Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe d’action de grâce à ND pour le quinzième anniversaire de KTO – 3e Dimanche de l’Avent – Année B

— cardinal André Vingt-Trois, homélie à Notre-Dame de Paris

Prier et rendre grâce sans relâche ne doit pas nous conduire à être insensibles aux événements pénibles mais plutôt s’accompagner de cette conviction que, dans la foi, nous croyons à la présence permanente de Dieu à nos côtés. C’est ainsi que nous préparons le chemin du Seigneur et que nous l’annonçons à ceux qui ne le connaissent pas ou l’ont oublié.

Mot d’accueil du cardinal André Vingt-Trois

Frères et Sœurs,

Comme chaque dimanche, je suis heureux de vous accueillir ce soir à la cathédrale, mais plus encore que d’habitude nous nous réjouissons des nombreux téléspectateurs qui peuvent s’unir à notre prière grâce à KTO télévision, dont nous fêtons aujourd’hui le 15e anniversaire. C’est une occasion de rendre grâce, non seulement pour la messe à laquelle peuvent se joindre beaucoup de gens isolés en France et à l’étranger, mais encore pour le service d’Église que KTO accomplit depuis 15 ans. Je suis heureux d’accueillir dans cette concélébration un certain nombre d’évêques dont Mgr Pontier, le président de la Conférence épiscopale.

C’est une occasion pour nous aussi d’apprécier et de soutenir les moyens de communion mis en œuvre à travers notre Église, non seulement de proche en proche par les relations de voisinage, non seulement par des relations amicales ou professionnelles, mais aussi par un message public donné à travers la radio et la télévision.

C’est une joie pour nous de pouvoir apporter un peu d’espérance au cœur des hommes de ce temps, et nous nous préparons à entrer dans la plénitude de cette joie en nous reconnaissant pécheurs.

Homélie

- Is 61,1-2a.10-11 ; 1 Th 5,16-24 ; Jn 1,6-8.19-28

Frères et sœurs,

Nous accueillons la parole de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens, « soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (1 Th 5,16-18). Cette parole jette une lumière particulière sur le moment où nous l’accueillons, comme elle a dû jeter une lumière particulière sur la communauté des Thessaloniciens. Car enfin, peut-on toujours être dans la joie ? Peut-on prier sans relâche ? Peut-on rendre grâce en toute circonstance, comme si les événements qui marquent l’existence humaine étaient tous bénéfiques ? Comme si tout ce qui arrive concourait à notre satisfaction, à notre épanouissement, à notre plaisir ? Comme s’il n’y avait dans le monde ni injustice, ni violence, ni guerre, ni mort ? Comme si même dans chacune de nos existences, nous n’étions pas à un moment ou à un autre, confrontés aux épreuves qui marquent toute vie humaine ? Pour être disciple de Jésus et pour mettre en pratique l’invitation de saint Paul, faut-il devenir comme insensible à tout ce qui survient ? Faut-il fermer les yeux sur ce qui arrive, les garder perpétuellement fixés vers le ciel, au risque de trébucher sur les embûches du chemin ? Cette attitude d’action de grâce permanente, de joie perpétuelle, de prière incessante, est-elle compatible avec une existence normale ? Ou bien, prenons-nous cela comme une exhortation pour calmer un peu la mauvaise humeur mais sans y accorder vraiment d’importance ?

