Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Saint-Nicolas des Champs – 4e dimanche de carême – Lectures de l’Année A - 2e scrutin des catéchumènes

Dimanche 15 mars 2015 - St Nicolas des Champs (Paris IIIe)

Le récit de la guérison de l’aveugle par Jésus, avec les discussions qui y sont jointes, manifeste un itinéraire de découverte de sa personne : envoyé, prophète, Fils de l’homme, Messie, lumière pour l’humanité. Ce sont différents étapes que nous retrouvons dans notre propre vie. C’est l’itinéraire catéchuménal.

- 1 S 16,1b.6-7.10-13a ; Ps 22,1-6 ; Ep 5,8-14 ; Jn 9,1-41

Frères et Sœurs,

Au long de ce chapitre de l’évangile de saint Jean, nous avons entendu plusieurs titres qui ont été décernés à Jésus. Parmi ces titres nous entendons encore celui que les Pharisiens lui attribuent : il est un pécheur. Mais nous entendons surtout les titres qui lui sont donnés à travers la guérison de l’aveugle : il est celui que Dieu a envoyé, et c’est à la piscine de l’envoyé que l’aveugle retrouve la vue ; il est le prophète, ce qui était pour un juif comme l’aveugle guéri, une façon de dire qu’il était envoyé de Dieu. Mais surtout, il est le Fils de l’homme et le Messie, c’est la confession de foi que l’aveugle guéri est invité à faire à la personne de Jésus.

Ce qui nous intéresse particulièrement dans cet itinéraire, c’est de découvrir comment cette profession de foi aboutit au terme d’un cheminement marqué par les discussions que suscite la guérison de l’aveugle. Chacune de ces discussions - entre l’aveugle et les Pharisiens, entre les parents de l’aveugle et les Pharisiens - nous fait découvrir plusieurs aspects de notre propre cheminement à la suite du Christ. Il est à la fois celui que nous connaissons, celui dont nous avons pu constater la force et la puissance quand il a touché notre cœur et nous a mis en route vers la voie de Dieu, et il est en même temps celui dont nous ne savons pas très bien qui il est, mais en qui nous avons confiance. Ainsi nous voyons qu’à travers les questions et les réponses, on progresse peu à peu vers la prise de conscience que cet homme qui a guéri l’aveugle né est à la fois un envoyé de Dieu, un prophète et le Messie.

Cette progression dans la découverte de Jésus s’accomplit à travers différentes étapes dont nous-mêmes faisons l’expérience à travers notre propre vie. C’est une chose de croire que le Jésus dont on parle, dont les chrétiens se réclament, puisse bien être un envoyé de Dieu. Il y a eu beaucoup d’envoyés de Dieu à travers l’histoire plus ou moins reconnaissables ! Mais que Jésus marque l’histoire des hommes, que son empreinte dépasse les forces ordinaires d’un homme sans moyens exceptionnels, cela signifie que quelqu’un d’autre agit à travers lui, c’est une manière pour nous de dire qu’il est envoyé de Dieu. Si cet homme, non seulement dit un certain nombre de choses, porte une certaine image à travers la société dans laquelle nous vivons, mais apporte en plus une guérison, change quelque chose dans le cœur de l’homme, touche notre âme par sa parole, par sa présence dans notre vie, alors nous ne sommes plus seulement devant un envoyé de Dieu un peu indéfini, nous sommes devant le prophète, celui qui parle au nom de Dieu. Que Jésus parle au nom de Dieu, nous en avons fait l’expérience à travers le message reçu de lui au long de notre vie, à travers différentes personnes et différentes circonstances, à travers le message que porte l’Église en son nom. Nous pouvons dire à notre tour : oui il est le prophète, il est celui qui porte la Parole de Dieu et qui touche nos cœurs.

Si nous entrons encore davantage dans une relation personnelle avec ce prophète, c’est-à-dire si nous sortons des débats entre partisans et opposants à sa personne pour entrer dans un dialogue avec lui, il va nous poser cette question : « crois-tu au Fils de l’homme ? » (Jn 9,35) Crois-tu que Dieu se manifeste non seulement à travers des signes qui peuvent toujours être interprétés de différentes manières, non seulement à travers des paroles qui nous sont rapportées par l’Écriture, mais qu’il se manifeste lui-même dans l’histoire des hommes ? Et peut-être que nous pouvons dire avec l’aveugle guéri : « mais qui est-il Seigneur que je croie en lui ? » (Jn 9,36). Voici la réponse de Jésus : « c’est lui qui te parle » (Jn 9,37). A ce moment-là, nous ne sommes plus simplement face à un envoyé, à un prophète, mais nous sommes confrontés à la réalité de la présence de Dieu dans l’histoire des hommes. Cette présence de Dieu à travers le signe de la guérison de l’aveugle se concrétise et s’exprime comme une lumière pour la vie humaine. Jésus : envoyé, prophète, Fils de l’homme, Messie, lumière du monde. Cette lumière est donnée à l’humanité pour éclairer le cœur des hommes. Nous ne pouvons voir et recevoir cette lumière que si nous sommes guéris de nos aveuglements, si nous sommes rendus clairvoyants par l’intervention du Christ. Jésus nous fait voir ce qu’il est venu donner au monde : il est notre lumière pour éclairer notre cœur, pour nous faire passer d’une vie de ténèbres à une vie de lumière, comme nous disait saint Paul, pour nous entraîner vers une vie nouvelle. Il est notre lumière pour éclairer la vie de l’humanité. Comment la parole et l’action du Christ sont-elles proposées aux hommes pour transformer leur manière de vivre, pour faire advenir un monde nouveau qui ne soit plus placé sous la réalité de la souffrance du péché et de la mort ?

Frères et sœurs, c’est dans ce chemin de conversion par lequel la lumière du Christ ravive en nous la capacité d’entendre et de voir la présence de Dieu que les catéchumènes sont engagés depuis de nombreux mois. Ils progressent, semaine après semaine, vers l’accueil de la lumière qu’ils recevront au cours de la Vigile pascale, quand la lumière du Christ ressuscité traversera les ténèbres de la nuit. Avec eux, nous prions le Seigneur pour qu’il ouvre nos yeux et nos cœurs et qu’il fasse vraiment de nous des enfants de lumière.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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