Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 7e dimanche de Pâques - Année B

Dimanche 17 mai 2015 - Notre-Dame de Paris

Jésus prie pour que ses disciples vivent dans la même communion d’amour qui l’unit à son Père. Cette communion que les disciples sont appelés à vivre est une expression de leur foi. Croire en Dieu, c’est croire que Dieu est Père et que nous sommes frères. C’est là le socle le plus solide du vivre ensemble au-delà des différences et des fragilités humaines.

- Ac 1, 15-17. 20a.20c-26 ; Ps 102 ; 1 Jn 4, 11-16 ; Jn 17, 11b-19

Frères et Sœurs,

Le passage que nous venons d’entendre rapporte les dernières paroles de Jésus avant l’entrée dans sa Passion, selon le récit de l’évangile de Jean. Cette dernière parole n’est pas adressée à ses disciples ou à ses auditeurs, elle est adressée à Dieu son Père. Cette parole est une prière qui recueille dans sa formulation même, l’essentiel du sens de la mission de Jésus en ce monde. Elle indique ainsi à ses disciples, non seulement pourquoi il est venu, comment il a vécu, pourquoi il va mourir, mais aussi quel est le chemin dans lequel il souhaite qu’ils s’engagent à sa suite.

Nous avons bien présent à notre mémoire les termes de cette prière : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom pour qu’ils soient un comme nous sommes nous-mêmes » (Jn 14,21-22). Nous pouvons évidemment comprendre cette prière de Jésus pour l’unité de ses disciples dans un premier sens qui paraît assez clair, même si les récits des évangiles nous montrent que sa mise en œuvre n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Que les disciples de Jésus soient capables de vivre unis les uns avec les autres, c’est la moindre des choses puisqu’ensemble, ils suivent celui qui les a appelés. Mais nous savons d’après les évangiles, que parfois cette unité entre les disciples a pu apparaître fragile, en particulier quand ils discutaient entre eux pour savoir quel serait le premier.

Il y a un deuxième niveau de lecture : l’unité entre les disciples est une condition pour que leur message soit reçu et que le monde croit. Mais il ne faut pas nous tromper sur ce que le monde doit croire. Doit-il croire que les disciples sont meilleurs que les autres et donc que ce qu’ils disent est plus vrai que ce que disent les autres ? Doit-il croire que les disciples sont dépositaires de la communion ? C’est là que nous arrivons au troisième niveau de lecture de ce que Jésus dit dans cette prière. L’unité pour laquelle il prie n’est pas simplement une sorte d’arrangement pour développer, comme on dit aujourd’hui dans notre société, une meilleure manière de « vivre ensemble » ; ce n’est pas simplement un appel à la tolérance mutuelle qui s’apparente par bien des côtés à l’indifférence, que chacun, selon ce qu’il croit, et que tous s’interdisent d’avoir le moindre avis sur ce que pensent les autres ou ce que vivent les autres… Le vivre ensemble serait cette espèce de tolérance universelle dans laquelle serait suspendu tout jugement moral pour éviter de susciter des tensions ou des conflits.

Ce n’est pas cela que Jésus demande pour ses disciples. Il demande qu’il y ait entre ses disciples la même union, la même communion qui existe entre lui et son Père. Cela signifie que l’amour auquel il a invité les disciples, et qu’il leur a laissé comme son commandement, n’est pas simplement une obligation morale, mais c’est une des expressions de l’authenticité de leur communion avec Dieu. C’est la communion avec le Père et le Fils, personnifiée dans l’Esprit Saint, qui est le fondement, la source et l’aliment de la communion entre les disciples. C’est pourquoi ce commandement de l’amour est tellement fondamental, parce qu’il est indissociable de l’expression de la foi. Si nous croyons vraiment que Jésus est le Fils de Dieu, si nous croyons vraiment que Jésus est dans la communion la plus intime avec le Père, si nous croyons que cette communion entre les deux personnes s’exprime dans l’Esprit Saint que nous recevons et qui nous conduit dans notre vie, alors nous ne pouvons pas vivre autrement que dans la communion les uns avec les autres. Il ne s’agit donc pas simplement d’une question de bon exemple, ou d’une belle illustration de la doctrine chrétienne, ou de meilleure efficacité de l’apostolat, c’est la véritable identité de la communauté chrétienne. « Celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, est un menteur » nous dit saint Jean (1 Jn 4,20).

Aussi, croire au Dieu de Jésus-Christ, c’est croire que Dieu est Père, c’est croire qu’il veut établir une communion radicale avec les hommes. C’est croire que malgré nos différences, malgré nos faiblesses, malgré nos fautes, nous sommes capables, non seulement d’établir des relations les uns envers les autres pour sauvegarder le vivre ensemble d’une République sans conviction, mais bien plus, nous sommes capables d’entrer dans une véritable communion fraternelle qui est le premier signe de la foi et donc le premier témoignage que nous sommes appelés à rendre. Dieu n’est pas Père si nous ne sommes pas frères. Nous ne pouvons pas annoncer que Jésus est le Fils de Dieu, que Dieu est notre Père, sans être entraînés immanquablement à vivre comme des frères. Et inversement, je dirais qu’il n’est pas possible de vivre comme des frères si nous n’avons pas un Père commun. J’évoquais tout à l’heure l’illusion du vivre ensemble d’une société qui voudrait que tous ses membres soient assez respectueux les uns des autres, assez tolérants les uns envers les autres, mais finalement assez indifférents les uns aux autres dès l’instant que leurs relations ne s’inscrivent pas dans une relation filiale qui définit leur statut les uns par rapport aux autres. On ne peut pas vivre comme des frères si on ne reconnaît pas un même Père. C’est pourquoi, le lien entre la foi au Christ et à son Père, et la charité fraternelle entre les membres de l’Église sont étroitement unis et inséparablement liés.

Frères et sœurs, en ces temps où nous sommes souvent sollicités de donner un signe de la vérité de notre foi, entendons comment le renouvellement de nos cœurs par la charité de Dieu devient le premier signe de l’annonce du Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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