Prier sans relâche, cela veut dire que nous nous tenons constamment dans la présence de Dieu, évidemment pas toujours de façon consciente et active, mais de façon permanente. Cette permanence s’exprime à travers la régularité de notre prière. Nous vivons les événements de notre vie sous le regard de Dieu. Nous avançons sous le regard de Dieu, et ce regard de Dieu nous fait partager la lumière que Dieu projette sur les événements du monde, nous permettant, pour poursuivre le raisonnement de saint Paul, de discerner la valeur de toute chose. Car en toute chose de ce monde sont mêlés le bien et le mal, l’espérance et la souffrance. En toute chose de ce monde sont mêlés des sentiments contraires qui habitent tour à tour notre cœur. Être chrétien, ce n’est pas fermer les yeux sur l’ambiguïté de cette expérience humaine, et faire comme si de rien n’était. Être chrétien, c’est discerner, c’est-à-dire, à la lumière de la parole de Dieu, essayer d’identifier, de repérer, ce qui est bon pour le garder et le faire fructifier, essayer de repérer ce qui est mal pour s’en éloigner. C’est au prix de cette lumière de la foi que nous nourrissons par la prière constante que nous pouvons vivre dans l’action de grâce car à ce moment-là, ce n’est pas simplement l’effet immédiat des événements qui marque notre vie, c’est la manière dont il participe, d’une façon mystérieuse, à l’accomplissement du dessein de Dieu à travers l’histoire des hommes. Certes, certains de ces événements peuvent être pour nous gênants, douloureux ou difficiles à vivre, mais à travers eux, Dieu construit quelque chose qui va progressivement accomplir son œuvre. C’est pourquoi, même si nous souffrons de quelques désagréments ou de véritables souffrances, nous sommes encore invités à rendre grâce car nous comprenons qu’à travers ce chemin difficile, Dieu est en train de tracer une route à travers le désert.

La mission de Jean-Baptiste qui consiste à inviter les hommes à tracer une route à travers le désert ne s’accomplit pas simplement dans les rires et les chansons ! Il y a un travail, un travail difficile, aride : redresser ce qui est tordu, raboter ce qui fait obstacle, chercher ce qui peut pousser et progresser. Ce travail aride, nous le menons dans la lumière du Christ car c’est lui la lumière qui éclaire ce chemin. Redresser le chemin du Seigneur, c’est une œuvre quotidienne, c’est une œuvre qui nous confronte à la difficulté des événements de notre vie, de chacune de nos existences, de nos personnalités, mais aussi de la vie de notre communauté chrétienne, de la vie de notre pays, de la vie de l’humanité. Confrontés à ces aspérités, à ces difficultés, nous sommes appelés pour redresser le chemin.

Nous le faisons à la lumière du Christ, car le regard de la foi, c’est précisément de croire et de comprendre que le Christ est présent dans ces événements. Jean-Baptiste dit à ceux qui sont venus de Jérusalem « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26). Évidemment, on peut comprendre cette phrase dans sa chronologie immédiate, Jésus n’a pas encore commencé sa vie publique, il est encore un anonyme parmi les Juifs, aussi, en disant « se tient au milieu de vous celui que vous en connaissez pas », Jean-Baptiste fait allusion à cette présence de celui qui est même inconnu à ses propres yeux puisque, nous le savons, quand Jésus viendra pour lui demander le baptême, il dévoilera à la fois son identité et le sens du baptême de Jean-Baptiste. Mais nous pouvons comprendre aussi cette phrase de manière plus générale. Ce n’est pas simplement une question de chronologie, c’est aussi une question qui concerne toute l’histoire humaine : « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Dans notre vie, dans l’histoire des hommes, la présence du Christ est réelle et agissante, même si nous ne l’identifions pas, même si nous ne le reconnaissons pas, même si nous ne le croyons pas. Notre mission d’Église du Christ, comme celle du Baptiste, c’est d’annoncer aux hommes cette présence au cœur de leur histoire, c’est de leur donner cette espérance que les événements auxquels ils sont confrontés, qui s’imposent à eux et quelquefois qui les blessent, n’arrivent pas pour leur destruction mais pour préparer le chemin où ils peuvent rencontrer le Christ. C’est dire à tout homme et à toute femme que sa vie est un chemin à travers le désert et qu’il peut, dans ce chemin, reconnaître celui qui vient.

Frères et sœurs, au moment où nous nous préparons à célébrer la nativité du Christ, nous sommes invités ainsi, non pas simplement à commémorer sa naissance dans la nuit de Bethléem, mais à la lumière de sa naissance dans la nuit de Bethléem, à discerner dans l’histoire humaine la présence de celui qui est le Christ, à discerner à travers l’histoire humaine les chemins par lesquels il fait progresser l’humanité et par lesquels il veut rejoindre le cœur de tout homme.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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