Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe dédiée aux étudiants d’Ile-de-France à St Germain l’Auxerrois

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Mardi 10 novembre 2020

– 32e semaine du Temps Ordinaire - Année A
- sans présence de fidèles - retransmise sur KTO et RND.
- Tt 2,1-8.11-14 ; Ps 36,3-4.18.23.27-29 ; Lc 17,7-10

Ah chers amis, chers jeunes, chers étudiants, en lisant les textes de ce jour pour préparer l’homélie, je me suis dit : « Ce n’est pas possible ». Je vais prendre d’autres textes. Ceux-là ne conviennent pas pour cette messe des étudiants. Mais l’Esprit Saint m’a dit : « C’est ceux-là qui te sont donnés ».

Je me suis donc remis à les lire en priant. Aïe, aïe, aïe ! La lettre de saint Paul à son disciple Tite est gratinée. Tout le monde y passe. Les hommes âgés doivent être pondérés et solides dans la foi. Y aurait-il un risque chez les vieux d’être désabusés ou d’être des excentriques un peu flapis ?

Et les dames âgées ? Saint Paul les voit comme des alcooliques : « Qu’elles ne soient pas esclaves de la boisson » (Tt 2,3). Mon expérience est qu’aujourd’hui ce problème est plutôt rare chez nos grands-mères... Il faut aussi « qu’elles ne soient pas médisantes ». Ah ça, c’est plus difficile. D’ailleurs, à mon avis, nous sommes tous concernés.

Et les jeunes ? Il y en a pour vous aussi : « Exhorte-les à être raisonnables » (Tt 2,6). On croirait entendre le gouvernement qui demande aux jeunes de ne pas faire la fête. C’est vrai que les jeunes ont été accusés de faire des clusters dans les lieux publics ou clandestinement. On leur a dit de faire attention à leurs grands-parents âgés, aux personnes obèses ou diabétiques : « Vous allez les contaminer et les faire mourir ! ». Ce n’est pas faux. Mais c’est plutôt une solidarité intergénérationnelle culpabilisante.

Et ce n’est pas ce que dit saint Paul. Il montre bien qu’il y a une solidarité intergénérationnelle, mais qu’il s’agit d’une communion dans l’espérance orientée vers la « manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ » (Tt 2,13). Jésus veut faire de nous, de nous tous, jeunes et vieux : « son peuple, un peuple ardent à faire le bien ».

Donc nous sommes responsables les uns des autres. Mais comment en ces temps difficiles ne pas éteindre l’enthousiasme propre à la jeunesse ? Comment ne pas en faire une génération de déprimés ?

Un professeur est décapité et une semaine plus tard on ferme les librairies. Trois personnes sont égorgées dans une église et une semaine plus tard on interdit les messes. Quels signes donne-t-on à la jeunesse et au peuple français dans son ensemble ? L’homme vivrait-il seulement de pain ? Ce n’est pas la réponse du Christ.

Comment entretenir la flamme, l’enthousiasme, le feu qui brûle en nous et qui donne sens à notre vie ? Car se procurer à manger n’alimente pas nos raisons de vivre. C’est simplement une question de survie. Les jeunes sont faits pour reconstruire le monde, l’édifier, le rendre meilleur, pour rêver à un « autrement ». Cela s’est toujours passé ainsi.

J’avais 17 ans en 1968. J’étais lycéen et au lycée nous avons été moins touchés que les étudiants. Ceux-ci voulaient tout changer, construire un nouveau monde, libertaire, sans interdits. Aujourd’hui, ils ont entre 75 et 80 ans et sont devenus des bourgeois établis dont le rêve n’est plus qu’un vague idéal défraîchi qui ne touche plus personne. Il est facile de démolir, beaucoup plus difficile de construire. J’en sais quelque chose avec la cathédrale Notre-Dame !

Et ces fameuses années 70, de nombreux chrétiens étaient persuadés qu’ils allaient réformer l’Église de fond en comble et retrouver la fibre évangélique. Des projets, des idées, des communautés nouvelles, un renouveau liturgique, un militantisme effréné, tout cela bousculait les fidèles. Et aujourd’hui ? On constate beaucoup de divisions dans l’Église, beaucoup d’amertume et aussi, hélas, ces abus en tous genres qui nous effraient.

Où sont passés tous ceux qui voulaient sauver l’Église ? Alors ? Que conclure ? Plus d’enthousiasme ? Plus de feu ?

Si, si ! Vous les jeunes il faut que vous portiez la flamme. Ce qui a été oublié alors, c’est ce fameux évangile que nous venons d’entendre : « Nous sommes de simples serviteurs » (Lc 17,10). Nous ne sommes pas les sauveurs de l’Église ou du monde. Le Sauveur, c’est Jésus et Jésus seulement.

Il nous faut le servir et non pas s’en servir. Il nous faut entrer chaque jour davantage dans l’intimité que lui-même nous a proposée : « Je vous appelle mes amis ».

Cultivez d’abord cette amitié, chers jeunes. Entrez dans cette communion avec Jésus dont l’amour transfigure tout. Si vous êtes ces simples serviteurs, alors vous, vraiment, vous changerez le visage de l’Église, vous apporterez la paix au monde, vous saurez purifier et renouveler l’amour entre les hommes.

Et vous serez aussi la consolation des vieux. Pour cela : Merci !

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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