Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe du 3e dimanche de l’Avent à St Germain l’Auxerrois

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche du 13 décembre 2020

– 3e dimanche de l’Avent (Gaudete) – Année B

- Is 61,1-2a.10-11 ; 1 Th 5,16-24 ; Jn 1,6-8.19-28

« Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt ». Vous connaissez ce proverbe chinois. Cela peut s’appliquer aussi pour notre évangile. Les gens peuvent confondre les envoyés de Dieu et Dieu lui-même. Jean-Baptiste annonce la venue du Fils de Dieu, mais lui-même n’est pas le messie, même si certains voudraient le croire. Il est venu rendre témoignage à la lumière, mais il n’est pas la lumière.

Mais quelle est donc cette lumière ? Saint Paul nous le dit : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,19). L’Esprit Saint est donc cette lumière qui va briller en Jésus-Christ. Mais nous savons que pour voir la lumière il faut des yeux. L’Esprit Saint est la lumière de notre vie. Il est l’amour de Dieu qui vient habiter en nous pour nous permettre de vivre notre vocation suprême et éternelle : aimer comme Dieu nous aime. Si la lumière est l’Esprit de Jésus, quels sont les yeux qui peuvent recevoir cette lumière ? Les yeux, c’est notre liberté ! Cette liberté nous a été donnée pour accueillir librement l’amour, en vivre nous-mêmes, et en faire vivre les autres.

Accueillir l’amour, c’est entrer dans la joie. Mais qu’est-ce donc que la joie ? Le dictionnaire nous dit que c’est le « sentiment intérieur de plénitude ». Le philosophe Bergson disait : « La joie annonce toujours que la vie a réussi ». Le chrétien qui a réussi sa vie de baptisé est dans la joie.

Aujourd’hui, on nous pousse plutôt vers le plaisir. Il faut « se faire plaisir ». Le plaisir, c’est la satisfaction d’un désir.

Mais il y a bien des endroits où l’on ne se fait pas plaisir. A l’école, par exemple, on ne se fait pas toujours plaisir. Il faut travailler, faire des efforts, mais quand on a réussi les examens, on éprouve de la joie. Quand on fait du sport, souvent on se fait mal. Mais pour la compétition, on se dépasse. Au travail, il faut accomplir l’ouvrage. Quand il est terminé nous sommes heureux de sa réalisation.

Autrement dit, la joie que l’on éprouve n’est pas la satisfaction d’un désir ou le fait d’être le meilleur, mais le dépassement de ses propres limites.

De même dans la religion, prier peut être fastidieux, même s’il y a des lieux où la prière est plus facile. Quelquefois, peut-être même souvent, la messe est ennuyeuse.

On ne vient pas à la messe pour se faire plaisir, on vient par amour de Jésus-Christ. C’est cela qui procure de la joie. C’est ainsi que la prière est aussi source de joie car elle permet de se dépasser pour aller vers Dieu. La joie et l’amour sont profondément liés.

Le désir nous pousse à prendre et génère du plaisir toujours fugace.

L’amour, c’est tout donner pour ceux que l’on aime et cela procure une joie durable. La joie est toujours ordonnée à l’amour. C’est Dieu qui seul sait tout donner par amour : « Je tressaille de joie dans le Seigneur car il m’a vêtu des vêtements du salut » (Is 61,10).

Le plaisir est sensible, individuel et tourne vers soi. Nous le partageons avec les animaux.

La joie vient du cœur et se communique aux autres. Elle est propre à l’humanité.

Jean-Baptiste tire sa joie en donnant sa place à Jésus. C’est ainsi qu’il accueille l’amour de Dieu et permet aux hommes vers lesquels il est envoyé de recevoir cette lumière. Notre joie à nous aussi est de donner sa place à Jésus.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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