Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe et veillée de prière pour le lancement de la neuvaine de prière pour les Ordinations 2010

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre - Vendredi 18 juin 2010

Introduction du cardinal André Vingt-Trois au début de la messe

Frères et Sœurs,

Pour terminer l’année sacerdotale voulue par le Saint Père, et pour nous préparer à la célébration des ordinations de neuf nouveaux prêtres le samedi 26 juin à Notre-Dame de Paris, nous entrons ce soir dans une semaine de prière plus intense. Cette neuvaine est une occasion pour nous de reprendre conscience que c’est Dieu qui appelle et qui envoie, et que c’est Lui aussi qui nous donne d’accueillir les prêtres qu’il appelle et qu’il nous envoie. Dieu seul ouvre le cœur de tout homme et de toute femme pour accueillir sa parole, pour entendre ses appels. Et Il répand son Esprit dans nos cœurs pour que nous puissions lui répondre et suivre le chemin du Christ. Ainsi, préparons-nous maintenant à célébrer cette eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs.

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

- 2 R 11, 1-4.9-20 ; Ps 131, 11-14.17-18 ; Mt 6, 19-23

Frères et sœurs,

Tout au long de cette semaine nous avons lu dans l’évangile de saint Matthieu ce que nous avons l’habitude d’appeler le Sermon sur la montagne. Et ce soir, comme les disciples, nous sommes nous aussi rassemblés autour de Jésus sur une montagne, sur cette colline de Montmartre. A la suite de ceux qui l’ont entendu sur la montagne de Galilée, nous essayons d’accueillir les paroles de Jésus, de les laisser pénétrer nos cœurs et transformer notre liberté pour faire de nous de véritables disciples, fortifiés pour suivre son chemin. En ce jour où nous commençons une neuvaine de prière pour les ordinations sacerdotales et pour les vocations, la parole du Christ est une stimulation pour notre vie chrétienne et un éclairage sur les événements que nous vivons.

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Là où se trouve ce que nous considérons comme le plus précieux, là aussi est notre désir de vivre, de servir et d’aimer. Les hommes qui ont été ordonnés diacres à l’automne dernier et que je vais appeler au sacerdoce dans huit jours, savent en qui ils ont mis leur espérance. Ils savent où est le trésor de leur vie. Ils le savent et en même temps ils apprennent à le savoir. Ce n’est pas qu’ils soient encore inconscients ou indéterminés. Ils ont fait un choix, ils connaissent leur trésor et ils ont désigné clairement la direction où va leur cœur. Mais en même temps l’intégration plénière et la structuration complète de leur vie autour de ce trésor n’est pas encore achevée, et ne le sera d’ailleurs jamais tout-à-fait ici bas. Au long de leur cheminement vers le sacerdoce, leurs choix successifs et chaque nouveau pas leur ont permis de se déterminer et de mieux comprendre où le Seigneur les appelle.

Il en est ainsi pour chacun de nous : chaque étape franchie ouvre devant nous une nouvelle étape. Chaque fois que nous reconnaissons et que nous recevons notre trésor, notre cœur est affermi pour suivre la volonté de Dieu. Le baptême nous a constitués disciples du Christ. Il nous permet de mettre le Seigneur au centre de notre vie et nous ouvre un chemin par lequel notre liberté et notre personnalité se construisent dans la communion au Seigneur ressuscité. Mais simultanément, nous faisons tout au long de notre vie l’expérience de notre difficulté à adhérer à la personne du Christ vivant en nous. La condition chrétienne n’est pas la cristallisation d’un parcours achevé mais plutôt la consécration d’un chemin ouvert au long duquel nous avons à nous convertir jusqu’à la fin de notre existence.

De même la consécration du prêtre ne signifie pas l’achèvement de son cheminement et de ses choix. Son ordination inaugure la période de la construction de son identité de prêtre. Chaque jour, de plus en plus et de mieux en mieux, sa communion intime au Christ dans l’oraison et la prière et la communion sacramentelle au Christ dans l’eucharistie construisent la personnalité, l’identité, la manière d’être et d’agir du prêtre qu’il est devenu mais qui n’est pourtant pas encore achevé. Nous découvrons chaque jour la nature de l’identification totale de notre existence à l’offrande que Jésus fait de sa vie sur la croix pour le salut du monde. Nous apprenons à y adhérer toujours un peu mieux. Et nous espérons qu’elle emporte en elle tout ce qui en nous n’est pas encore totalement offert à Dieu.

