Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe d’inauguration du prieuré Saint-Benoît chez les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre

Lundi 21 décembre 2015 – Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre (Paris XVIIIe)

- So 3,14-18 ; Ps 32 ; Lc 1,35-49

C’est un beau jour pour bénir une maison et pour l’inaugurer, dans la perspective de la nativité du Christ qui vient établir sa demeure parmi nous et à la lumière de cet évangile de la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. En effet, c’est de cette visite que va surgir la première reconnaissance de celui que Marie porte en son sein et qui est le Fils du Père éternel : le Seigneur que confesse Elisabeth quand elle dit à Marie : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1,43).

Ce dialogue entre Elisabeth et Marie est à l’origine de beaucoup de développements spirituels, et même mystiques. C’est le moment où l’Ancien Testament arrivé à sa fécondité maximale dans la grossesse d’Elisabeth, reconnaît l’avènement du Fils de Dieu. C’est le moment où, par la puissance de l’Esprit qui habite en elle, Elisabeth identifie comme le Seigneur celui que porte Marie. C’est le moment où la parole qu’elle dit devient une parole de foi et une parole de dévotion à l’égard de la Vierge Marie, au point que cette parole va constituer la prière la plus commune des chrétiens : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1,42). Cette parole reprise textuellement dans le « Je vous salue Marie » a été prononcée tant de fois, par tant de bouches et tant de cœurs, par tant d’hommes et de femmes pour qui la figure de Marie est l’annonce et la promesse de la présence et de la grâce du Christ, et qui dans les différents moments de leur existence, se tournent vers elle comme vers celle qui peut les aider à accueillir le Sauveur !

Paroles de foi, « heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1,45) qui place très exactement Marie dans son rôle au cœur de l’économie du Salut ; paroles qui seront d’ailleurs reprises à peu de chose près par Jésus lui-même dans les évangiles, quand il dira : heureux celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique. C’est la grâce propre de la Vierge Marie que nous saluons quotidiennement, d’avoir accueilli la parole de Dieu transmise par Gabriel, de l’avoir accueillie non seulement avec confiance, mais en ouvrant pleinement son existence : « Qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Vous savez, pour l’avoir souvent méditée, comment la réponse de Marie à l’Annonciation inaugure une façon nouvelle de se situer par comparaison avec la réponse de Zacharie à la même Annonciation. Chez lui, la question était la formulation d’un doute ; chez Marie, la question est la formulation d’un acquiescement et d’un acte de foi.

Quand nous méditons ces premiers moments de l’incarnation du Christ, nous sommes conduits évidemment à une réflexion sur les événements qui nous sont rapportés, et à prendre mieux conscience de ce qui s’est passé. Mais nous sommes conduits par le même chemin à une réflexion sur notre propre existence et sur la manière dont Dieu, aujourd’hui encore, visite son peuple ; sur la manière dont Dieu appelle des hommes et des femmes à accueillir le Christ dans leur vie par la puissance de l’Esprit ; sur la manière dont ces hommes et ces femmes, animés par la grâce de Dieu, répondent à cet appel. L’une des vocations de cette maison, outre le fait d’être un prieuré des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, est aussi d’être un lieu destiné à aider des hommes et des femmes à entendre la parole de Dieu et à y répondre, les aider non seulement en les accueillant de façon convenable, non seulement en les portant dans la prière, mais encore en étant pour eux des interlocuteurs qui éclairent ce qui arrive dans leur vie. Elisabeth ne fait pas que professer sa foi, par la même occasion, elle fortifie la foi de Marie. C’est seulement après cette salutation d’Elisabeth que l’évangile de Luc nous montrera Marie dans son chant d’action de grâce, le Magnificat, comme si la parole d’Elisabeth lui avait été nécessaire pour confirmer ce qu’elle avait vécu, comme venant de Dieu, et non pas de son imagination.

Ce dialogue entre Elisabeth et Marie est un prototype du dialogue spirituel dans lequel nous pouvons nous aider les uns les autres à sortir notre pensée du doute qui ne peut pas manquer de s’installer quand nous vivons en vase clos. Cet échange nous permet, par le regard, par la parole, par l’encouragement de nos frères et de nos sœurs, de reconnaître l’authenticité de l’expérience que nous vivons, de reconnaître celui qui s’adresse à nous et de reconnaître comment nous pouvons lui répondre.

En ces jours, la liturgie nous invite à anticiper la joie de la Nativité parce que cet événement n’est pas simplement un jour, c’est une forme - au-delà de la chronologie du temps - de la présence de Dieu à notre vie. C’est une forme de l’accomplissement de la promesse. C’est une forme de l’alliance concrétisée, charnellement, dans la naissance de l’enfant. Déjà, heureux que nous sommes de savoir ce qui va se passer, nous pouvons préparer nos cœurs à cette joie en nous réjouissant d’avance et en nous laissant porter par cette espérance que Dieu, aujourd’hui, continue de visiter l’humanité, il continue de visiter son peuple, il continue de visiter chacune de nos existences et il est, aujourd’hui, dans la personne de Jésus, celui qui vient pour nous sauver.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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