Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de confirmations des élèves de 6e de St Jean de Passy

Samedi 23 mai 2015 - St Sulpice (Paris VIe)

Dieu se donne totalement dans le baptême des petits enfants. En grandissant le chrétien est amené à accueillir le don de l’Esprit dans le sacrement de confirmation alors que ses capacités humaines se sont développées. Nous sommes appelés à renouveler notre profession de foi régulièrement au cours de la vie. La foi change la manière de vivre. Être chrétien, c’est aimer Dieu et son prochain par des actes. La force de Dieu que nous recevons nous change intérieurement.

- Rm 5, 1-2, 5-8 ; Ps 103, 1,24a.c,27-28, 30-31 ; Jn 16, 5b-7, 12-13a

Frères et Sœurs, cher amis,

Nous avons entendu cette parole du Christ adressée à ses disciples « quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Évidemment, l’Esprit du Christ est venu sur le monde au moment de la Pentecôte. Il ne vient pas à chaque fois que l’on a décidé que c’était le moment qu’il vienne ! Dieu ne se donne pas par échéance, ou par morceaux les uns après les autres, il se donne tout entier dans le Christ, et il s’est donné tout entier dans l’Esprit au moment de la Pentecôte. Mais nous, qui essayons de connaître et de suivre le Christ, nous ne sommes pas perpétuellement également disposés à recevoir tous les dons de Dieu, non pas simplement parce que nous serions tièdes ou lâches ou pécheurs, mais simplement parce que nous n’avons pas toutes les capacités à tous moments. Je suis sûr que vous avez eu la grâce d’assister au baptême d’un de vos proches, petit frère ou petite sœur, petit cousin ou petite cousine, et de voir comment Dieu donne son Esprit Saint à cet enfant tout petit qui n’a pas encore les moyens d’accueillir la plénitude de l’Esprit et de lui répondre. Eh bien, il en a été de même pour vous ! Dieu ne s’est pas retenu au moment de votre baptême. Il s’est donné complètement à vous. Il s’est donné dans la plénitude de sa grâce, de sa force, de son amour, du désir qu’il avait, et qu’il a toujours, de faire de vous ses amis. Mais à ce moment-là, comme Jésus le dit à ses disciples, « vous n’étiez pas prêts à porter ce don », vous n’aviez pas encore les capacités humaines, tout simplement, d’accueillir ce que Dieu vous donnait. Ces capacités humaines se sont développées, elles ont grandi à mesure que vous avez vous-mêmes grandi, que votre intelligence s’est développée, que vous avez vécu des relations plus riches avec votre entourage, que vous avez découvert peu à peu la parole du Christ, le chemin de la prière. A mesure que se sont développées vos capacités de connaître l’histoire de Jésus et d’accueillir sa présence dans votre vie, le choix qui avait été fait par vos parents au moment de votre baptême de vous faire entrer dans la famille des chrétiens, a commencé à se poser pour vous, comme un choix que vous êtes vous-mêmes capables de faire aujourd’hui.

C’est pourquoi, avant de vous donner le sacrement de la confirmation, je vais vous inviter à renouveler les promesses de votre baptême, la profession de foi de votre baptême qui a été faite par vos parents, vos parrains et marraines en votre nom, et qui a éclairé le chemin que vous avez parcouru jusqu’à maintenant. Cette profession de foi, je vais vous demander si vous la prenez à votre compte, non pas en écoutant quelqu’un qui dit « je crois » à votre place, mais en disant vous-mêmes « je crois ». Nous n’avons d’illusion ni vous ni moi… Quand vous aurez dit « je crois », vous n’aurez fait que franchir un pas supplémentaire, un pas certes décisif dans la détermination à suivre le Christ, mais vous ne serez pas arrivés au bout du chemin. Cette profession de foi, vous aurez à la renouveler régulièrement avec toute l’Église : au cours de la vigile pascale où nous renouvelons tous la profession de foi de notre baptême, au cours de la messe du dimanche où l’Église est convoquée pour proclamer sa foi au Christ ressuscité. Vous aurez à la renouveler aussi dans des situations diverses que nous ne pouvons pas imaginer, où se présenteront à vous des choix : pour ou contre le Christ, pour ou contre le chemin de vie évangélique, pour ou contre l’amour de vos frères. Être chrétien, c’est évidemment professer la foi au Christ ressuscité, mais cette profession de foi se concrétise et s’exprime dans une manière de vivre. Être chrétien, ce n’est pas simplement adhérer, même si on le fait sincèrement, à la foi de l’Église. C’est travailler, quelquefois laborieusement, jour après jour, pour que cette foi de l’Église transforme notre cœur et notre manière de vivre.

