Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de rentrée des chefs d’établissement de l’Enseignement Catholique du diocèse de Paris – 21e Semaine du Temps Ordinaire – Année A

Mercredi 27 août 2014 - Missions Etrangères de Paris (rue du Bac) (Paris VIIe)

La mission de l’enseignement catholique consiste et à transmettre le catéchisme et à faire grandir les jeunes dans la vraie liberté. Jésus nous fait comprendre que le véritable lieu de la responsabilité, c’est l’intériorité. Les vertus humaines, dont le travail, sont constructives de cette intériorité. L’authenticité et la vérité de l’éducateur jouent un rôle important.

 2 Th 3, 6-10.16-18 ; Ps 95 ; Mt 23, 27-32

Frères et Sœurs,

Je sais combien votre mission à la tête des établissements catholiques du diocèse de Paris est une mission délicate, puisqu’elle s’enracine dans le projet pastoral et apostolique de l’Enseignement catholique, en même temps qu’elle désire et essaye par tous les moyens possibles de mettre en œuvre un accueil ouvert à toutes sortes de jeunes dont les liens avec la foi catholique sont, ou bien inexistants parce qu’ils appartiennent à d’autres religions, ou bien tout simplement effacés. Vous avez à gérer cette situation paradoxale : être une institution d’Église dont la raison d’être n’est pas simplement de transmettre le catéchisme de l’Église catholique à des esprits encore malléables, mais d’aider des jeunes, chrétiens ou non-chrétiens, à progresser dans la prise de conscience de leur identité personnelle, de leur liberté et de leur capacité de choix intérieur. Cette mission est d’autant plus complexe qu’elle se réalise et s’accomplit dans la tranche d’âge où la plupart d’entre eux ne sont pas disposés à emboîter systématiquement les pas de leurs prédécesseurs, fussent leurs parents.

Et pourtant, nous savons que c’est dans cette relation pédagogique et éducative que se dévoile peu à peu la grandeur personnelle de la liberté humaine. Ce que l’évangile de saint Matthieu nous dit des scribes et des pharisiens nous aide à comprendre, non pas simplement leurs erreurs ou leurs méfaits, mais aussi quel est le véritable lieu de la responsabilité humaine, c’est-à-dire l’intériorité. Le Christ n’appelle pas les hommes pour consolider une institution, il appelle les hommes pour qu’ils atteignent l’authenticité de leur liberté personnelle. « Ainsi, à l’extérieur pour les gens vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal » (Mt 23, 27). C’est la réduction de cet écart entre l’apparence et la réalité, -entre ce qui se voit, ce qui s’adapte au comportement social, et ce qui est au fond du cœur de chacun, sa relation avec Dieu et le lieu de sa décision personnelle-, qui est en jeu. Je sais que dans cette mission, vous êtes entourés d’un certain nombre d’enseignants et d’équipes éducatives qui ne sont pas forcément beaucoup plus avancés ou beaucoup plus motivés par rapport à l’objectif fondamental sinon par la volonté de travailler ensemble à mettre en œuvre le projet de votre établissement. Et je sais combien le rôle du chef d’établissement, la manière dont il anime le travail des équipes éducatives, la manière aussi dont il veille à faire ressortir ce qui est le meilleur de chacun, peut devenir un chemin de progrès non seulement pour les étudiants et les élèves mais encore pour les enseignants.

Les paroles de l’Écriture que nous avons entendues nous renvoient d’abord à un registre que nous connaissons bien, même s’il n’est pas plus facile à mettre en œuvre, c’est le registre des vertus humaines. Quand saint Paul appelle les Thessaloniciens au travail, il veut simplement dire que l’existence humaine comporte un certain nombre de responsabilités et que nous ne pouvons pas échapper à ces responsabilités. Le travail, à quelque niveau que l’on se situe, à quelque période de la vie que l’on soit, est une de ces vertus humaines. Nous savons que ce n’est pas une vertu attractive ! Nous le savons depuis le Livre de la Genèse, ce n’est pas nouveau ! Le travail est fatiguant, le travail peut être rébarbatif et le travail n’est pas forcément gratifiant. Et ce n’est pas parce qu’il est rébarbatif ou fatiguant, ou peu gratifiant que l’on en est dispensé, et nous savons bien qu’à travers le jeu normal de l’institution scolaire, nous sommes appelés à aider les jeunes à découvrir que le travail n’est pas seulement fatiguant ou rébarbatif mais qu’il peut aussi être constructeur et porter du fruit.

Ainsi, entre ces vertus humaines, ici le travail mais on pourrait en trouver bien d’autres comme l’honnêteté, le sens de la vérité, le sens de la justice, le respect de l’autre, toutes attitudes qui sont constitutives du tissu social d’une vie collective, à travers ces vertus humaines, nous aidons des jeunes à prendre conscience de ce qu’ils vont devenir dans la société et de la responsabilité qu’ils y auront et qu’ils y ont déjà. Mais plus profondément, nous devons entendre les gémissements, ou en tout cas les regrets du Christ à l’égard des scribes et des pharisiens, car la profession de malédiction n’est pas simplement une condamnation, c’est aussi une constatation : « malheureux êtes-vous » (Mt 23, 27). Dans l’évangile de saint Matthieu, c’est une constatation qui nous renvoie comme un leitmotiv entre l’apparence et la réalité, entre le dire et le faire : « ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le royaume mais ceux qui font la volonté de mon Père » (Mt 7, 21). Cet appel constant dans l’évangile de saint Matthieu à une authenticité de la démarche des disciples est aussi un appel qui nous est adressé dans notre recherche d’authenticité chrétienne.

Notre histoire personnelle le manifeste : les éducateurs qui ont marqué d’une façon particulière notre itinéraire ne sont pas forcément les gens qui avaient les places les plus décisives, mais c’étaient des gens dont la qualité humaine, l’authenticité de la démarche, la vérité du comportement, imposaient dans la simplicité de leur présence, la reconnaissance d’une force qui pouvait faire envie.

Je souhaite que chacune et chacun d’entre vous dans la responsabilité qui est la sienne puisse exercer cette force qui vient de Dieu, -la grâce-, et qui nous permet de manifester avec toute la discrétion et la liberté requises, qu’il y a un seul Seigneur, un Seigneur qui est le chemin, la vérité et la vie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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