Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe du Frat 2009 – Fête de la Pentecôte

Jambville – Dimanche 31 mai 2009

- Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20 19-23

Chers amis,

Les disciples sont remplis de joie lorsqu’ils reçoivent la visite du Christ ressuscité. Avant cela, ils étaient enfermés parce qu’ils avaient peur. L’évangile nous dit qu’ils avaient peur des juifs. Ils pouvaient craindre que ceux-ci engagent contre eux un procès comme ils l’avaient fait contre Jésus.
Mais ils étaient dans la crainte surtout parce qu’ils se sentaient abandonnés. Ils se sentaient chargés d’une mission qui leur semblait au dessus de leur force et pour laquelle ils n’étaient pas prêts.

Et voici que Jésus est au milieu d’eux, vivant. Ils sont remplis de joie. Car le Christ est venu pour que les hommes aient la joie. Il est venu pour que nous ayons la joie et que nous l’ayons en plénitude ! (Jn 17, 13).

En ce jour de la Pentecôte nous pouvons nous demander : « Qu’est-ce qui nous empêche d’être vraiment heureux et joyeux ? Qu’est-ce qui fait obstacle et qui résiste à la joie que le Christ veut nous donner ? »

Certes, tant de choses peuvent nous remplir de tristesse : le malheur qui afflige le monde, la souffrance des hommes, la faim, le sous-développement, le mépris, la haine qui traverse si souvent nos villes et nos quartiers. Il y a aussi la violence, qui devient comme une sorte de nouveau langage. Lorsque l’on n’a plus assez de mots pour dire, on cherche à dire avec des gestes. Et pour dire l’opposition, les gestes sont des gestes de violence.

Notre tristesse vient aussi de ce que nous avons l’impression que tout est trop difficile. Il y aurait tant à faire pour que les choses se passent bien, pour que nos familles soient heureuses et pour que notre vie se déroule bien !
Tout ceci nous semble tellement loin de nous, tellement au-dessus de nos forces. Alors les bras nous en tombent, et nous nous disons : « Je n’y peux rien, je ne peux rien faire. »

Et les choses semblent encore plus difficiles pour celui qui essaye d’être chrétien et de témoigner de la présence du Christ. Chacun de vous peut se demander : « Qui suis-je ? Pourquoi Dieu me choisit-il pour devenir témoin ?
Pourquoi ne choisit-il pas quelqu’un d’autre plutôt que moi qui ne suis ni exceptionnel, ni courageux, ni fort ? Pourquoi me demande-t-il d’être chrétien dans ce monde qui ne veut pas être chrétien ? Pourquoi me met-il en rupture, en désaccord avec ma famille, avec mes amis, avec celles et ceux que je vois tous les jours ? Pourquoi devrais-je être autrement ?
Pourquoi ne puis-je pas vivre comme tout le monde ? Pourquoi suis-je appelé à devenir saint ? Car c’est tellement mieux quand on ne devient pas saint ! C’est moins fatiguant, moins difficile, et en tout cas moi je n’ai pas demandé à être saint, je n’ai même pas demandé à être chrétien ! »

Tout cela ne vous donne donc pas beaucoup de joie, ni beaucoup d’enthousiasme. Cela vous donne même plutôt envie de faire autre chose, de penser à autre chose, ou de ne pas penser du tout.

Seulement voilà, vous êtes ici. Nous sommes ici jusqu’à demain. Et à travers toutes les activités que vous avez faites, à travers les rencontres et les échanges, les temps de prière et les temps de joie, les jeux et les chants, vous percevez une petite voix ou une petite musique qui souffle doucement et qui vous dit : « Je t’ai choisi. Je sais que tu n’es pas très fort ni très courageux. Je sais que tu as des difficultés, que tu ne crois pas que tout le monde t’aime, que tu aurais peut-être envie d’être ailleurs.
Mais aujourd’hui je te choisis, ici, maintenant, pour devenir un membre vivant de l’Église, un membre vivant du corps des amis du Christ, un jeune vivant de la foi au Christ. Et pour que tu puisses vivre et trouver ta joie comme ami du Christ, il faut que tu reçoives l’Esprit-Saint, l’Esprit de Dieu lui-même qui planait sur les eaux au commencement du monde, l’Esprit de Dieu qui était vivant et agissant au moment de ton baptême et qui t’est proposé dans la confirmation.
L’Esprit de Dieu peut faire de toi un chrétien ou une chrétienne debout, quelqu’un qui sait où est sa vie et qui sait où va sa vie, quelqu’un qui trouve sa joie avec les autres, quelqu’un qui construit quelque chose dans ce monde et qui refuse que l’indifférence, le mépris, ou la violence conduisent les hommes, quelqu’un qui veut vraiment faire grandir le respect, le service des autres et l’amour, quelqu’un qui est prêt à recommencer chaque jour en invoquant le nom du Père, le nom du Fils et le nom de l’Esprit.

Tu as été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. (— Amen !). Et tu vis, par le Père, par le Fils et par l’Esprit. (— Amen !). Le Père t’aime, toi, d’un amour unique et personnel. Et c’est parce que le Père t’aime que le Fils est venu et qu’il répand son Esprit dans nos cœurs pour faire de nous un peuple d’hommes et de femmes remplis de joie, un peuple d’hommes et de femmes convaincus par l’amour, un peuple d’hommes et de femmes bâtisseurs d’amour, de paix, de liens, d’Église.

Avec tous vos évêques qui m’entourent nous sommes venus aujourd’hui comme les témoins des Apôtres pour vous dire : « moi, aujourd’hui, ton évêque, je te choisis toi, et je t’appelle toi ! » (– Applaudissements.) Si vous saviez comme nous sommes heureux d’entendre avec quel enthousiasme vous répondez à notre appel ! Nous savons qu’avec vous nous allons pouvoir construire un peuple de témoins !

Pour cela, dans un instant, nous allons tous ensemble renouveler la profession de foi de notre baptême, qui est aussi la profession de foi que chacune et chacun d’entre-vous fera, ou a fait, au moment de sa confirmation. Si vous voulez répondre au choix de Dieu, il vous invite à professer la foi chrétienne.
Préparons-nous pendant quelques instants de silence. Préparons-nous à accueillir l’Esprit Saint au fond de notre cœur, pour que ce soit lui qui parle par notre bouche quand nous dirons que nous rejetons le mal et que nous croyons en Dieu.

+André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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