Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Notre-Dame de Paris pour la fête du Séminaire de Paris et du Chapitre – Immaculée Conception de la Vierge Marie

Mardi 8 décembre 2015 - Notre-Dame de Paris

La miséricorde n’est pas une réponse nécessaire au péché de l’homme mais la nature même de Dieu. Elle coïncide avec son amour qui est à l’origine de toute chose depuis la création jusqu’au salut offert à l’humanité. La Vierge Marie illustre cette réalité par le privilège de son Immaculée Conception.

- Gn 3,9-15.20 ; Ps 97,1-4.6 ; Ep 1,3-6.11-12 ; Lc 1,26-38

Frères et Sœurs,

Le Pape François a certainement été inspiré quand il a décidé d’ouvrir l’Année sainte de la Miséricorde en cette fête de l’Immaculée Conception. En effet, le fait même de l’Immaculée Conception et les lectures bibliques que la liturgie nous propose pour pénétrer dans ce mystère, peuvent nous aider à mieux comprendre le sens de la miséricorde de Dieu.

Nous pourrions être tentés de ne comprendre la miséricorde de Dieu qu’en référence au péché de l’homme, comme une sorte de rattrapage, de seconde chance. Dieu aurait eu à se forcer pour passer dans le registre de la miséricorde auquel il n’aurait pas été préparé.

Les lectures nous indiquent tout au contraire comment, dès l’origine, dès le moment de la création, Dieu a en vue le salut de l’homme, son bonheur, son accomplissement. Cet amour de Dieu, dont le dynamisme et la puissance sont la source même de l’acte créateur, est de tout temps, dans son éternité, dans la vie de la trinité. Cet amour est la source de tout le reste : de la création, de la création de l’homme, de l’élection d’Israël, des prophètes envoyés pour appeler à la conversion, et dans les temps qui furent les derniers, de l’incarnation du Fils unique de Dieu pour le salut du monde. Mais, vous le savez bien, nous vivons, nous percevons et nous comprenons toutes ces réalités dans la succession chronologique de l’histoire humaine. Mais cette succession chronologique n’a pas cours en Dieu. Comme dit le psaume : « pour lui mille ans sont comme un jour » (Ps 90,4), il est, à tout moment de notre chronologie humaine, le même, et il ne devient pas miséricordieux parce qu’on a mal vécu, il ne devient pas miséricordieux parce que nous avons péché. Il est miséricordieux. Et dès l’origine -en prenant une image très moderne- il a programmé son œuvre pour l’achèvement qu’il a décidé.

Ainsi, dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul nous rappelle comment il nous a choisis dans le Christ avant la création du monde. Si nous appliquons un peu notre intelligence à l’Immaculée Conception de la Vierge, cela ne peut être que dans cette perspective d’une action éternelle de Dieu, hors du temps, avant le temps, avant l’histoire. Elle a été préservée du péché originel parce que dès l’origine, Dieu voulait préserver dans l’histoire des hommes la possibilité d’accomplir son plan de salut. Mais, nous qui connaissons le péché, nous découvrons la miséricorde dans la succession de nos prises de conscience, de nos examens de conscience, de nos démarches de pardon. Ainsi, nous avons l’impression que Dieu devient miséricordieux alors qu’en fait, nous découvrons qu’il est miséricordieux. Parce que nous découvrons qu’il est miséricordieux, nous devenons capables de reconnaître que nous sommes pécheurs.

Ce n’est pas le mal que nous faisons qui suscite le bien que fait Dieu, c’est le bien que Dieu a fait qui suscite en nos cœurs le repentir pour le mal que nous faisons. Ainsi, nous comprenons un peu, ce que le peuple chrétien sait depuis très longtemps : la Vierge Marie intercède pour les pécheurs parce qu’elle est inscrite dans cette volonté éternelle de Dieu d’apporter le salut au monde. Nous avons la grâce particulière d’avoir à Paris de nombreux sanctuaires dédiés à Marie, en particulier la chapelle de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, où elle est invoquée sous le titre de l’Immaculée Conception : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

Ainsi, en cette fête de l’Immaculée Conception nous sommes comme aspirés et éclairés par l’amour de Dieu qui se répand sur le monde, par la médiation de celles et de ceux qu’il a choisis, appelés et préparés, comme nous le dit l’épître aux Éphésiens : « il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs » (Ep 1,5).
C’est donc une grande espérance pour nous de reconnaître dans la personne de la Vierge Marie le signe avant-coureur du pardon que nous sollicitons, de la miséricorde que Dieu nous manifeste et de la puissance de Dieu à l’œuvre dans notre vie. « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37) dit l’Ange à Marie, pas même de manifester sa miséricorde aux pécheurs.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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