Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe du Frat 2015 – Pentecôte

Dimanche 24 mai 2015 – Jambville (78)

Comment a-t-il été possible que quelques hommes deviennent capables de partir dans le monde et deviennent témoins du Christ jusqu’au don de leur vie ? C’est le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte qui est la clef de cette force. Nous aussi, membres de l’Église, nous sommes remplis de l’Esprit Saint et devenons capables de témoigner du Christ aujourd’hui, partout où nous vivons.

- Voir l’album-photos du FRAT 2015.

- Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15
- Année B

Chers Amis,

Mettons-nous quelques instants dans la peau des disciples de Jésus. Il leur a dit qu’ils seraient ses témoins, non seulement à Jérusalem, non seulement dans la région du Moyen-Orient, mais aussi à travers le monde entier. Ils sont onze parce qu’il y en a un qui a disparu après avoir trahi le Christ. Ils sont les disciples de quelqu’un qui a été arrêté, condamné, mis à mort, exécuté. C’est à ces onze personnes qui n’étaient pas parmi les puissants de leur société -pêcheurs, pasteurs, fonctionnaires, un petit résidu de la société du moment- qu’il a confié la mission de gagner le monde entier. Et nous, deux mille ans après, nous savons qu’ils ont gagné le monde entier. Ils ont traversé les épreuves que leur imposait l’Empire romain, ils ont traversé l’opposition, la violence, la persécution, à travers tous les pays du monde et à travers tous les temps. Alors la question se pose : comment a-t-il été possible que cette petite poignée d’hommes, pas très aguerris, deviennent vraiment les témoins du Christ à travers le monde entier ? Où est la clef ? Quelle est la force qui va transformer ces êtres fragiles, peureux, enfermés dans leur chambre haute par peur des Juifs, pour brusquement ouvrir les fenêtres, passer vers l’extérieur et s’adresser à tout le monde, sans crainte ? Quelle est cette force qui est capable de surmonter les limites et les faiblesses humaines pour accomplir ce que Dieu a voulu ?

Le récit de la Pentecôte nous donne la clef de cette force. C’est le don de l’Esprit Saint. Il est un don pour tous : un grand vent a parcouru l’espace et fait entendre des bruits extraordinaires, comme un fracas de tonnerre ; cela c’est pour tout le monde. Et puis l’Esprit Saint est le don qui vient sur chacun : la flamme repose sur chacun d’entre-eux. L’Esprit Saint est donné à tout le peuple et il est donné pleinement à chacun des membres du peuple si bien que tout le peuple est fortifié et chacun des membres de ce peuple puise sa force dans la force commune, et devient lui-même capable de témoigner du Christ. Parmi ces onze qui étaient là, il y en a un que l’on connaît mieux que les autres, c’est Pierre. On en parle tout le temps, mais il y en avait quelques autres autour de lui, certains sont allés vers l’Egypte, d’autres vers l’Asie, d’autres vers l’Afrique, d’autres vers l’Europe, chacun avec son petit baluchon et sa portion d’Esprit Saint. Le baluchon ne leur a pas servi à grand-chose, mais la portion d’Esprit Saint leur a servi beaucoup ! Elle leur a permis d’affronter l’incompréhension, d’affronter l’indifférence, d’affronter la moquerie, d’affronter la violence, et pour beaucoup d’affronter la mort. C’est cette force de l’Esprit Saint qui nous est donnée. L’Esprit n’a pas été donné aux apôtres simplement pour leur permettre d’accomplir leur mission, il leur a été donné pour qu’ils le transmettent. Dès la génération des apôtres, nous avons des récits dans l’Évangile et dans les lettres où nous est raconté comment ils ont imposé les mains pour donner le Saint Esprit.

Nous, nous sommes aujourd’hui 12 000, cela fait mille pour un ! Les onze n’étaient pas très forts ! Je ne sais pas si 11 000 sont mille fois plus forts que les onze ! Mais cela n’a pas d’importance, car ce que Dieu nous demande, ce n’est pas que nous nous sentions forts, c’est que nous comprenions que nous sommes faibles, c’est que nous soyons capables de reconnaître notre faiblesse, non pas pour nous lamenter, non pas pour renoncer à la mission que Jésus confie à son Église, mais pour chercher notre force là où elle est, c’est-à-dire dans la communion à l’Esprit de Dieu, dans la communion au Christ ressuscité. Notre force n’est pas simplement que chacun de nous a reçu sa petite portion d’Esprit Saint au moment du baptême et de la confirmation ! Notre force, c’est aussi que nous participons à la totalité du Corps de l’Église soulevée par la bourrasque de l’Esprit Saint. Chacun de nous n’est pas forcément très fort, chacun de nous a ses moments de doute, de faiblesse, d’hésitation. Mais tous ensemble, nous sommes le Corps du Christ ressuscité animé par son Esprit, et tous ensemble nous sommes envoyés comme témoins de la Bonne nouvelle.

Comment pouvons-nous témoigner de la bonne nouvelle, sinon justement parce qu’à travers notre manière de vivre, ce que nous choisissons de faire, nous montrons qu’il y a en nous une force nous permettant de surmonter les forces inconscientes et naturelles qui habitent le cœur de tout homme et de toute femme. Bien sûr que nous voulons être puissants, bien sûr que nous voulons être riches, bien sûr que nous voulons commander aux autres, bien sûr que nous voulons être à l’abri de tout danger, comme tout le monde ! Tout cela habite nos cœurs. Bien sûr que nous voulons connaître la satisfaction de notre corps et de notre esprit, comme tout le monde ! Mais le témoignage que nous rendons n’est pas, comme saint Paul nous le dit, de croire que tous ces désirs qui habitent le cœur de l’homme sont interdits par un être exigeant, mais c’est de comprendre que la puissance de Dieu qui habite en nos cœurs par la foi, que l’Esprit Saint que nous avons reçu nous fait trouver ailleurs notre bonheur. Je ne renonce pas à la richesse parce qu’elle est interdite, je ne renonce pas à la violence parce qu’elle est interdite, mais je choisis d’être plus proche des pauvres parce que l’amour de Dieu habite mon cœur, je choisis de renoncer à la violence parce que l’Esprit de paix habite mon cœur, je choisis de ne pas prendre tout ce qui me plaît au moment où cela me plaît parce que l’Esprit de Dieu habite mon cœur et me permet de mettre en avant non pas mes désirs mais ce qui est bon pour les autres.

Dans ce combat, nous savons qu’il faut recommencer tous les jours, mais tous les jours l’Esprit de Dieu, la flamme de l’Esprit de Dieu qui a reposé sur chacun des apôtres repose sur chacun d’entre nous, anime nos cœurs de l’intérieur, nous fait désirer ce que Dieu veut, nous fait aimer ce que Dieu aime, nous rend heureux de connaître la parole de Dieu, de participer à la vie de son Église, de communier au corps du Christ ressuscité.

Chers amis, à la fin de ce Frat, je pense que vous aurez un peu découvert qu’une force vous habite, plus grande que votre faiblesse ; qu’un désir d’aimer vous habite, plus grand que votre égoïsme ; qu’une joie de servir les autres vous habite, plus grande que votre envie d’être servis par les autres. Le chemin du Christ traverse votre vie et vous appelle pour devenir ses témoins, non seulement aujourd’hui, ici et maintenant, mais demain et tous les jours de votre vie, dans les lieux où vous vivez, dans vos familles, dans vos collèges, dans vos loisirs, dans la solitude de votre chambre, là où Dieu seul voit votre cœur. Qu’il vous donne la joie de recevoir la lumière et la force de Dieu.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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