Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe au Sacré-Coeur - Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Année B

Dimanche 7 juin 2015 - Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (Paris XVIIIe)

L’alliance conclue par Dieu avec son peuple est concrétisée à travers les Dix commandements et des sacrifices d’animaux. La nouvelle alliance scellée dans le sang de Jésus, le Fils de Dieu, est complète et définitive. Le sacrement de l’eucharistie fait mémoire et rend présent le sacrifice du Christ mort et ressuscité. C’est toute l’action eucharistique qui nous transforme de sorte que nous devenions ce que nous recevons par la communion. L’adoration eucharistique est une annonce de la vie nouvelle pour le monde.

- Ex 24, 3-8 ; Ps 115 ; He 9,11-15 ; Mc 14,12-16,22-26

Frères et Sœurs,

Le livre de l’Exode nous rapporte comment Dieu a conclu une alliance avec le peuple qu’il s’était choisi : le peuple d’Israël. Cette alliance avait un code, c’est-à-dire une règle de conduite donnée à Moïse sous la forme des Dix Commandements. Ce code transmis par Moïse au peuple était comme une sorte de règle pour définir la fidélité d’Israël à l’alliance. Pour montrer la force de cette alliance, Moïse accomplit un sacrifice d’animaux puisque le sang répandu à la fois sur l’autel et sur le peuple manifeste l’engagement du peuple à vivre dans la communion avec Dieu.

À travers ce récit, nous voyons bien comment les éléments qui constituent le récit sont différents. Il y a le code de l’alliance donné par Dieu directement par sa parole et ratifié par le peuple qui s’engage à le suivre, et puis il y a le sacrifice des animaux qui symbolise la communion. Mais le lien étroit entre le code de l’alliance et le sacrifice ne peut pas être établi, parce que le sacrifice offert à Dieu est réalisé sur un animal. Ce n’est évidemment pas un être humain ! D’ailleurs, Israël a rompu avec les sacrifices humains lorsque Dieu a refusé qu’Abraham sacrifie son fils. La nouvelle alliance que Jésus met en œuvre n’est pas différente mais elle est complètement achevée. En ce sens, elle est nouvelle parce que le sacrifice offert pour établir la communion n’est plus simplement le sacrifice d’un agneau pascal mais c’est le sacrifice que Dieu lui-même donne en son Fils. Le sang de l’alliance n’est plus le sang des animaux versé sur l’autel et sur le peuple, c’est le sang de Jésus répandu sur le monde pour sceller l’alliance entre Dieu et l’humanité.

Ainsi, dans la nouvelle alliance, l’accueil de la parole de Dieu, l’engagement à obéir à cette parole et la communion ne sont plus simplement évoqués par le sang versé sur le peuple mais pleinement réalisés par le sang du Christ donné en boisson et par son corps donné en nourriture. Cette nouvelle alliance est la dernière, elle est définitive, il n’y en aura pas d’autre. Jusqu’à la fin des temps, les hommes qui veulent accueillir la parole de Dieu et la mettre en pratique passeront par cette alliance scellée dans le sang du Christ.

Lorsque nous célébrons l’eucharistie, nous faisons mémoire de l’offrande que Jésus a fait de sa vie pour que les hommes puissent vivre en communion avec Dieu. Mais la foi de l’Église ne consiste pas simplement en l’évocation du souvenir de la mort et de la résurrection de Jésus. Jésus a donné à ses disciples le commandement de faire ce qu’il avait fait. Je le dirai moi-même tout à l’heure, après avoir prononcé les paroles de la consécration : « vous ferez cela en mémoire de moi ». Ceci signifie que le pain et le vin que nous offrons deviennent réellement par la puissance de l’Esprit, aujourd’hui, dans notre présent, le corps et le sang de Jésus. Notre communion au corps du Christ, telle que nous allons la vivre, n’est pas simplement un geste commémoratif mais elle permet d’entrer en communion avec le sacrifice du Christ de la façon la plus étroite. Ce pain consacré qui est son corps devient, quand nous le mangeons, la substance même de notre vie. De la même manière que, lorsque nous mangeons du pain, celui-ci disparaît pour devenir nous-mêmes, quand nous mangeons le corps du Christ, le pain qui le représente disparaît en nous pour nous identifier au Christ mort et ressuscité. Ainsi, cette communion n’est pas simplement un sacrifice extérieur par rapport aux commandements que Dieu nous donne et à notre volonté d’y obéir, c’est le même mouvement qui fait de nous des auditeurs de la parole de Dieu, et des acteurs de la volonté du Père à travers toute notre vie.

Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous écoutons d’abord la parole de Dieu que nous essayons d’accueillir et d’intégrer à notre propre manière de penser. Dans la même célébration, dans le même acte, nous offrons le sacrifice du Christ, non pas comme quelque chose d’extérieur à cette obéissance à la parole de Dieu, mais comme l’accomplissement de l’obéissance à la parole de Dieu et nous y communions pour que notre propre vie devienne elle-même une offrande à Dieu. Nous communions au Christ mort et ressuscité, pour que notre vie devienne à son tour signe de la mort et de la résurrection du Christ, c’est-à-dire pour que tous les moments de notre existence soient pénétrés de l’offrande que Jésus fait de sa vie à son Père, et dans laquelle il nous entraîne pour que nous aussi nous fassions l’offrande de notre vie à Dieu. Ainsi, célébrer l’eucharistie, c’est entraîner notre existence tout entière dans le dynamisme de l’offrande de Jésus.

Nous venons célébrer l’eucharistie en portant notre vie et en la mettant dans la vie du Christ pour que la vie du Christ vienne en nous et transforme notre vie. Aussi, en repartant de l’eucharistie, nous sommes à la fois éclairés par la parole de Dieu, fortifiés par la communion au corps et au sang du Christ pour que notre manière de vivre soit conforme à ce que Dieu attend et souhaite pour nous, et qu’elle devienne ainsi un témoignage de l’alliance que Dieu veut conclure avec l’humanité.

La foi dans la présence réelle de Jésus au Saint-Sacrement de l’eucharistie, c’est la conviction que le pain que nous recevons, et sur lequel vous dites « Amen », c’est le corps du Christ : je crois que ce pain que je reçois est le corps du Christ. Cette conviction que le Christ est réellement et activement présent dans l’eucharistie est au cœur de la vie de l’Église. C’est par notre communion à la réalité de cette présence du Christ que nous annonçons et que nous espérons que chacune et chacun d’entre nous, et l’Église tout entière, sont entraînés dans une vie nouvelle, vie d’obéissance à la parole de Dieu, de témoignage rendu à la miséricorde de Dieu, d’espérance que d’autres hommes et d’autres femmes à travers notre communion au Christ peuvent eux aussi trouver leur chemin pour rencontrer Dieu. La prière conduite de façon perpétuelle en cette basilique au Saint-Sacrement exposé est une manifestation de cette foi de l’Église, c’est une annonce de cette vie nouvelle pour le monde.

Frères et sœurs, en ce jour où nous fêtons le Saint-Sacrement, nous sommes dans la joie d’être associés à l’alliance conclue entre Dieu et l’humanité à travers le sacrifice du Fils, et aussi à l’appel qui nous est adressé pour que notre vie devienne un sacrifice d’agréable odeur et qu’elle puisse entraîner l’humanité dans l’alliance avec Dieu.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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