Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 2e Dimanche de Carême – Année B

Dimanche 1er mars 2015 - Notre-Dame de Paris

Avec le Christ nous avançons pendant le temps du Carême vers Jérusalem où il souffrir, mourir et ressusciter. L’épreuve de la foi à laquelle les disciples seront soumis est aussi notre épreuve. Dans l’événement de la transfiguration nous sommes invités à découvrir une manifestation de la filiation divine de Jésus. Nous découvrons aujourd’hui les signes du Christ ressuscité dans la vie de l’Église.

- Gn 22,1-2.9a.10-13.15-18 ; Ps 115 ; Rm 8,31b-34 ; Mc 9,2-10

Frères et Sœurs,

Le récit de la transfiguration que nous entendons chaque année en ce deuxième dimanche de carême n’est pas une façon de doubler la fête de la transfiguration que nous célébrons au mois d’août. Si l’Église nous donne à entendre et à méditer ce récit au cours du carême, c’est pour nous aider à mieux vivre ce temps liturgique et à mieux progresser dans la suite du Christ.

Ainsi, il nous faut prendre cet événement de la transfiguration dans le déroulement chronologique du chemin suivi par Jésus et ses disciples qui les conduit à Jérusalem où il sera arrêté, jugé, condamné, crucifié et où il ressuscitera. Puisque c’est dans ce cheminement que nous vivons chaque année pour nous préparer à la célébration du mystère pascal, de la mort, de la résurrection du Christ - la fête de la Pâques - c’est dans ce cheminement que nous sommes invités à entrer par ce récit de la transfiguration. Quelle fonction remplit cet événement dans le déroulement du chemin de Jésus vers Jérusalem ? Il a déjà annoncé à ses disciples une première fois qu’il devait aller à Jérusalem pour être arrêté, mis à mort et pour ressusciter, et il va leur annoncer une deuxième fois, après cette vision de la transfiguration. Mais nous savons que pour eux, l’expression « ressuscité d’entre les morts » n’était pas très riche de sens, ils ne voyaient pas bien ce que cela voulait dire. Nous pouvons comprendre que cette expérience exceptionnelle, vécue sur la montagne, a pour fonction de préparer de quelque façon les événements auxquels les disciples vont être associés à Jérusalem. À ce moment-là, la grande épreuve de la foi se traduira par cette question : est-ce que Dieu a abandonné son fils ? Cette épreuve, nous en trouvons un ultime écho dans la bouche de Jésus lui-même quand il récite le psaume des agonisants sur la croix, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22(21)). Et nous en trouvons encore un autre écho dans l’attitude des spectateurs de la Passion qui le provoquent et se moquent de lui : « si tu es le fils de Dieu descends de la croix et nous croirons en toi » (Mt 27,42).

Nous comprenons à travers cette difficulté exprimée au moment de la crucifixion, quelle est la nature de l’épreuve à laquelle ils vont être soumis, à laquelle déjà certains ont succombé, ceux qui l’avaient suivi simplement parce qu’ils étaient séduits par son message, ses idées généreuses ou par ses miracles comme la multiplication des pains. Ceux-ci commencent à se poser des questions quand ils découvrent peu à peu que Jésus n’est pas venu simplement pour nourrir les gens gratuitement ou les combler de bons sentiments… Il est venu pour un combat d’une autre ampleur : le combat de la vie et de la mort. A mesure qu’ils vont comprendre, beaucoup vont se détacher de lui. Les trois disciples qu’il emmène sur la montagne pour assister à sa transfiguration seront les trois disciples qui l’accompagneront à Gethsémani au moment de l’agonie, comme si cette vision de la gloire de Dieu manifestée dans le Christ devait les préparer à la vision horrible à laquelle ils ne vont d’ailleurs pas résister. Les évangiles nous disent en effet qu’ils ont sombré dans le sommeil au moment de l’agonie, incapables de supporter cette vision dont ils étaient témoins.

Ici, Jésus se manifeste par des signes éclatant : les vêtements d’une blancheur que l’on n’avait jamais vue, la nuée qui signifie l’expression de Dieu lui-même, Moïse et Elie, la loi et les prophètes, et enfin la parole qui vient de la nuée, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7). Il ne faut rien moins que cette intervention directe de Dieu pour que les disciples entendent et voient ce qui habituellement n’est ni visible ni audible. Ils ont suivi Jésus de Nazareth, ils sont en train de découvrir que ce qu’ils ont vu dans la personne de Jésus de Nazareth exprime une réalité invisible qu’ils n’ont pas vue : il est le Fils unique de Dieu.

Ainsi, dans notre cheminement vers Pâques, nous sommes nous aussi invités à nous préparer à faire mémoire de ces événements, non pas comme le souvenir d’un échec et finalement d’une victoire de la mort, mais convaincus que celui qui va être crucifié est le Fils de Dieu. Nous disposons de nombreux signes visibles du Christ en ce temps, du Christ ressuscité. Sans doute, il ne s’agit pas des signes éclatants de la transfiguration mais ils sont cependant bien réels. Nous en avons des signes à travers son Église, à travers ses richesses comme à travers ses pauvretés. Cette Église s’efforce jour après jour de rendre présent le Christ en ce monde. Nous en avons des signes visibles à travers le témoignage rendu par des milliers d’hommes et de femmes à travers le monde qui préfèrent la fidélité au Christ à la défense de leurs biens, ou même à la défense de leur vie. Nous en avons des signes visibles à travers le service que tant d’hommes et de femmes s’efforcent de rendre à leurs semblables par amour du Christ. Nous en avons des signes visibles à travers la vie sacramentelle à laquelle nous participons. Réunis dans cette église nous sommes le corps ressuscité du Christ et nous allons recevoir le corps du Christ, présent dans son eucharistie. Nous en avons un signe perceptible à travers la parole qui nous vient de Jésus et que l’Église nous transmet, tant par la liturgie que par toutes sortes de moyens pour annoncer l’Évangile du Christ. Les signes ne nous manquent pas. Ce qui compte pour nous, ce n’est pas de posséder un signe supplémentaire ou plus fort que les autres, c’est de savoir si nous allons obéir à la Parole de Dieu, c’est-à-dire écouter ce qu’il dit, non seulement comme vous le faites chaque fois que vous participez à l’eucharistie et que vous entendez proclamer l’Évangile, mais l’écouter au fond de votre cœur pour que cette Parole rejoigne votre liberté, l’écouter en méditant jour après jour, tout au long de la semaine, tel ou tel mot de l’Évangile, telle ou telle parole de l’Écriture entendue et qui devient une lumière dans votre vie. C’est en pratiquant cette présence continue de la Parole de Dieu, de la Parole du Christ dans notre existence que nous construisons les conditions pour vivre sa passion et sa résurrection, comme un nouveau passage pour nous de la mort à la vie.

Ainsi, frères et sœurs, cheminant avec les catéchumènes qui se préparent au baptême et que nous pouvons connaître dans chacune de nos communautés, nous avançons à la fois dans l’obscurité – car, comme les disciples, nous ne savons pas très bien ce que cela veut dire que de ressusciter d’entre les morts, - et en même temps dans cette lumière éblouissante par laquelle Dieu lui-même nous dit qu’à travers la souffrance de Jésus, c’est la fidélité de Dieu qui est manifestée à l’homme. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous.

Que cette parole de Dieu soit la consolation de nos cœurs et la force qui nous conduit. Amen.

+ André cardinal VINGT-TROIS, archevêque de Paris.

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