Pour nous tous, chrétiens, notre trésor c’est le Christ ! C’est lui qui nous a fait renaître par l’eau du baptême, et qui nous a consacré par le don de son Esprit à la confirmation. C’est lui qui nous enseigne l’Évangile de la vie par sa Parole que nous recevons dans la liturgie et dans la méditation. Le Christ est celui qui nous nourrit par l’eucharistie qu’il nous partage, celui qui nous pardonne quand notre péché nous éloigne de Dieu. Il est vraiment le trésor de notre vie et il n’y a pas sous le ciel d’autres noms que celui de Jésus par lequel nous puissions être sauvés ! (Ac 4, 12)

Ainsi si nous voulons comprendre quelque chose au mystère du Sacerdoce tel qu’il se vit dans l’Église, il nous faut d’abord tourner notre regard vers le Christ, contempler l’offrande qu’il fait de sa vie, entrer dans la pastorale qu’il dessine à travers l’Évangile, et écouter l’appel qu’il adresse aux douze pour être avec lui, annoncer la bonne nouvelle du Royaume et guérir toute maladie (Mc 3, 14-15). Le sens profond du sacerdoce catholique n’est compréhensible qu’en fonction de la vie du Christ dans son Église. On s’épuiserait à le chercher dans les réalisations que chaque prêtre, que chacun d’entre nous, donne par sa vie et son ministère. Nous ne sommes que des disciples du Christ qui réalisons imparfaitement la figure parfaite du Pasteur unique. Si nous voulons nous-mêmes comprendre le sens de notre vie, si les chrétiens veulent saisir la vérité de la vie des prêtres dans leur Église, il nous faut suivre le seul Pasteur de nos âmes : Jésus offert sur la croix, ressuscité par la puissance de Dieu et livré en nourriture dans le pain partagé et la coupe du sang versé. Le Christ dévoile le sens du ministère sacerdotal au cœur même de l’eucharistie que nous célébrons. Celle-ci est à la fois l’offrande du Christ à son Père et la source de la croissance de l’Église corps du Christ.

L’épisode sanglant dont nous avons entendu le récit dans la première lecture montre à sa manière comment le peuple de l’Alliance est structuré par des missions définies. Athalie opère un coup de main sur le peuple de Dieu et sur la fonction royale. Mais on ne se donne pas à soi-même la mission de roi d’Israël ! On ne peut pas l’usurper et encore moins la ravir par le crime. Le prêtre Joad a la responsabilité de rétablir la royauté authentique, d’éliminer l’usurpatrice qui a voulu s’approprier cette fonction et d’instituer celui que Dieu a choisi. Il remplit le ministère qui est le sien, et le fruit de son action - si sanglante qu’elle nous paraisse aujourd’hui - est que « tout le peuple du pays était dans la joie et que la ville a retrouvé son calme » (2 R 11, 20).

Plaise au ciel qu’au moment où, obéissant à la volonté de Dieu, nous instituons des prêtres pour son Église, cette ordination provoque la joie de tout le peuple et produise le calme de notre ville ! Puissions-nous aussi respecter les missions que Dieu nous confie pour la structuration de son Église pour que le Peuple de Dieu puisse vivre dans l’Alliance, tout comme Joad redonne au Peuple et au roi sa place dans l’Alliance du Seigneur. Nous pouvons toujours faire une lecture exclusivement politique de cet événement. Mais la lecture mystique et spirituelle donne de comprendre que Dieu fait alliance avec son peuple par le ministère du prêtre qui est institué et par la mission qu’il confie au jeune roi qui vient d’être rétabli dans ses droits.

Tout au long de cette semaine nous prions pour les neuf hommes que je vais ordonner prêtre samedi prochain. Qu’ils trouvent leur trésor dans la mission que Dieu leur confie, qu’ils construisent jour après jour leur être sacerdotal dans la communion du Christ Pasteur et que leur vie toute entière soir orientée à la construction et à la sanctification du Peuple de Dieu, du Peuple de la nouvelle Alliance. Que l’Esprit-Saint investisse toute leur existence. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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