Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Germain l’Auxerrois selon la forme extraordinaire du rite romain – 3e dimanche de carême

Dimanche 8 mars 2015 - St Germain l’Auxerrois (Paris Ier)

Le baptême ne nous empêche pas de retomber dans les ténèbres, c’est notre expérience commune. Rien n’est jamais achevé en matière de conversion, l’orgueil peut nous conduire à nous appuyer davantage sur nous-mêmes que sur la grâce de Dieu. Notre chemin de conversion continuelle passe par le sacrement de pénitence et de réconciliation.

- Ep 5,1-9 ; Ps 9, 20 et 4 ; Ps 122,1-3 ; Lc 11,14-18

Frères et Sœurs,

Comme saint Paul nous le rappelait dans l’épître aux Éphésiens, « par le baptême nous sommes devenus des enfants de lumière » (Ep 5,8), c’est-à-dire que nous sommes entrés dans la lumière de la foi, cette lumière que Dieu donne aux hommes pour qu’ils puissent conduire leur vie selon ses commandements et trouver le bonheur.

Mais nous le savons, ce changement radical que réalise le baptême ne nous délivre pas complètement de la possibilité de retomber dans les ténèbres. Les premières générations chrétiennes avaient imaginé qu’une fois baptisés dans le Christ et sauvés par lui, les nouveaux disciples ne pouvaient plus pécher. Ils ont été forts surpris et attristés quand ils ont découvert peu à peu que, bien que nés à une vie nouvelle dans le Christ, il demeurait en eux des restes de l’homme ancien et ils pouvaient à nouveau retomber dans le péché. Aussi, une question s’est posée : y a-t-il une deuxième chance ? Y a-t-il une possibilité de revenir à la vigueur du baptême pour vivre à nouveau dans la grâce de Dieu ? C’est ainsi que peu à peu, l’Église a mis en œuvre les moyens de la réconciliation des pécheurs. Cette réconciliation des pécheurs prend une forme plus aigüe et plus active au moment où nous sommes invités chaque année par la liturgie, à célébrer la mort et la résurrection du Christ dans la fête de Pâques. C’est pourquoi cette semaine de la fête de Pâques, la semaine sainte, est devenue la semaine de la réconciliation des pécheurs. Celles et ceux qui se sont laissés entraîner à renoncer aux préceptes de l’Évangile pour céder aux attraits de la tentation, sont invités à revenir, à se convertir, et à retrouver la joie de leur baptême.

Nous sommes souvent tentés de croire que l’histoire des hommes, l’histoire de chacune de nos vies est une histoire continue dans laquelle il n’y a pas de marche arrière. Or, ce que nous découvrons par notre expérience, c’est qu’il y a des marches arrière ! D’une certaine façon, ce que Jésus nous dit est un avertissement pour nous prémunir contre la présomption. Nous pourrions croire que tout est acquis et que le combat est terminé parce que nous sommes entrés dans un chemin de vie chrétienne. Cette parabole sur le démon chassé s’applique à notre propre vie. Nous savons non seulement par notre expérience mais par la tradition spirituelle, qu’il y a des degrés dans la conversion. Les premiers pas, c’est-à-dire les changements les plus évidents, nous paraissent certainement difficiles mais ils ne sont pas soumis à une sorte de discussion. Si l’on dit qu’il ne faut pas tuer, qu’il ne faut pas voler, tout le monde comprend que c’est vrai. Ces premiers changements qui mènent le pécheur à une vie nouvelle sont importants mais relativement faciles à identifier. Cependant, quand on a progressé dans la vie chrétienne et franchi quelques étapes dans la découverte d’une vie conduite par l’Esprit, les épreuves deviennent plus subtiles. C’est ainsi que Jésus nous dit que « le démon revient dans la maison d’où il était sorti, la trouve nettoyée, ornée » (Lc 11,24-25). Alors que notre vie s’est améliorée par nos conversions précédentes, c’est à ce moment-là que le véritable risque se présente : croire que tout est achevé. Or précisément, nous ne sommes à l’abri ni de la tentation, ni de la séduction du démon, ni de la présomption, parce que nous pouvons toujours croire que notre vie s’appuie sur notre propre justice et non sur la grâce de Dieu. Finalement, pour un tel homme, nous dit Jésus, « les choses sont pires qu’avant parce qu’il tombe de plus haut » (Lc 11,26).

C’est un peu l’histoire de notre cheminement du carême qui nous est proposé chaque année par la liturgie chrétienne, un chemin de conversion pour nous préparer à renouveler les promesses de notre baptême dans la nuit pascale, un chemin de conversion pour nous délivrer de nos péchés, un chemin de conversion pour retrouver l’unité du combat : « tout royaume divisé contre lui-même va à sa ruine » (Lc 11,17). On ne peut pas à la fois être avec le Christ et contre le Christ. Pourtant, c’est bien notre expérience : il nous arrive, tout en étant chrétiens et disciples du Christ, d’agir contre le Christ.

En ce temps de carême, nous sommes invités à revenir à l’engagement de notre baptême, à retrouver la vigueur de la vie chrétienne, à échapper aux ténèbres qui peuvent peu à peu envahir notre esprit et notre cœur, à renouveler notre adhésion au Christ, notre détermination de le suivre, notre désir de l’annoncer. Nous connaissons le chemin et les moyens de ce renouveau du baptême dans notre vie. A travers la tradition de l’Église, nous avons reçu le sacrement du pardon, de la réconciliation et de la pénitence. Nous sommes invités, au minimum chaque année, à vivre ce sacrement, mais nous savons que nous devons le vivre davantage ! Pendant ce temps de carême, nous sommes invités à vivre une confession plus radicale, plus exhaustive, plus approfondie, à faire le ménage dans notre maison pour qu’elle soit nettoyée et ornée, afin de retrouver la clarté des enfants de lumière.

Ainsi, frères et sœurs, nous sommes invités à faire retour sur nous-mêmes, à entamer ce processus de conversion et de renouveau qui passe par le sacrement de la confession. Nous avons la grâce, dans une ville comme Paris, d’avoir quantité de lieux où il est possible de se confesser à toute heure du jour. Nous sommes donc invités à faire ce chemin pour être de ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent, ceux qui sont entrés dans la bénédiction du Christ et qui connaissent le chemin de l’accomplissement de la vie chrétienne. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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