Beaucoup demandent parfois : qu’est-ce qu’être chrétien aujourd’hui, en 2015 ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous cherchons des réponses assez sophistiquées sans que cela change quelque chose à notre manière de vivre. Le chemin dans lequel le Christ vous appelle et auquel vous vous engagez à le suivre, n’est pas un chemin de complication. Il ne conduit pas se convaincre qu’on est chrétien sans le vivre. Le chemin va se concrétiser à travers des actes. Les actes du chrétien sont simples. C’est premièrement croire en celui que Dieu a envoyé, Jésus-Christ, et exprimer cette foi dans notre prière, ne pas laisser passer un jour sans nous tourner vers le Christ en lui disant : je veux être ton ami comme tu as voulu être mon ami. Ne pas laisser passer un jour sans reprendre une parole du Christ. Quand vous êtes dans le calme chez vous il n’est pas difficile de prendre l’Évangile et de trouver une parole du Christ, mais si par hasard vous n’avez pas ce calme et cet évangile sous la main, vous connaissez suffisamment de paroles du Christ par cœur : « Aimez-vous les uns les autres, faites du bien à ceux qui vous font du mal, heureux les artisans de paix… ». Ces paroles il faut, non seulement les connaître par cœur, mais les connaître par l’accueil et l’intégration au-dedans de nous de l’appel qu’elles représentent. Être chrétien, c’est mettre en pratique les commandements du Christ comme il nous y invite dans l’Évangile. Ces deux commandements, vous les connaissez : aimer Dieu de toutes ses forces, aimer son prochain comme soi-même. Aimer son prochain, c’est à la fois très simple à dire et quelquefois un peu compliqué à vivre. Évidemment, ce n’est pas très compliqué d’aimer les gens qui nous aiment, ceux qui sont sympathiques, ceux qui nous font du bien. Mais ce n’est pas cela que le Christ nous demande. Il nous demande cela bien sûr, mais il nous demande aussi autre chose. Il nous demande d’aller vers ceux qui ne nous font pas du bien, qui ne sont pas sympathiques, qui font du mal, comme il l’a fait lui-même en venant partager l’existence des hommes. Être chrétien, c’est faire grandir l’amour dans le monde en mettant l’amour en pratique dans les conditions ordinaires de notre vie, vie scolaire, vie familiale, vie de loisirs… Comment aimez-vous ceux qui ne vous aiment pas ?

Munis de ces deux indications très simples, vous savez ce que signifie être chrétien. Vous pourrez enrichir la définition par votre propre expérience.

Pour terminer, je voudrais vous dire que le sacrement que vous recevez aujourd’hui, comme saint Paul nous le disait dans l’épître aux Romains, c’est un acte d’espérance pour votre propre vie. C’est l’espérance que l’Esprit de Dieu vivant en vos cœurs vous permettra de vivre fidèlement la vie de disciples du Christ, à condition que vous en preniez les moyens, que j’ai indiqués précédemment. C’est l’espérance aussi pour notre Église de voir qu’à travers les générations qui viennent, de nouveaux chrétiens se lèvent et deviennent des membres actifs du corps ecclésial. C’est une espérance aussi pour notre société de savoir qu’en son sein, des hommes et des femmes sont capables de faire des choix qui ne consistent pas seulement en ce qui leur plait, en ce qui leur rapporte, en ce qui fait tomber leurs ennemis. Si notre société veut sortir de la violence, il faut qu’elle sorte de la loi suprême du désir de chacun. Sortir de la loi du désir, cela nécessite une force qui n’est pas en notre cœur. C’est une force qui nous vient de Dieu, qui transforme notre désir et fait du désir de domination des autres, un désir de servir les autres.

Frères et sœurs, chers amis, que l’Esprit Saint vous comble de cette force qui vous rendra capables de tenir votre place dans la communauté des hommes et de tenir votre place dans la communauté de l’Église pour la plus grande joie de tous. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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