Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Ste Elisabeth - 1er dimanche de l’Avent – Année C

Dimanche 29 novembre 2015 – Sainte-Elisabeth (Paris IIIe)

Les signes cosmiques et les signes de la vie des sociétés que l’évangile nous propose comme signes de la venue du Fils de l’homme gardent leur actualité à travers l’histoire des hommes. Contre la tentation du fatalisme, nous sommes invités à découvrir Celui qui vient sans cesse nous apporter consolation, fermeté et espérance. L’Avent, c’est le temps de la veille et de la prière.

- Jr 33, 14-16 ; Ps 24 ; 1 Th 3, 12 — 4, 2 ; Lc 21, 25-28.34-36

Frères et Sœurs,

L’Évangile nous donne des signes de la venue du Fils de l’homme. Ce sont des signes cosmiques : « les puissances des cieux sont ébranlées » (Lc 21,26) mais aussi des signes dans la vie des sociétés, « les nations seront affolées et désemparées » (Lc 21,25). Ces signes annoncent la fin des temps et sont rappelés par le Christ pour nous aider à comprendre, non pas seulement la fin des temps, mais aussi les temps que nous vivons, car ces signes, nous en avons déjà des éléments avant-coureurs. Nous savons malheureusement par les expériences que nous vivons, que la terre n’est pas forcément disposée à faciliter la vie de tout homme. La COP21 qui commence aujourd’hui a pour objectif, précisément, de faire face aux difficultés qui résultent des dérèglements du fonctionnement cosmique. La société, normalement établie pour permettre de faire progresser le bien commun et d’assurer à chacun une vie paisible et calme - nous l’avons vu ces semaines passées - peut être traversée par des événements de mort qui suscitent la peur. « Les hommes mourront de peur » (Lc 21,26) nous dit l’évangile. Ils ne sont pas tous morts de peur, mais cependant ces événements de « nations affolées et désemparées » saisissent nos contemporains. Que va-t-il advenir de nous ? Ou pour reprendre une formule entendue à satiété tout au long de ces jours : quelle terre allons-nous léguer aux générations futures ? Comment assurer la paix de tous ?

Devant ces événements qui sont pour nous les signes du dérèglement de la création et de la société, nous pouvons avoir des réactions très différentes. Mais le Christ veut nous indiquer un chemin pour vivre ces événements dans la confiance en la providence de Dieu. En effet, c’est à travers ces événements que le Fils de l’homme vient avec puissance et gloire. Même si nous ne le voyons pas encore, nous le croyons. Le Christ ressuscité, Sauveur du monde, vient au-devant de l’humanité à travers les soubresauts de l’histoire et du monde. Aussi, quand ces événements surviennent, nous ne sommes pas invités à sombrer dans la désespérance mais à redresser la tête car ils sont le signe que la rédemption approche. Tous ces jours passés, on a beaucoup appelé à la résistance, mais à une résistance fondée sur la conviction que nous savions comment il faut vivre. Ce n’est pas à cette résistance-là que le Christ nous appelle. Il nous appelle à nous tenir debout devant lui parce que nous savons que celui qui règle la vie des hommes, c’est lui, le rédempteur et le sauveur.

Ainsi, en entrant dans ce temps de l’Avent, nous sommes conduits à mieux prendre conscience, en raison des événements que j’ai évoqués, de la dimension dramatique de l’histoire humaine. Oui, l’histoire des hommes est une histoire de vie et de mort. L’histoire des hommes est une histoire de blessures et de souffrance. Devant cette vie et cette mort, devant ces blessures et ces souffrances, il n’y a que deux manières de réagir : ou bien sombrer dans le fatalisme, il n’y a rien à faire et personne ne pourra rien faire, ou bien déchiffrer à travers ces événements, les signes de l’avènement du Christ. C’est lui qui vient avec force et puissance et c’est lui qui apporte à l’homme la consolation du cœur, la fermeté de la vie, l’espérance de l’avenir. Y a-t-il aujourd’hui une espérance pour demain ? C’est la question que se posent beaucoup de nos contemporains. Que sera demain ? Que sera demain pour moi, pour vous, pour chacun d’entre nous ? Que sera demain pour notre société ? Que sera demain pour l’humanité ? Cette question de l’inquiétude à l’égard de l’avenir nous invite, non pas à nous détourner des événements, mais à les affronter dans la confiance car notre avenir est dans la main de Dieu. C’est lui qui est capable de tracer un chemin de vie à travers les événements de mort. C’est lui qui est capable de nous mettre debout pour nous faire échapper au risque de l’histoire. C’est lui qui nous donne la force à condition - et c’est l’appel que Jésus nous adresse et que nous devons entendre en ce début de l’avent -, que nous soyons et que nous restions éveillés, et que nous priions. « Restez éveillés et priez en tout temps » (Lc 21,36) parce que cette vigilance devant les événements, cette prière continue est l’expression de notre foi qui nous tourne vers Dieu au moment où nous sommes soumis à l’épreuve.

Veiller et prier, c’est le sens de ce temps de l’avent où nous sommes invités à ouvrir nos cœurs à la venue du Christ. Notre vigilance s’exprime non seulement dans la prière, mais aussi dans la manière de vivre les uns avec les autres. C’est pourquoi la liturgie nous rappelle cette parole de saint Paul : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant » (1 Th 3,12). Celui qui veille et qui prie n’est pas seulement attentif à la venue du Christ dans ce monde, il est aussi attentif à la présence du Christ dans ses frères. Il tourne son regard vers les autres, non pas dans la méfiance et la haine, mais dans le respect et la confiance. Que le Seigneur nous donne d’ouvrir notre cœur à la parole de celui qui vient. Que le Seigneur nous donne d’ouvrir nos cœurs aux besoins de ceux qui nous entourent. Qu’il nous donne la force pour tenir debout dans les épreuves. Alors, nous aussi, nous pourrons nous redresser et lever la tête car notre rédemption est proche.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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