Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Vigile et messe du soir de la solennité de la Pentecôte et confirmation d’adultes à ND

Samedi 23 mai 2015 – 21h00 – Notre-Dame de Paris

L’appel de Dieu résonne à travers les événements de nos vies. Nous prenons conscience que nous avons besoin de nous ouvrir à la connaissance de la miséricorde de Dieu. C’est la mission que l’Esprit de vérité accomplit en nous. Par la confirmation, nous devenons les témoins devant les hommes.

- Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 15, 26-27. 16, 12-15

Frères et Sœurs,

Vous qui allez être confirmés, depuis le jour de votre baptême, il s’est écoulé un temps plus ou moins long, quelques années, parfois quelques dizaines d’années. Au long de ces années, le germe de la foi que vous avez reçu au moment du baptême a continué à travailler secrètement. Parfois, au cours de votre existence, les évolutions de votre histoire personnelle, les événements auxquels vous avez été confrontés ont pu vous éloigner du Christ. A certains moments même, ils ont pu vous pousser à vous interroger, ou plutôt, à ne plus vous interroger et à fermer la porte à toute question. Mais alors que votre attention et votre esprit étaient occupés par tant d’autres choses, la source dans laquelle vous aviez été plongés, continuait en vous son chemin, attendant le moment où vous-mêmes seriez à nouveau capables d’entendre l’appel de Dieu et d’y répondre.

Ce jour est venu pour chacune et chacun d’entre vous. Il est venu à la faveur d’événements divers, qui ont marqué votre vie, il est venu par les questions que vous posait votre existence. Il est venu par le témoignage que vous avez perçu à travers des gens qui vivaient autour de vous, il est venu par l’interrogation que l’amour pose dans une vie, il est venu par les questionnements qui surgissent quand on pense à l’avenir, il est venu par un enfant, il est venu par un mariage, il est venu par un décès… Mais pour chacun et chacune d’entre vous, il y a eu un moment où la question de la foi ne pouvait plus être exclue de votre esprit, et au contraire devenait une question présente : que faisons-nous en ce monde ? Sur qui pouvons-nous compter pour trouver sinon le bonheur parfait, du moins un certain équilibre ? Sur qui pouvons-nous nous appuyer quand tout semble faire défaut ?

À ce moment-là, le titre de défenseur que Jésus donne dans l’évangile à l’Esprit de vérité qui vient du Père, prend toute sa dimension. Nous avons besoin d’un défenseur, non seulement devant le monde, mais aussi devant nous-mêmes et devant Dieu. Celui qui peut assurer notre défense, le meilleur avocat que nous puissions avoir, c’est celui qui nous ouvre la connaissance de la miséricorde de Dieu. Nous cheminons dans les ténèbres, parfois percées par un éclair ou la tremblante clarté d’une étoile, jusqu’au moment où le soleil fait irruption. C’est une grande joie pour l’Église de voir que la puissance de la miséricorde de Dieu touche aujourd’hui le cœur des hommes, c’est une grande joie pour l’Église de vous accueillir, à nouveau, revêtus de votre écharpe blanche, qui rappelle le vêtement blanc de votre baptême, pour que vous preniez pleinement votre place au cœur de l’Église. L’Esprit de vérité que vous allez recevoir vous fera connaître de l’intérieur tout ce que Dieu veut vous dire. Ce n’est pas une connaissance livresque, ce ne sont pas des études compliquées, c’est la connaissance par le dedans, la connaissance de l’amour qui touche le cœur et qui l’ouvre à la grande miséricorde de Dieu. En s’ouvrant à la grande miséricorde de Dieu, le cœur s’ouvre à l’amour fraternel. Dieu est devenu quelqu’un pour vous, il est devenu quelqu’un dans votre vie. L’Esprit qu’il vous donne va transformer de l’intérieur les désirs de votre existence. Il ne vous a pas contraints pendant toutes ces années, il s’est contenté de vous appeler et d’être là. Il ne vous contraint pas davantage aujourd’hui. Il ne vous contraindra pas davantage demain. Il est toujours avec nous et il nous ouvre ses bras. L’Esprit que Dieu met en nous, nous fait désirer de mieux le connaître et de mieux l’aimer. Il nous fait désirer de conformer notre vie à ses commandements. Si nous sommes entraînés par l’Esprit Saint dans une vie nouvelle, comme nous le disait l’apôtre Paul dans l’épître aux Galates, ce n’est pas parce que nous sommes dégoûtés des erreurs que nous avons pu commettre, ce n’est pas parce que nous sommes horrifiés par le mal qui attaque l’humanité, mais nous devons avoir présent à l’esprit ce mal que nous avons si souvent difficulté à nommer, et que saint Paul nomme simplement : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haine, rivalité, jalousie, emportement, intrigue, division, sectarisme, envie, beuverie, orgie, et autres choses du même genre. Chaque jour, nous sommes témoins des méfaits de ces attitudes. Chaque jour, nous en voyons les victimes. Face à cette horreur qui détruit l’homme, l’Esprit produit en nos cœurs, l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, et le maîtrise de soi. Ce n’est pas que nous serions devenus des héros parmi des monstres, mais c’est que l’amour qui a été répandu en nos cœurs par la foi transforme jusqu’à nos désirs et nous fait trouver notre joie, là où d’autres ne voient que mauvais présages.

Frères et sœurs, l’Esprit que vous recevez vous constitue comme témoins du Christ, témoins de cette bonne nouvelle que Dieu n’a pas abandonné les hommes, mais qu’il est venu à leur secours, témoins de cette bonne nouvelle que Dieu ne vous a pas abandonnés mais qu’il est venu vers vous et qu’il vous a pris par la main pour vous conduire pas à pas, à votre rythme, vers la parole de vie, vers l’annonce de l’Évangile, pour que vous y trouviez votre paix et votre joie.

C’est pourquoi, avant de vous confirmer, je vais vous demander de renouveler devant tous la profession de foi de votre baptême, profession de foi de l’Église à laquelle s’associeront tous ceux qui vous entourent. Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés que le nom de Jésus-Christ, et c’est en lui que vous avez mis votre foi pour toujours.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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