nous occupe, c’est même une fausseté. En effet le blasphème est une insulte à Dieu. Or, pour les musulmans, Mahomet n’est pas Dieu, il est un prophète. Les caricatures sont donc une insulte au prophète de l’Islam, ce n’est pas une insulte à Dieu, donc pas un blasphème.

Pour les chrétiens, le blasphème qui insulte Dieu rejoint le mépris profond de l’homme dans la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ.

Vrai Dieu, il a été moqué, couvert de crachats, battu, torturé et tué. Y a-t-il eu jamais plus grand blasphème ? Celui-là est un indépassable. En Jésus, Dieu a accepté par amour d’être atteint par le blasphème. Sans lui aucun blasphème ne peut atteindre Dieu.

Vrai homme, l’humanité en Jésus a été bafouée, victoire de l’injustice. Il résume en lui tous les innocents injustement condamnés et la manifestation du mépris profond de la nature humaine qui se vit dans toutes les dictatures et dans cette civilisation de la mort qui prospère chez nous.

L’amour de Dieu et l’amour des hommes sont unis en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Quelle chance d’avoir un tel Maître : Jésus qui en sa personne unit l’amour de Dieu et du prochain qui transfigure le blasphème et l’iniquité.

Ainsi, notre vie est comme un fleuve qui puise sa source en Dieu. Ce fleuve se jette dans l’océan infini de l’amour de Dieu. En arrosant de cet amour divin les vertes prairies que sont nos frères en humanité.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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